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L’histoire de Christine - Elizabeth von Arnim

Paru aux éditions Arfuyen avec la traduction de l’anglais par Paul Decottignies

jeudi 18 juin 2026 par Françoise Urban-Menninger

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Voici le troisième roman inédit en français publié par les éditions Arfuyen que l’autrice Elizabeth von Arnim a signé du pseudonyme d’Alice Cholmondeley tant cette histoire a partie liée avec le destin tragique de sa fille Joyce, morte en Allemagne en 1916 à 16 ans.
Le livre rassemble les lettres lumineuses que Christine envoie à sa mère, on y lit entre les lignes une critique lucide de la société du Reich car Elizabeth von Arnim, en épousant le comte von Arnim, avait vécu à Berlin et en Poméranie où elle avait publié son premier livre "Elizabeth et son jardin allemand".

Violoniste dotée d’un immense talent, Christine vient poursuivre sa formation musicale à Berlin auprès de Kloster, un maître de grand renom. Dans un premier temps, la jeune fille s’extasie, émerveillée d’être accueillie à bras ouverts dans la pension de Frau Berg et par Kloster qui la complimente en lui affirmant "Ces doigts-là sont pleins de ce qui peut se changer instantanément en or". Tout a l’air de se dérouler comme dans le meilleur des mondes mais dans la bouche de Kloster, on entend déjà les bruits de bottes qui vont faire basculer l’Europe dans une guerre meurtrière "Nous sommes le peuple le plus facile à gouverner, parce que nous sommes obéissants et manipulables", dit-il à Christine qui sent le vent tourner en sa défaveur. "...le vacarme patriotique ne cesse pas un seul instant", écrit Christine, elle ajoute " Je pense réellement que le patriotisme d’un pays non attaqué, agressif, est une chose hideuse", ajoute-t-elle dans la même lettre.

Ces lettres sont d’une grande beauté et d’une maturité peu commune que l’autrice Elizabeth von Arnim, prête à une jeune fille de seize ans. Sous sa plume, Christine, nous offre des instants de grâce, des parenthèses enchantées avec des images empreintes de poésie "Un ciel de cuivre sans un nuage, et toutes les feuilles des arbres du Thiergarten brillantes et immobiles, comme découpées dans du métal", lit-on ou encore "Je suis sûre que le bonheur mène à Dieu bien plus vite que les chemins du chagrin."
La nature n’a de cesse de ressourcer Christine qui se reconnecte ainsi à l’âme de sa mère. On songe aux lettres que Sylvia Plath échangeait avec sa mère dans Letters Home, à cette semblable complicité, même si plus tard Sylvia Plath désavouera cette intimité.
Quand la guerre est déclarée et que Christine est prise dans un conflit qui oppose l’Allemagne à l’Angleterre, le roman prend un autre tournant. Fiancée à Bernd, un jeune officier allemand, Christine se voit interdire de le fréquenter, elle doit fuir en Suisse car on perçoit en elle une ennemie de la patrie..."Aucun officier allemand n’épouse une ennemie étrangère", déclare un colonel aux jeunes fiancés, scellant ainsi leur destin. Car le voyage vers la Suisse s’achèvera par le décès de Christine à l’instar de Joyce, la fille d’Elizabeth von Arnim, morte à Brême le 2 juin 1916.
Dans la préface de ce livre, Alice Cholmondeley, alias l’autrice de cet ouvrage écrit "La guerre a tué Christine, aussi sûrement que si elle avait été soldat dans les tranchées" et l’on pressent la colère et la douleur d’une mère dont l’enfant, à savoir sa propre fille Joyce "n’a pas de tombe connue". Voilà pourquoi, Elizabeth von Arnim offre à Joyce une tombe où les mots lui rendent hommage avec une délicatesse et une pudeur sans égales. De telles phrases "Je me sens en harmonie, tellement fondue dans la lumière, l’air et la forêt que je ne sais plus très bien où ils s’arrêtent et où je commence" sont des fleurs qu’elle dépose sur sa tombe car leurs âmes communient dans une poésie qui abolit l’espace-temps pour s’ouvrir à l’infini.
Quant à l’avertissement prémonitoire qui nous est livré concernant " un petit fragment du grand tableau de l’Allemagne qu’il sera nécessaire, à l’avenir de regarder en face, sans fard ni complaisance, si le monde ne veut pas souffrir à nouveau", on sait qu’il sera perdu dans une nouvelle guerre...

Françoise Urban-Menninger

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