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Dans les ruines de la carte - Emmanuel Ruben
jeudi 8 octobre 2015 par penvins

Il y a, tout près de Saint Florent le vieil, un lieu éminemment romantique appelé les folies Siffait, pourquoi est-ce que je fais – paradoxalement - ce rapprochement ? Allez savoir ! Emmanuel Ruben nous livre ici un essai autour de sa passion des cartes qui est à la fois une entrée dans son univers littéraire – un univers très riche – et dans celui de Julien Gracq dans la maison duquel il écrivit cet ouvrage. Un ouvrage de géographe, mais pas seulement, un ouvrage d’écrivain bien sûr et de réflexion autour de quelques peintres qui dessine en discontinu la filiation de l’auteur. D’emblée celui-ci se démarque des auteurs rassemblés sous la bannière « littérature-monde », ces auteurs du réel, et rappelle en géographe averti que les cartes conformes et vraisemblables ne contiennent pas tout le réel, ne décalquent pas le réel. [...] il nous faudrait des atlas fractals. Ces atlas fractals existent. Ce sont les livres... Et j'ai envie d'ajouter, ce livre-là tout particulièrement. Il s'agit non pas de donner aux lieux une existence littéraire, mais de les ré-inventer, sans jamais prendre des vessies pour des lanternes. Ainsi de conclure : Qui veut décrire le monde ne décrit au fond que lui-même. La littérature-monde est une littérature-moi.

Écriture des corps, écriture de la vie ne sont qu’Utopie, on n’est jamais totalement maître, on [n’] habite jamais vraiment son propre corps rappelle, à la suite de Foucault, Emmanuel Ruben. Et de souligner, s’il en était besoin, que : Le vrai corps de l’écrivain, c’est son langage, c’est le langage étrange qu’il crée à l’intérieur de la langue. Ainsi entend-il dénoncer ce retour de la littérature spectacle du monde, une littérature qui n'interroge plus le monde, mais le décrit tel qu'elle le voit en laissant croire qu'il s'agit là du réel. Et l'on perçoit à travers cette mise en question d'une littérature se justifiant elle-même par l'abondance des prix littéraires qui la récompensent, outre une bien naturelle envie, la dénonciation d'un repli réactionnaire au sens purement étymologique, mais aussi au sens politique du terme, qui ramène le lecteur dans ses confortables illusions, loin de tout esprit critique, prenant le monde fantasmé pour le réel, fût-il le plus abject.

Quand l’invention ne marche plus, quand inventer un vivre ensemble est devenu impossible, reste le vieux mythe de l’identité. On fait croire qu’il n’y a plus besoin – qu’il n’y a jamais eu besoin – d’inventer. Que les choses sont données de toute éternité.

A l’opposé de la littérature-monde, qui appelle à se contenter du réel, qui fait croire que le voyage [suffit] à justifier l’écriture, qu’il n’y a plus besoin d’inventer, de recréer le monde, Emmanuel Ruben propose une littérature qui est annoncée pour ce qu’elle est, qui ne prétend pas décrire le monde tel qu’il est, mais lui donner vie comme l’artiste a choisi de lui donner vie. Aux auteurs qui veulent en revenir au réalisme et au naturalisme, il rappelle les leçons de la littérature et de la critique littéraire du Nouveau Roman sur lesquelles ceux-ci tentent de s'asseoir en réinventant une littérature bon enfant, littérature du bon sens et de l'évidence qui fait prendre, sinon des vessies pour des lanternes, tout au moins un monde fantasmé pour le monde tel qu'il est (puisque c'est ainsi que nous en avons l'expérience).

Emmanuel Ruben propose donc – et son texte en est un écho - d'abroger la règle de continuité, cette illusion de réalité que pratiquait encore le roman d'avant guerre et que les littérateurs-monde tentent de remettre en selle.

Julien Gracq dont il occupa la maison de St-Florent-le-Vieil est bien sûr au centre de l'ouvrage. Critique qui sert de point d’appui pour une reconquête littéraire, l’œuvre de Gracq y est analysée avec invention ouvrant – pour ceux qui n’en auraient pas lu l’analyse ailleurs chez Ruben - des perspectives de lectures extrêmement intéressantes. L’érudition et les compétences géographiques de l’auteur n’y sont bien sûr pas pour rien. Nous laissons le lecteur découvrir cette plongée dans l'œuvre de Gracq et nous sommes assurés que Ruben donnera envie de relire cet écrivain essentiel. Assurément Dans les ruines de la carte ne peut laisser indifférent, le ton polémique face à une littérature oublieuse des leçons de la critique y est le bienvenu. Bémol cependant, je me souviens que Roland Barthes avait parlé du plaisir du texte distinguant par là les textes de plaisir des textes de jouissance : si, bien évidemment, l’on ne peut plus lire le roman en se laissant prendre à l’illusion réaliste, si l’on se doit de garder présent à l’esprit que le texte n’est pas, n’est jamais le réel, cette littérature-monde doit-elle pour autant être considérée comme hors du chant littéraire, est-elle d’ailleurs vraiment dupe de l’illusion de réel qu’elle propage, le prétendre serait sans doute aller un peu vite en besogne. L’illusion littéraire ne nécessite-t-elle pas que l’on y croie le temps d’une –première et naïve – lecture, là réside le plaisir du texte !

Quoi qu’il en soit, nous avons, là, une brillante leçon de littérature qui donne l’occasion de s’interroger et ouvre des perspectives passionnantes tant dans l’analyse des œuvres que dans le devenir d’une littérature qui ne cesse de se chercher. On a, aujourd'hui, peu l'occasion d'entendre un plaidoyer aussi clair pour une littérature qui ne se prétend pas réaliste pour bouder son plaisir. Remercions Emmanuel Ruben et le Vampire Actif de participer à cette mise en question salutaire.





Penvins





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