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Kurosawa l’Empereur
dimanche 1er janvier 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

« Un homme qui n’a pas peur de l’obscurité est un estropié de l’art » (K.).

Kurosawa a eu l’immense mérite de se méfier des théories et des catégories. Il les stigmatisa chaque fois qu’il le put. On le dit parfois confus, disparate. Or il suffit de visionner les huit récits (courts-métrages) de « Rêves » pour comprendre ce qui perfuse toute son œuvre. Ce seul film redonne une vision synthétique à la prétendue hétérogénéité de l’œuvre.

D’un film à l’autre, d’un genre à l’autre les mêmes obsessions reviennent : peur du feu, peur de l’obscur. La nuit et l ‘incendie menacent. Si bien qu’à ce titre seul Fritz Lang peut être comparé au cinéaste nippon.

La question de la lumière et de l’aveuglement est majeure chez Kurosawa. Dans « le Château de l’Araignée » la scène où les chevaliers tirent des flèches contre la lumière demeure emblématique. De même que « Vivre dans la peur » . Ce film est l’histoire d’une phobie collective (la catastrophe nucléaire, intuition de Fukushima) venue de la pluie noire qui couvrit une île du Japon en 1953 après un essai nucléaire américain. La cristallisation de cette peur va jusqu’à l’internement de son héros. Et elle prend corps en un plan de lumière aveugle où la terre brûle.

On peut se demander d’ailleurs si Antonioni dans « L’Eclipse » ne créait pas une sorte d’admirable citation de l’inondation lumineuse et l’anéantissement en un plan qui reste une phénoménalité de l’angoisse planétaire.

Kurosawa décrit la maladie de la terre dans tous ses films. Il retourne le concept romantique allemand de la vie de la terre et la description du paysage qui en découle. Le créateur japonais ébranle la terre. La montagne est rouge, le Mont Fuji explose. Seul « Ersura » contredit cette maladie. Car il ne se passe pas au Japon…

Ajoutons que la maladie du corps répond à celle de la terre. On se souvient de la tuberculose du Yakusa Matsunaga de « L’Ange Ivre » « cheval brisé bon pour l’abattoir ».

Kurosawa est resté peintre dans l’âme. Chacun de ses films est préparé par de superbes aquarelles. Mais la peinture est dépassée par le cinéma tout en y faisant retour à travers, entre autre, l’ombre de Van Gogh. Il est clairement évoqué dans le dernier film du réalisateur. Mais dans « Le corbeau » de (Rêves) il est déjà là. : le soleil, obsession du peintre hollandais surgit à sa manière. Kurosawa met en mouvement les tableaux du peintre. Et il se met à filmer pour ne pas imiter le créateur.

Van Gogh a un frère. Comme Kurosawa en eut un. Il n’est pas sans résonance avec ses peurs primitives jusque dans « Madadayo ». La figure du frère est par excellence la figure du double. Elle est permanente.
Et dans Dodes’kaden plus qu’ailleurs. Ce film incompris et génial reste d’une modernité désarmante et exceptionnelle. Son héros affirme : « Je voudrais être un cheval pour manger de l’herbe car il y en a partout ».

Il existe chez le cinéaste nippon un expressionnisme à la John Ford. Comme lui il filme des chevaux, des batailles, des cavalcades dans des terres où la lumière brasille. Les deux œuvres se rencontrent dans leurs obsessions souterraines. Dans Dodes’kaden les chevaux sont remplacés par les trams. Ils sont partout. Jusque dans des dessins d’art brut qui deviennent des vitraux à travers lesquels filtre la lumière.

S’attaquer par des genres différents mais en les irrigant d’obsessions rémanentes prouvent la nullité de cette question du genre chez le réalisateur. Certes il ne les met pas tous sur le même plan mais cela n’empêche rien et prouve que cette classification ne signifie rien pour lui. Expressionnisme, néoréalisme, parodie, thriller qu’importe. Ils sont tous traversés par la puissance des obsessions du mal dans des images saturées d’un soleil aussi blanc que rouge.

JPGP

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