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La Chute de Constantia - Yannis Makridakis
mercredi 22 avril 2015 par penvins

2015 Wespieser

traduction Monique Lyrhans

Une belle leçon donnée à sa belle-mère ! Yannis a épousé Anna, fille de Constantia, mais Yannis c’est aussi le prénom de l’auteur de ce roman plein d’humour. Ce que Yannis écrit à sa belle-mère nous raconte l’histoire difficile de la Grèce et de la Turquie. Constantia est restée à Constantinople. Malgré les pogroms organisés en 1955, elle, Grecque de la Ville, nourrit vis-à-vis des Turcs une méfiance quasi maladive, alors quand Yannis lui écrit et laisse entendre qu’il pourrait être turc et décrit une généalogie compliquée où se mêlent, parfois à leur insu, les ressortissants des deux communautés, Constantia est inquiète et furieuse. Tour de force de ce roman que de nous entraîner dans ce labyrinthe d’un trait de la première à la 179 ème page, happés que nous sommes par l’envie de savoir ce qu’il en est exactement de la généalogie de ce gendre qui ménage tant sa belle-mère que la vérité attendue ne peut être que terrible (au moins pour elle). Et, pourtant, ces mille et une précautions de la part du « Turc » pourraient n’être que ruse !

On laissera le lecteur découvrir cette intrigue portée par une langue serrée qui retient l’attention de bout en bout, ne laisse pas le temps de respirer, emporte. De page en page, on attend la catastrophe, celle de la Chute bien sûr, parce que la Ville ( Constantinople) a été prise, il n’y a aucun doute là-dessus et le déni dans lequel vivent les Romiotes n’y peut rien. Et en même temps ces deux peuples qui se haïssent et se disputent les mêmes terres, ces deux peuples victimes de la première purification ethnique de l’histoire lorsque l’on imposa aux Turcs de Chios de quitter leur île et aux Grecs de Smyrne et de Ténédos d’abandonner ce qui avait été leurs terres, ont comme gardé une mémoire commune, paradoxe que dévoile - ou invente ? - ce roman malicieux en entremêlant les généalogies. On remarquera que cette imbrication des peuples se retrouve dans la narration, où dans une même phrase, séparé par un simple point virgule, parlent à la fois Yannis et sa belle-mère de sorte qu’il faut parfois s’y reprendre à deux fois pour savoir s’il s’agit de l’opinion de l’un ou de l‘autre ! Cependant, Constantia résiste et est obligée d’admettre. Que pourrait-elle faire d’autre si son gendre comme il le prétend est bien un Turc … encore que, si comme le gendre de Frango, il était médecin et avait fait ses études en Allemagne... ! Constantia est mise devant une réalité difficile à nier, la Ville, et sa fille, ont été prises par un Turc et l’on se demande de bout en bout comment cette tragédie va finir.

Et ce d’autant que, nous dit Yannis et à travers lui l’auteur, Yannis Makridakis, notre terre c’est toujours celle de notre enfance, sa terre à lui c’est Chios et celle de Constantia Ténédos, quoi qu’il en soit les fondations de l’identité sont puissantes et l’on ne peut les changer, dit-il à sa belle-mère pour la rassurer et peut-être aussi lui faire comprendre que Constantinople n’est pas vraiment sa patrie à lui, même si elle appartient à son histoire !

Fable qui se fait passer pour une tragédie, où aussi distance est prise avec le réel, distance qui permet de faire entendre à Constantia le point de vue de son gendre : [ … ] la conscience nationale et religieuse est une chose fabriquée en même temps que se cultivent l’intolérance, la peur de l’autre et de celui qui est différent, le conservatisme et tout ce qui engendre des guerres et des malheurs.

Merveilleuse idée que d’avoir traduit et publié ce roman à une heure où les nationalismes repointent le bout du nez, merci à l’éditeur et à la traductrice.



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