par Florence Trocmé
Je désire inaugurer avec cette petite étude une série intitulée "oeuvres en dialogue". Il s'agit de comprendre dans la mesure du possible comment un écrivain approche l'oeuvre d'un artiste d'une autre discipline, cette autre discipline pouvant être la musique, la peinture, la photographie. Je pars d'une idée simple : les créateurs sont souvent particulièrement aptes à élucider quelque chose du travail de leurs pairs. Voici quelques-uns des dialogues envisagés, liste évidemment non exhaustive et par laquelle je n'ose m'engager, liste qui comporte beaucoup des musiciens mais qui compte s'ouvrir largement sur d'autres disciplines ! Paul Valéry et Léonard de Vinci, Michel Butor et Beethoven, Sollers et Mozart, Pierre-Jean Jouve et Mozart, Michel Schneider et Schumann, Milan Kundera et Janacek, Michel Leiris et Degas, Jean-Paul Kaufman et Delacroix, Charles Juliet et Bram van Velde, etc.
Je voudrais essayer de saisir la nature du regard porté par l'écrivain sur l'oeuvre du peintre ou du musicien. Comment procède-t-il ? Analyse intellectuelle ou intuition poétique par la mise en jeu de son propre imaginaire ? Thèse ou poème ? : "les grands écrivains, qui sont les seuls vrais critiques, ont tenté de créer, de leurs mots, un parfait équivalent d'une oeuvre d'art. Je voudrais rappeler un seul exemple. Entre 1908 et 1909, au moment même où la Recherche naissait en lui, Marcel Proust nous proposa les deux formes possibles de cette critique littéraire : la « recréation vivante » et la « claire analyse » ". (Pietro Citati, in Portraits de Femme, L'Arpenteur 2001, p. 370).
Thèse ou poème ? Recréation vivante ou claire analyse ? Deux voies extrêmes mais aussi tous les chemins de traverse.