Recueil paru aux Editions Sans Escale
mardi 31 mars 2026 par Françoise Urban-MenningerPour imprimer
La mise en quarantaine, comme chacun le sait, consiste à isoler les malades durant quarante jours afin qu’ils ne contaminent pas le reste de la population. La période du confinement mondial vécue récemment en raison d’un virus potentiellement contagieux et mortel généra l’isolement pour tous. C’est dans un lieu clos, à l’écart du monde, que Jean-Pierre Otte rédigea 40 poèmes " où certaines choses cependant, restent vivantes bien qu’en sourdine."
Cette "sourdine" a partie liée avec la petite musique que l’on perçoit en lisant les poèmes de Jean-Pierre Otte. Ecrivain, poète et peintre de renommée mondiale, l’auteur possède l’art de nous octroyer des images qui réveillent, non seulement, nos sens sous les mots mais aussi cette "métaphysique instantanée" évoquée par Gaston Bachelard.
Dans le poème Nuit noire, les odeurs de noix remontent à la surface de notre subconscient où "Nous sommes dans la maison et la maison/ est en nous, ombre pour ombre". Dans ce poème où l’étang n’est autre qu’un miroir de l’âme quand "la carpe délie en surface/ des cercles lents, de secrètes encyclies", le lecteur transcende l’espace/ temps dans un ravissement qui l’arrache au temps commun pour succomber au charme de ce miroir d’eau où l’âme affleure.
Le poète nous le confie dans son Miroir intégral "il nous faut en gratter le tain/ afin que revienne le temps des transparences". Mais comment retrouver "les transparences" quand "l’esprit est au sein d’une chambre noire", autrement dit comment fuir "ce monde malade" où "Ton visage n’est pas ton vrai visage" ?
Toutes les réponses à ces questions existentielles sont contenues dans les poèmes dont il nous faut, comme pour les noix, ouvrir la bogue pour découvrir ou libérer "d’autres voies", telle "la spire qui s’envide à l’intérieur d’une coquille/ creuse d’escargot" qui "devient un motif de méditation", écrit Jean-Pierre Otte.
Le dernier poème de quarantaine referme, "sur la maison qui est en nous", le secret du poème sur lui-même car il n’est autre que "l’intimité retrouvée avec soi", à savoir "l’endroit provisoire" que nous prête notre corps.
"Less is more", répètent les peintres minimalistes et quand moins devient plus, c’est le superflu que l’on abandonne pour échapper à "notre réclusion volontaire" et enfin "se sentir en vie dans la vie".
Dans Quelques érotiques, Jean-Pierre Otte nous invite à entrevoir" "la figure foudroyante de l’amour" dont il célèbre avec brio "l’éternel retour".
De magnifiques vers viennent éterniser ce temps suspendu où "A la tombée du jour, les ombres s’allongent, / se cousent les unes aux autres".
"Le plaisir ascensionnel" s’éprouve dans cette intuition de l’instant où se contractent les ambivalences qui atteignent leur point d’orgue dans cet oxymore sublime où le corps se transmute "en feu de neige". Gaston Bachelard dans La psychanalyse du feu affirmait qu’il était " impossible d’échapper à cette dialectique : avoir conscience de brûler, c’est se refroidir", écrivait-il. Car se donner au feu, n’est-ce pas s’anéantir ? D’où cette "petite mort" qui fait vaciller l’être aux confins de l’humanité dans cette suprême extase qui l’invite, dans le même temps, à renaître tel l’oiseau de feu de ses cendres.
Voilà pourquoi, les poèmes de Jean-Pierre Otte nous jouent en sourdine la petite musique de "l’éternel retour", celle qui pianote sur les cordes de l’âme, celle qui "délie" en nous "de secrètes encyclies" pour atteindre au centre de nous-mêmes cette autosynchronisation d’où la vie jaillit.
Françoise Urban-Menninger
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