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Débris du destin, poèmes de Saghi Farahmandpour

Recueil paru aux éditions du Cygne avec une préface de Dana Shismanian

jeudi 19 mars 2026 par Françoise Urban-Menninger

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Le titre "Débris du destin" donne le ton de ce recueil remarquable écrit par Saghi Farahmandpour, née en 1981 à Téhéran car nulle autre qu’une poète iranienne n’aurait pu écrire ces vers d’une lucidité aveuglante pour dénoncer la folie de ce monde mortifère qui s’effondre "Je porte sur mes épaules/ Jusqu’ à la fin du matin/ Le pesant fardeau de l’illusion d’un temps de paix".

Dana Shismanian l’écrit dans sa préface "Ce livre est une blessure à vif" et nous donne, dans le même temps "une grande leçon de poésie dans ces jours sombres". Car si Saghi Farahmandpour est Iranienne, elle a suivi un parcours universitaire en langue et littérature française et elle écrit de la poésie en persan et en français.
Voilà pourquoi, ses vers nous touchent jusque dans notre chair, n’oublions pas que la langue est notre vraie patrie comme l’affirmaient Paul Celan, Aimé Césaire ou encore Albert Camus.
Quand la poète évoque la figure sanguinaire d’un homme cruel qui "Serra/ La gorge de la femme/ Avec la griffe et le fouet/ Coupa/ les cordes fines de sa voix interdite", un frisson d’effroi s’empare de la lectrice ou du lecteur qui sent sa propre gorge se nouer parce que nous savons qu’en Iran et ailleurs, les femmes sont muselées, interdites de parole. Et à l’heure où je rédige ces lignes, on ne sait presque rien de ce que le peuple iranien endure dans une guerre qui vient d’éclater et s’internationalise.
Cette femme que l’on étrangle, c’est le monde qui reste sans voix devant le gouffre qui se creuse de jour en jour dans une humanité qui n’en porte plus que le nom et qui est en passe de devenir "la fosse de la mort" évoquée par l’autrice.
Et pourtant parmi ses Débris du destin, des instants de grâce surgissent, d’une luminescente et incommensurable beauté que Saghi Farahmandpour nomme magnifiquement "La couleur d’un moment heureux".
Ces "riens somptueux", tels que les qualifiait, Albert Strickler, poète trop tôt disparu, éclairent le recueil, le subliment car les "débris" sont ces restes essentiels qui aident à faire tenir debout une âme brisée. "Mon cœur pourrait/ Se remplir de la coquetterie des fleurs", voilà deux vers d’une grande simplicité qui fleurissent dans ce recueil sous le sceau de l’émerveillement car celui-ci n’est-il pas un antidote à l’horreur, à la noirceur d’un monde malade ?
Saghi Farahmandpour nous octroie la clé de sa survie et peut-être de la nôtre quand elle nous confie "J’aspire à un jour éblouissant/ Doux et paisible" et pourtant les quatre derniers vers ferment ce recueil sur le rideau d’une nuit sépulcrale dans le poème qui a pour titre Rien " Le ciel/ Déploya son châle de soie noire/ Tout soudain/ La nuit tomba !" Cependant, comme l’analyse avec clairvoyance Dana Shismanian, la poésie reste un espoir aussi fragile soit-il même s’il a la consistance éphémère d’un flocon de neige "Un petit flocon de neige/ tomba en dansant/ Sur une feuille mince et fragile"...

Françoise Urban-Menninger

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