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Soumission - Michel Houellebecq
vendredi 20 février 2015 par Jean-Paul Vialard

Soumission – Michel Houellebecq

Soumission – Michel Houellebecq.






Source : Vosbooks.



Propos liminaire.


Cet article, comme la plupart de ceux que j’écris, partent du-dedans de l’œuvre pour porter un point de vue aussi objectif que possible sur l’œuvre elle-même. La littérature jugée à l’aune de ce qu’elle est intrinsèquement, à savoir une œuvre d’art qui n’ a rien à voir avec les facteurs extra-littéraires quels qu’ils soient : vie de l’auteur, prises de positions forcément polémiques, préjugés divers entourant certains sujet de société. Procéder d’une autre manière conduit, inévitablement, à prendre en compte des facteurs qui, par définition, ne sauraient faire partie de l’art, seulement établir quelques discours mondains. Donc l’œuvre en tant qu’œuvre et ses fondements, ses lignes de force, ses thèses dans la perspective d’une compréhension du monde.

Cependant, il est toujours possible d’expliquer une œuvre grâce au vécu de son auteur : la peinture de Van Gogh et son destin tragique par exemple. Mais, ici, c’est moins la biographie qui compte que l’élaboration d’une thèse qui, hors la vie du peintre, ne saurait exister.


Pas de recension, une thèse sur l’œuvre.


Considérant que l’œuvre de Houellebecq ne constitue ni une approche de sociologie, ni une théorie politique au sens strict, mais relève essentiellement d’un propos sur la littérature, le résumé de Wikipédia suffira à saisir le contenu et les situations dont l’auteur s’empare afin de nous entraîner dans une fiction aussi étonnante que sujette à questions. Tous les faits qui traversent l’histoire (polygamie, port de la burqa, rôle dominant de l’homme dans la culture orientale, soumission de la femme, nécessité de la conversion, etc …) ne sont là que pour donner corps et vraisemblance à cette fable tout entière destinée à une appréhension d’une réalité supérieure, celle de l’art.


Quatrième de couverture de l’éditeur.


« Dans une France assez proche de la nôtre, un homme s'engage dans la carrière universitaire. Peu motivé par l'enseignement, il s'attend à une vie ennuyeuse mais calme, protégée des grands drames historiques. Cependant les forces en jeu dans le pays ont fissuré le système politique jusqu'à provoquer son effondrement. Cette implosion sans soubresauts, sans vraie révolution, se développe comme un mauvais rêve. Le talent de l'auteur, sa force visionnaire nous entraînent sur un terrain ambigu et glissant ; son regard sur notre civilisation vieillissante fait coexister dans ce roman les intuitions poétiques, les effets comiques, une mélancolie fataliste. Ce livre est une saisissante fable politique et morale. »



Résumé - ( Wikipédia).


« L'histoire se place dans un futur proche : François, un professeur de littérature parisien spécialiste de Huysmans, sent venir la fin de sa vie sexuelle et sentimentale, avec pour seule perspective la vacuité et la solitude. L'environnement décrit au début du roman est inquiétant : des affrontements réguliers entre jeunes identitaires cagoulés et jeunes salafistes ont lieu, les médias semblent - par crainte d'un embrasement généralisé - ne pas relayer toutes les informations, le pays paraît être au bord de la guerre civile.

Les bouleversements politiques de l'élection présidentielle française de 2022 amènent au pouvoir un leader intelligent et charismatique d'un nouveau parti politique. Après qu'il a réussi de justesse à se hisser au second tour de l'élection présidentielle, Mohammed Ben Abbes, président de ce nouveau parti nommé « La Fraternité musulmane », réussit, grâce au soutien au second tour de tous les anciens partis politiques traditionnels face au Front National lui aussi présent au deuxième tour, à être aisément élu.

Ce changement politique offre au narrateur une seconde vie et une seconde chance. Parmi les changements notables découlant de cette élection, la France est pacifiée, le chômage chute, les universités sont privatisées et islamisées, les professeurs doivent être musulmans pour pouvoir enseigner, la polygamie est légalisée, les femmes n'ont plus le droit de travailler et doivent s'habiller d'une manière "non-désirable". Grâce au soutien d'un ministre de Ben Abbes, le professeur semble s'être lui-même convaincu de retrouver le chemin des honneurs et un poste à l'université au prix d'une conversion à l'islam.

Plusieurs personnages politiques réels apparaissent dans le roman parmi lesquels François Hollande et Manuel Valls, respectivement Président et Premier ministre jusqu'en 2022, Marine Le Pen, candidate malheureuse au second tour de l'élection présidentielle de 2022, François Bayrou qui est choisi comme Premier ministre par Mohammed Ben Abbes ou encore Jean-François Copé. »


Quelques notes éclairantes de la critique.


Nathalie Crom – Télérama.


« C’est alors que, insensiblement, le roman glisse vers son dessein profond : s’interroger sur la place du sentiment religieux dans la modernité occidentale, sur le nihilisme et la mort de Dieu, et énoncer à travers l’itinéraire spirituel du narrateur, la possibilité d’une rupture collective et historique majeure. »


Emmanuel Carrère – Le Monde des livres.


« Ce renversement radical des perspectives, c’est ce qu’en termes religieux on appelle une conversion, et en termes historiques un changement de paradigme. C’est de cela que parle Houellebecq, il ne parle jamais d’autre chose (…) comme s’il avait accès aux livres du futur -, et c’est pour ça que nous le lisons tous, médusés. »


« Soumission » : un chemin vers la transcendance.


Aborder ce livre de Houellebecq, tout comme les précédents, nécessite la mise en œuvre d’une lecture distale, éloignée du sujet apparent qui en constitue l’ossature, pour aboutir à une réelle compréhension, alors qu’une lecture proximale ne ferait qu’en frôler l’écume, sans pénétrer le monde profond qui le sous-tend et le détermine de fond en comble. Car, s’il y a bien cette histoire d’un professeur d’université aux prises avec l’existence, c'est-à-dire avec l’amour, le travail, la douleur, les contraintes alimentaires, l’addiction à la cigarette et l’alcool, ceci ne constitue que l’enveloppe externe des choses. Au centre de cet être apparemment en perdition, parfois au bord de la déliquescence, toujours pris dans les mailles de la déréliction, il y a le noyau dur qui se rebelle et cherche une issue à sa vie, à son combat de tous les jours. Or, on ne sort de ses propres contradictions qu’à l’aune d’une philosophie exigeante, d’une « soumission » - acceptée, celle-ci -, au domaine de l’art, d’une sortie de soi en direction de la littérature. Ce qui se dit ici, en termes de destin individuel, ne fait que refléter une aspiration humaine - fût-elle dissimulée et cryptée sous le masque des conduites stéréotypées et ambiguës -, inclination donc à la transcendance dont le phénomène religieux est l’une des figures les plus évidentes, donc des plus reconnaissables, alors que l’art, dans ses manifestations est transcendance même de la relativité mondaine en direction d’un absolu.

La thèse que je propose est donc la suivante : Pris dans le carcan d’une vie qui l’étouffe, François, le narrateur, n’a guère d’autre choix que de s’adonner à la passion de la littérature, tout comme l’on peut se livrer à la passion de la foi. Sa conversion, bien plutôt que de constituer un itinéraire spirituel au terme duquel se montre la révélation est le point d’orgue du surgissement dans l’aire des pensées, des idées qui constituent le nécessaire arrachement au réel afin que quelque chose comme une entente avec l’être puisse avoir lieu.


Le désenchantement du monde.


A partir d’ici, nous ne pouvons faire l’économie d’une des clés de compréhension majeure de la modernité, laquelle repose sur l’idée qu’une manière de paradis a été perdu, paradis qui existait dans la littérature sous la forme du monde enchanté du conte avec son penchant pour le merveilleux, le surnaturel, la magie. Les Lumières sont venues éclairer la lanterne de la raison, Voltaire voulait « déniaiser le peuple ». Il a réussi, avec ses coreligionnaires, à ôter une espérance qui reposait, pour une bonne part, sur des croyances religieuses dont il ne convient pas que nous nous mettions en quête de leur bienfondé. C’était le mouvement naturel de cette époque, la manière de s’y prendre avec le réel. Le rabot de ces « affections primaires » a tellement bien fonctionné qu’il n’en est demeuré que quelques ilots perdus dans un océan de rationalisme. A tel point que ce concept de désenchantement est devenu un des paradigmes essentiels avec lequel composer afin de pouvoir continuer à penser. Max Weber et Marcel Gauchet en ont été les porte-drapeaux.

Et cette idée est enracinée à tel point dans les mentalités contemporaines qu’elle a donné lieu à la thèse de Michel Maffesoli, lequel en propose en quelque sorte l’antidote dans son ouvrage : « Le réenchantement du monde - Une éthique pour notre temps ». Le destin de nos sociétés postmodernes serait celui d’un ressourcement, d’une façon qu’auraient les esprits de s’abreuver à une « raison sensible », de reconnaître la sensualité comme mode de connaissance, de s’adonner aux « sentiments d’appartenance ». « Sentiments d’appartenance », autre nom pour la religion dont l’étymologie est de « relier ». Serait-ce aussi un autre nom pour l’art ? Sans nul doute si on le considère en tant que fruit d’un acte libre débouchant sur une vérité, souvent comme une communion des hommes vers quelque chose qui les dépasse, une quête d’infini dont l’artiste fait son medium pour atteindre une dimension qu’il faut bien nommer « cosmique » afin d’en dégager aussi bien le caractère de puissance que d’invisibilité. Ici, nous percevons combien la frontière est ténue entre art, littérature et religion, dès l’instant où la vue s’élève pour rejoindre l’espace d’une esthétique et l’exigence d’une éthique.


Le vice fondamental du christianisme.


Selon le narrateur, le christianisme a commis l’erreur de réaliser une confondante hypostase en deux étapes : Dieu « régressant » en Jésus. Jésus « régressant » en l’homme. Pour François, l’incarnation est le « péché » par lequel cette religion s’est condamnée sans appel à tomber du spirituel dans le séculier dense et opaque, sans espoir de pouvoir, un jour, s’en exonérer. Ceci est si irrémédiable que Dieu semble « s’être tiré une balle dans le pied » et avoir compromis toute chance de généalogie. Ceci, Nietzsche l’appelle la « mort de Dieu », laquelle installe le nihilisme et la perte irrémédiable des valeurs que sous-tendait une indispensable morale. Le couple Dieu-Jésus, abandonnant les sphères célestes donnait le champ libre à ce que le spécialiste de Huysmans réprouvait comme si cela avait été un reniement de la religion à paraître selon ce qu’elle est - un exhaussement de l’homme en direction de son propre dépassement vers le Créateur -, pour faillir dans cet humanisme qui, en fin de compte apparaît aux yeux de son détracteur comme un simple dévoiement d’une voie infiniment plus glorieuse.

Aucune transcendance ne saurait se négocier, composer avec autre chose qu’elle-même. Jamais l’absolu ne sort de lui-même. Faiblesse de l’homme que de penser différemment. C’est pour cette raison que l’universitaire, tout entier tendu vers le saisissement des choses fondamentales en ce qu’elles sont signifiantes, réprouve aussi bien l’existentialisme que son credo de l’engagement. Si l’engagement existe, il ne peut que dépasser l’homme. La liberté n’est pas de nature humaine, elle transcende, comme la vérité, tout comportement ou tout jugement de valeur la concernant. Elle est, tout simplement, d’une autre essence.

La croix étant faite qui biffe l’humanisme et le rejette à la façon d’une événement purement contingent, vers quoi donc l’exigence de l’homme pourrait-elle se porter de manière à ce qu’un sens puisse être annoncé et porté au bout de lui-même dans la connaissance d’un ordre qui le dépasse ? Sinon vers la littérature, vers l’art qui est la religion de l’intellectuel, l’aire de jeu de ces élites qui pensent hautement et ne veulent réduire la connaissance à l’émiettement de l’esprit dans de simples tessons de poterie. Seule l’amphore est signifiante qui porte entre ses flancs l’être qui la commet à paraître et à assumer son essence parmi la multitude. L’amphore comme vase sacré dont la tension des parois est plénitude du dieu qui l’habite et la remet aux humains comme une offrande. C’est le dieu qui offre la libation, l’homme qui la reçoit et la boit si, du moins, il est digne de recevoir ce message de l’Olympe. Les hauteurs ne sont jamais monnaie d’échange mercantile. La montagne ne s’abaisse nullement vers le marcheur afin qu’il s’empare de son sommet. C’est bien plutôt de l’inverse dont il s’agit. Toujours l’ascension de l’immanence vers la transcendance.

Ainsi, lire Huysmans, suivre son trajet depuis son inspiration naturaliste, matérialiste et l’accompagner jusqu’à son ascension idéaliste, mystique, sa conversion au catholicisme, c’est faire l’exact chemin de la prose vers le poème, du lexique unitaire vers la rhétorique pleine qui porte la littérature sur les fonts baptismaux de l’art. C’est ainsi, la peinture, la sculpture, les arts plastiques en général, la musique ne peuvent prétendre « jouer dans la cour des grands » que lorsque le propos est passé du bavardage au dire essentiel. Homère ne s’exprime pas comme les bergers d’Arcadie. Il s’adresse à ses lecteurs dans la langue des dieux, la seule qui convienne au chef d’œuvre.


Avec Huysmans vers le spirituel.


Le destin de François joue en abyme avec celui de Huysmans, illustre modèle auquel il s’identifie au point de se confondre avec lui dans une même quête existentielle, littéraire et, pour finir, religieuse. En effet, les thèmes de rencontre, les convergences et les dilections sont si intimement liées qu’il faudrait en faire un patient et laborieux inventaire tout au cours du livre. Citons seulement quelques attitudes siamoises. Ils ont une identique vision décadente et antimoderne du monde, une inclination à vivre dans la solitude, à affirmer un caractère volontiers misanthrope, ils abhorrent les élites de leur temps, leur propension à s’inscrire dans le bien-pensant, à valoriser les activités mercantiles, ils apprécient l’usage du tabac, la consommation d’alcool, ils souhaitent une vie conjugale qui allie tout à la fois le plaisir sexuel ainsi que l’épouse aimante et disponible commise à concocter une cuisine de qualité, ils éprouvent une similaire nostalgie de l’époque où le mariage garantissait la durée du couple dans le temps, ils éprouvent le même goût de la recherche intellectuelle, tous les deux créent à partir de brillantes dispositions littéraires (Huysmans une œuvre entière ; François une thèse très remarquée, puis un travail d’introduction à une édition sur le « naturaliste-spiritualiste » dans la très prestigieuse collection de La Pléiade), un attrait en direction d’une conduite mystico-religieuse (Huysmans fera plusieurs séjours dans différents monastères, y compris dans l’abbaye de Ligugé que visitera, à plusieurs reprises son « disciple », François, abbaye dont l’auteur « D’à rebours » deviendra oblat). Parcours identiques dont François avouera, d’une façon désabusée, que la vie de Huysmans et la sienne étaient tout simplement des fac-similés : « Ma vie en somme continuait, par son uniformité et sa platitude prévisibles, à ressembler à celle de Huysmans un siècle et demi plus tôt. »


D’une transcendance l’autre.


Peu de temps avant sa conversion à l’islam et après avoir bouclé le cycle Huysmans par un brillant texte destiné à servir de commentaire à l’œuvre dans La Pléiade, François fait la constatation désabusée conforme à sa propre logique existentielle :

« Je rentrai doucement à pied, comme un petit vieux, prenant progressivement conscience que, cette fois, c’était vraiment la fin de ma vie intellectuelle ; et que c’était aussi la fin de ma longue, très longue relation avec Joris-Karl Huysmans. »

La littérature, l’art auront conduit l’exégète du naturaliste jusque sur les rives d’une transcendance, à savoir dans l’orbe du religieux auquel le brillant penseur confiera la suite de son destin. Se passer de Huysmans devient maintenant possible car d’autres alter ego s’y seront substitué avec bonheur. Rediger, d’abord, cet éminent président de l’université Paris-Sorbonne ( il n’est pas indifférent de savoir qu’il vit dans l’ancienne maison de Paulhan, cette ancienne éminence grise des lettres), Rediger donc qui vulgarise les notions fondamentales du Coran à des fins de prosélytisme (il deviendra ministre) ; Ben Abbès, ensuite, le très charismatique nouveau Président de la République dont chacun reconnaît les talents de visionnaire, enfin, tout au bout de la chaîne, au sommet de la « vision », la haute stature de Nietzsche, la figure étonnante de son Zarathoustra, la surpuissance du Surhomme comme une haute parole chargée de prophétiser et de dépasser la mort de Dieu, le nihilisme avancé qui, partout, frappe à l’aveugle et réduit les consciences à n’être plus que peau de chagrin.


D’un visionnaire l’autre.


Et, en guise de conclusion, comment ne pas parler de l’auteur, seulement pour boucler le chemin du sens ? En ce début de millénaire hautement décadent, Michel Houellebecq, œuvre après oeuvre, nous livre, dans des ouvrages d’une rare qualité littéraire, ses images de visionnaire, ses intuitions prophétiques qui l’habitent à la manière d’une maladie intérieure qui le rongerait, tout comme son narrateur, François, subit les assauts d’un corps soumis à des attaques sournoises. Etonnantes méditations portées au plein jour avec ce qu’il faut de talent et de courage pour faire tenir debout un édifice chancelant par définition puisque le cœur qui l’habite est pris de soudaines arythmies et qu’à tout moment la crise d’infarctus est proche qui menace de tout reconduire au néant. Magnifique prose qui, dans un style exalté nous livre une manière de « crucifixion en noir » dont l’homme est atteint depuis l’origine. Insolent et téméraire « voyage au bout de la nuit ». L’individu, tout individu, en est la victime expiatoire à son corps défendant ou bien consentant. La lecture de cet auteur exigeant place souvent bon nombre de lecteurs dans une posture de rejet immédiat. Houellebecq nous livre, à chaque fois, la bogue de l’oursin avec ses épines violettes hautement urticantes. Il ne faut nullement hésiter à s’en saisir et à les dépasser afin d’avoir accès au sublime corail qui est cette « chair du milieu » du sens. Car on ne saurait mieux lire !


Extrait. (Belle page sur la condition existentielle de l’écrivain).


« Alors bien entendu, lorsqu’il est question de littérature, la beauté du style, la musicalité des phrases ont leur importance ; la profondeur de la réflexion de l’auteur, l’originalité de ses pensées ne sont pas à dédaigner ; mais un auteur c’’est avant tout un être humain, présent dans ses livres, qu’il écrive très bien ou très mal en définitive importe peu, l’essentiel est qu’il écrive et qu’il soit, effectivement présent dans ses livres (il est étrange qu’une condition si simple, en apparence si peu discriminante, le soit en réalité tellement, et que ce fait évident, aisément observable, ait été si peu exploité par les philosophes de diverses obédiences : parce que les êtres humains possèdent en principe, à défaut de qualité, une même quantité d’être, ils sont tous en principe à peu près également présents ; ce n’est pourtant pas l’impression qu’ils donnent, à quelques siècles de distance, et trop souvent on voit s’effilocher, au fil des pages qu’on sent dictées par l’esprit du temps davantage que par une individualité propre, un être incertain, de plus en plus fantomatique et anonyme). De même un livre qu’on aime, c’est avant tout un livre dont on aime l’auteur, qu’on a envie de retrouver, avec lequel on a envie de passer ses journées. Et pendant ces sept années qu’avait duré la rédaction de ma thèse, j’avais vécu dans la compagnie de Huysmans, dans sa présence quasi permanente. »





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Messages

  • C’est un beau devoir ! Vous voulez dire que vous seul avez une réelle compréhension, vous ne manquez évidemment pas d’évoquer tous vos écrits, il y a toute une trame que vous pouvez sans doute appliquer à chaque lecture d’œuvres différentes (un chemin vers la transcendance, une sortie de soi en direction de la littérature, là où le paradis est retrouvé, le monde réenchanté, surtout ne pas oublier l’amphore, ce vase sacré dont la tension des parois est plénitude, habitée par le dieu qui n’offre la libation à l’homme que s’il est digne de recevoir ce message de l’Olympe, comme vous...!). On avait déjà compris depuis longtemps que vous y croyiez, à cette sacralisation, à ce vase dont vous n’êtes pas sorti ! Pour vous, la frontière est ténue entre l’art, la littérature ou la religion, pour vous l’art est la religion d’un intellectuel, l’aire de jeu de ces élites qui pensent autrement ! Oui, vous voulez par ce texte d’abord nous dire que vous êtes de ces élites, vous pour qui seule l’amphore est signifiante ! Ce n’est pas parce que c’est très bien dit que c’est forcément très pertinent ! Justement Houellebecq, dans le passage que vous citez, dit que peu importe que ce soit bien ou mal écrit, ce qui importe est la présence de l’auteur, de l’être humain qu’il est, dans son œuvre ! Or, dans ce que vous écrivez, on vous retrouve plus vous que Houellebecq ! Houellebecq, je ne sais pas si la littérature est pour lui une passion, quelque chose d’élitique, je ne pense pas que ce soit un moyen de ré-enchentement du monde, il ne quitte pas le réel, au contraire il y reste et trouve le moyen fictif de l’aménager, mais est-ce vraiment un paradis, on en doute, il satisfait le temps d’une intelligente fiction un désir d’autrefois dont il ne peut faire le deuil. Vous, vous sacralisez la fameuse amphore dont on entend très bien ce qu’elle représente, Houellebecq dans une sorte de misère sexuelle dont de manière géniale il a réussi à faire à la fois sa source d’inspiration et aussi son fond de commerce, quoi qu’il en dise (on appelle ça un bénéfice secondaire), se débrouille pour que des femmes soient disponibles, que ce soit dans un tourisme sexuel, la polygamie dans cette fiction islamique, etc... Ce n’est pas parce qu’on fait, très bien, de la littérature, que ce qu’on produit ne s’apparente pas à une sorte de fantasmatique très infantile. Vous, vous dites transcendance... Ah l’amphore sacrée, pour ceux qui le méritent ! Ah les belles femmes, l’éternel féminin, les belles photos... Houellebecq ne se pose pas trop de questions sur ces femmes soumises, sans doute amphores sacrées pour vous, qui dans l’islam pourraient rester d’éternelles petites filles toute leur vie, aurait-il, le temps d’écrire sa fiction, très réussie, pu ramener sa mère soixante-huitarde auprès de lui sous la forme de ces trois épouses que la France islamique lui octroie parce qu’il le vaut bien ? La fiction, la littérature, et sa notoriété lui ouvrent l’espace où ses fantaisies peuvent se déployer de manière littéraire, mais l’être humain que l’on sent effectivement si bien dans cette œuvre reste un homme dans une misère sexuelle infinie ! Comme il dit, peu importe qu’il écrive bien ou pas, ce qui compte est cette misérable tentative œuvre après œuvre de faire revenir un objet d’amour infantile, ce qui le rive bien sûr à une solitude radicale ! Vous parlez d’amphore sacrée ? Dans "Soumission", la sacralité est soumise à rude épreuve : le narrateur fait mourir sa mère toute seule, et être enterrée avec les indigents parce que son fils n’a appris sa mort que trois semaines après ! Détail biographique ou pas, en tout cas, quelle vengeance ! C’est sûr que dans l’islam, ces femmes qui peuvent rester des petites filles ne courent pas le même risque ! A ne pas jouer ce que vous nommer l’amphore sacrée, voilà ce qui arrive ! Voilà cet être humain-là, avec sa fêlure et aussi un désir de vengeance discrètement inséré dans l’œuvre, pour lequel la littérature est beaucoup moins une affaire de beauté du style, de musicalité des phrases, que la possibilité pour lui d’une île.

    • Eh bien vous avez parfaitement le droit de faire une lecture selon vos propres sentiments, inclinations et penchants intellectuels. Cependant il convient de rétablir quelques vérités et je souhaite que ma présente réponse contribue à insérer un coin dans le catalogue d’idées reçues que vous distillez à l’envi tout au long de votre beau commentaire. En préambule à ma réponse, je vous ferai seulement remarquer que vous parlez de l’individu Michel Houellebecq, nullement du fond de son œuvre. Est-ce une simple omission ou bien une « soumission » à un principe qui consisterait à prendre le relatif pour l’absolu ? Etrange manière, tout de même, que la vôtre qui prend l’attelage pour la fonction locomotrice. Mais ici s’arrêtera mon humour que vous n’allez pas tarder à habiller d’un prédicat que je pressens aussi succulent que pertinent !
      D’abord ne parler que de soi. Mais, bien évidemment nous ne parlons jamais que de nous. C’est un truisme que d’énoncer ceci, une apodicticité dirait le philosophe. Lorsque je fais la critique du livre, c’est moi qui la fais, avec mon propre langage, ma propre compréhension de l’œuvre, mes propres arguments. Faisant votre commentaire, vous ne faites pas autre chose que de traduire vos propres sentiments, vos pensées intimes, vos réactions immédiates. Argumenter plus avant une telle évidence ne serait que pure coquetterie. Il y a mieux à dire.
      Pour ce qui est de cette si belle amphore qui paraît vous tracasser, sachez qu’elle est simplement la métaphore de la création, la muse, et du créé, l’œuvre. Or, si je ne m’abuse, celle qui chantait à l’oreille du poète, lui dictant ses plus beaux vers, était une déesse, non une mortelle habitant la contrée aride du réel. Donc nous parlons bien d’une transcendance s’originant dans l’empyrée et trouvant une issue dans une contingence, l’œuvre, mais cette dernière porte, entre ses flancs, la marque insigne de cela qui y a été déposé, à savoir un fondement, une signification ultime.
      Lisant « Soumission », si je peux me permettre, vous êtes resté à l’extérieur de l’amphore, sur sa face contingente, ignorant la tension qui l’animait de l’intérieur et qui était la recherche fiévreuse, hallucinée, pathologique d’une signification qui la dépassait - la transcendance -, afin que d’un supposé réel (il s’agit bien d’une fiction, n’est-ce pas ? Ce n’est ni un récit, ni une autobiographie, alors laissez donc Houellebecq s’arranger avec son existence qui, du reste, ne le regarde que lui) et focalisez-vous sur ce qu’il y a à apercevoir : la place du religieux et de la transcendance dans la société actuelle, question dont est nécessairement préoccupé l’homme postmoderne après que les valeurs se sont effondrées, ce que Nietzsche a énoncé dans sa thèse du nihilisme : la très significative « mort de Dieu ». En réalité vous avez lu de la littérature à l’aune de ce qu’elle n’est pas, une simple aventure existentielle d’un individu aux prises avec ses propres problèmes. La littérature, comme toute forme d’art ne peut se comprendre qu’à partir de ce qu’elle est : l’essence du langage en quête de ses propres fondements. Or interroger le religieux, cet universel, à partir d’un destin singulier, fût-il simplement fictionnel, c’est faire œuvre de transcendance, c’est porter à l’essentiel ce qui se dilue dans la quotidienneté, la mondanéité qui rend les hommes aveugles, ces derniers se confortant dans cette cécité. De cette manière ils font l’économie d’une insupportable douleur. La vérité est plus lumineuse que mille lampes à arc pour l’énoncer en termes lecléziens.
      Ce vase, dont prétendument je ne suis « pas sorti », si je vous ai bien lu, soyez persuadé que, pour votre part, vous n’y êtes nullement entré. Du livre de Houellebecq vous avez fait une lecture périphérique, demeurant en satellite autour de la belle amphore déployée dans cette œuvre, laquelle nous reconduit à notre propre finitude et nous confronte au problème du religieux (mais aussi bien de l’art, de la littérature) par lequel l’homme pourrait retrouver une raison d’espérer et de se projeter dans un avenir qui ne soit une simple fuite en avant, consumériste par exemple. A ne lire que de cette manière exotérique, à demeurer soudé à la lettre du texte, à défaut d’en percevoir les assises véritables et les riches interprétations ésotériques - la véritable compréhension est à ce prix -, on demeure ébloui par l’écume, ne percevant jamais les courants venus des abysses, lesquels possèdent la seule clé herméneutique pertinente. Toute lecture est recherche constante de cette fameuse « chair du milieu » qui est, modestement, ma marque de fabrique - plus de 3000 pages ont été écrites autour de ce sujet -, cette chair somptueuse qui ne se découvre, comme la vérité aléthèiologique des anciens Grecs, qu’à la mesure d’un constant et acharné dévoilement. La bogue de l’oursin, il faut en ressentir la venimeuse piqûre avant d’en découvrir et d’en déguster le merveilleux corail.
      Vous me dites « élitiste ». Je ne me livrerai pas ici à ma propre introspection. Oui, la culture est nécessairement « élitiste ». Voyez les musées, les cinémas d’Art et d’Essai, les bibliothèques. Et alors, quand bien même ? Ma vision du monde est volontiers platonicienne. J’ai bien conscience que le platonisme est un paradigme de la connaissance comme un autre. Pourquoi pas ? Je le trouve en tout cas extrêmement éclairant et l’exercice de la dialectique est un merveilleux art de raisonner, mais aussi bien, par simple homonymie de « résonner » avec ce monde plein d’éblouissement si nous savons en soulever un coin du voile, fût-il modeste. La Māyā, ce voile de l’illusion, obère bien trop souvent une juste perception des choses.
      Sans doute n’accepterez-vous un conseil que du bout de l’oreille. Cependant je vous le donne comme j’offrirais un précieux viatique à l’inconnu rencontré au coin du chemin afin que, sa lanterne éclairée, il puisse sortir de la caverne et s’émerveiller de la belle lumière partout répandue. Lisez donc « Voyages de l’autre côté » du très génial Le Clézio - sans doute un autre « élitiste » - et devenez, au moins l’espace d’une lecture, cette étonnante Naja Naja, cette belle incarnation du Mythe (le tutoiement de la transcendance y est hautement lisible), cette héroïne faite de vent, de feu et de langage, cette contemporaine Lilith qui peut traverser toutes les parois du monde pour atteindre cet « autre côté » où meurent les contingences, où naissent les rêves infinis qui font les yeux brillants des hommes et des femmes alors que restent à écrire tant d’œuvres essentielles. Mais il y faut l’exigence de l’art. A défaut de ceci ne se laissent percevoir que les coutures et les desquamations qui habitent le revers des gants en agneau glacé. Apprenons à regarder, ne nous contentons pas de voir.

      Avec mes remerciements pour cette occasion que vous m’avez donnée de placer au centre du débat ce qui seulement mérite d’y figurer, l’élévation de l’homme en direction de ce qui le constitue, ce langage dont il faut se saisir avec subtilité. « Du-dedans du langage, la littérature » pour citer l’un de mes articles afin que le procès en immodestie que vous instruisez à mon encontre soit mérité. Je mérite bien pire, continuez donc à me lire. Je suis pour l’exercice d’une pensée radicale. La seule à pouvoir regarder la littérature sans concession. Bien à vous. JP Vialard pour ne pas rester anonyme !

      PS : « Du-dedans du langage, la littérature ». Afin que cet énoncé ne demeure trop elliptique et crypté, il cherche seulement à faire signe en direction de ceci : c’est du dedans de l’existence que se révèle l’essence. Vous y reconnaîtrez, sans doute, une posture très sartrienne, sinon marxiste. Mais ici, il s’agit de ne pas faire de contresens : du-dedans de l’existence de l’œuvre (non de l’auteur), en direction de l’essence du langage qui nous détermine en propre et recouvre l’ensemble du destin humain.
      « Car je ne saurai mieux dire », pour paraphraser un bel écrivain, Romain Gary qui obtint le prix Goncourt pour « Les Racines du ciel », s’il fallait un dernier commentaire pour clore la parenthèse de la transcendance !

    • Je vous cite, en souligné :

      1 : dans votre réponse, longue comme un article, où à nouveau vous m’exposez votre théorie en matière de littérature :

      rétablir quelques vérités (Vous les avez décrétées ?)
      … focalisez-vous sur ce qu’il y a à apercevoir (qui décide de ce qu’il y a à apercevoir ?)
      Vous avez fait une lecture périphérique, demeurant en satellite autour de la belle amphore déployée dans cette œuvre ( y a-t-il obligation à la soumission à la dominance de la vision platonicienne, qui aurait le pouvoir de repousser à la périphérie les autres lectures, notamment celles qui tiennent compte de Freud, de la psychanalyse, de l’inconscient, de la logique psychique singulière à chacun et qui se met en acte lorsqu’un être humain vit, toujours avec le même cerveau même pour les actes que vous dites transcendants, et qu’il soit artiste, écrivain, ou ayant une vie qui n’entre pas dans la catégorie des élites ?)

      _percevoir les assises véritables (décrétées par qui ?)
      la véritable compréhension qui est à ce prix (et les autres ? Quelle prétention, si violente pour les autres !)

      _ plus de 3000 pages écrites à ce sujet…. « Du dedans du langage, la littérature » pour citer l’un de mes articles… l’exercice d’une pensée radicale, la seule à pouvoir regarder la littérature sans concession. (les autres lectures doivent-elles se soumettre à cette « seule » ?)

      devenez… cette étonnante Naja…cette belle incarnation du mythe…cette héroïne faite de vent, de feu et de langage (mais je désire juste être admise comme autre, ce serait déjà merveilleux, je n’ai surtout pas besoin qu’un homme me dise comment être, moi une femme !)

      un conseil (quelle prétention ! Moi aussi j’ai écrit des milliers de pages mais n’ai nul besoin de les évoquer dans un article, j’ai aussi reçu beaucoup de belles lettres d’auteurs, et reçu de merveilleux coups de fil d’autres auteurs !)

      _lanterne éclairée (quel sans-gêne, vouloir venir éclairer chez moi ! Me donner la lumière ! Mais je suis née ! En italien, on dit « dare alla luce ! » Donner à la lumière ! )

      _il y faut l’exigence de l’art… Apprenons à regarder, ne nous contentons pas de voir (parce que vous, naturellement, savant professeur, vous savez ce qu’il faut regarder, et nous les pauvres qui ne savons que voir !)

      _placer au centre du débat ce qui seulement MERITE d’y figurer (encore une fois, c’est vous, et votre théorie toute platonicienne, qui décrétez ce mérite, nous devrions avec joie nous soumettre à votre vision du monde platonicienne !)
      _ici, il s’agit de ne pas faire de contresens (vous, vous n’en faites pas, bien sûr, vous détenez la vérité, le savoir, la théorie, la bonne vision du monde !)

      2) Dans votre article à propos de « Soumission » de Michel Houellebecq :

      _Procéder d’une autre manière (que la vôtre) conduit, inévitablement, à prendre en compte des facteurs qui, par définition ( inévitablement ! par définition ! Tout cela décrété par vous !) ne sauraient faire partie de l’art, seulement établir quelques discours mondains (on s’en reçoit plein la figure !) … tous les faits qui traversent l’histoire (polygamie, port de la burqa, rôle dominant des hommes de la culture orientale, soumission de la femme, nécessité de la conversion) ne sont là que pour donner corps et vraisemblance à cette fable tout entière destinée à l’appréhension d’une réalité supérieure, l’art (la réalité supérieure ? La réalité est quelque chose de magnifiquement difficile, qui requiert beaucoup d’humilité et de maturité ainsi que beaucoup de travail pour y entrer, pourquoi la déprécier en la doublant d’une réalité supérieure ? Pourquoi la fuir, et la laisser à ceux qui, sûrement, ne savent faire ni avec l’art, ni avec la littérature, ni avec la religion ? Et, à ce propos, il n’y a pas de culture en dehors des musées, des cinémas d’art et d’essai, des bibliothèques ? Vous croyez qu’un paysan qui n’a pas accès à tout ça est sans culture, puisque ce n’est pas la culture dominante et de masse, vous croyez qu’il ne sait pas regarder un beau tableau de la nature, et même faire des vers en parlant ? Pierre Rahbi a su très bien faire avec cette réalité, et c’est un très humble et formidable poète !)

      _L’œuvre de Houellebecq relève essentiellement d’un propos sur la littérature ( donc, comme vous savez si bien ce qu’est la littérature, que vous disposez d’une théorie s’ancrant dans une vision du monde platonicienne, que vous avez mise au point dans 3000 pages et plus, avant même de lire, vous avez déjà votre grille de compréhension, et vous n’avez plus qu’à l’appliquer, trouver l’amphore et la Muse…Vous utilisez votre formation, votre art de la métaphore, votre spécialisation, vous maîtrisez bien, ça fait de l’effet vos exercices de style, et vous pouvez en produire à l’infini. Ce ne serait pas si gênant que ça, l’espace d’Exigence : Littérature est grand et tolérant… si vous ne commenciez pas en préambule par repousser à la périphérie, de la hauteur de votre dédain, comme de simples propos mondains, d’autres écoutes de la littérature, très éloignées de la vôtres ! )

      Vous pouvez tout à fait lire comme vous voulez les œuvres littéraires, et sur notre site, nous vous avons accueilli avec générosité, tolérance, à tel point que vous avez toujours pu prendre vos aises ! Vous aurez deviné que A.G., c’est Alice Granger, fondatrice avec Penvins (Pierre-Vincent Guitard) de ce site, Exigence : Littérature ! Je ne suis jamais intervenue à propos de vos écrits, même si je me sens étrangère à vos théories et peu sensible à vos exercices de style qui, certes, peuvent émerveiller, mais vous avez sans doute appris à bien manier le langage. Je ne suis intervenue qu’à propos de votre article sur « Soumission », de Michel Houellebecq ! Cet article a suscité ma grande colère ! Non pas par votre théorie sur la littérature, mais parce que, en préambule, vous repoussez à la périphérie les lectures éloignées de la vôtre, comme de simples discours mondains ! Dans ces autres lectures, éloignées de la vôtre qui utilise la vision du monde platonicienne, il y a la mienne ! En effet, il ne vous a sans doute pas échappé, puisque sans doute vous vous intéressez un peu à ce qu’écrivent les fondateurs du site qui vous accueille, que j’ai écrit et publié sur ce site quelques jours avant vous une lecture à propos de « Soumission ». Comme vous vous inspirez de la vision du monde platonicienne, j’exploite à ma manière singulière les apports incroyables de la psychanalyse pour l’écoute de l’activité psychique de chaque être humain, écrivains, artistes, ou pas ! J’imagine avoir le droit de penser qu’un être humain n’a qu’un seul cerveau, la même logique psychique singulière, pour vivre et pour créer ! Mon article tombe en plein sous le coup de votre exclusion en périphérie annoncée en préambule de votre article ! Vous pouvez écrire ce que vous voulez, mais, s’il vous plaît, tolérez que les autres n’aient pas la même vision platonicienne du monde que vous ! Là, dans votre article, on a vraiment l’impression que le savoir sur la littérature, c’est vous qui le détenez, et le reste n’est que propos mondains ! Je n’aurai rien dit si vous n’aviez pas mis ce préambule qui est intolérant à l’égard d’autres lectures possibles, dont la mienne, sur le même site ! Je demande juste de la tolérance pour les autres, qui se sont nourris et formés avec d’autres influences et par d’autres expériences et histoires, et qui abordent l’humain par d’autres voies que les vôtres ! Je ne peux pas accepter sans rien dire que votre article à côté du mien me rejète implicitement (ce n’est pas une attaque frontale, bien sûr, mais comment ne pouvais-je pas me reconnaître parmi ceux à qui vous ôtez la capacité à lire sans faire de contresens ?) ! J’écoute les œuvres, et l’être humain singulier qui y vit (ce que demande Houellebecq !), en proie souvent à sa névrose et qui peut parfois en faire un formidable fond de commerce comme bénéfice secondaire ! En tant que femme (puisque hier c’était la journée des femmes), je suis très dérangée en lisant Houellebecq par la façon dont il considère les femmes. Sans doute vous y voyez la Muse, je n’y vois pas de femme en tant qu’autre, en tant qu’être humain à côté de lui sur terre, être humain comme lui, qu’il verrait à côté de lui. Dans « Soumission », apparaît un homme qui tremble à l’idée qu’aucune femme ne l’aime, qui est effrayé à l’idée de finir seul, sans une femme qui l’aime enfin, qui lui donnerait une deuxième chance, l’accompagnant jusqu’au bout de l’aventure de la vie. Cette impasse là, jamais il ne l’aborde vraiment, dans son œuvre ! Il ne se demande jamais pourquoi il y a cette absence de femmes ! Cette misère affective, cette déshumanité ! Jamais vraiment. Les femmes qu’ils trouvent sont celles que sa position d’autorité et de pouvoir en tant que professeur d’université lui procure, des étudiantes, puis ce sont celles qu’il paie (des escorts, il a les moyens) et enfin ce sont celles que la république islamique lui offre étant donné son statut, trois épouses soumises. Voilà de quoi en effet repousser le temps de s’interroger sur le pourquoi de cette absence de femme, de cette absence d’amour entre lui l’homme, et une femme. Bien sûr, vous sortiriez la Muse, et le tour serait joué… Puisque la vie d’un auteur ne saurait être importante dans son œuvre, comme s’il avait un autre cerveau ! N’empêche que dans cette œuvre, en tant que femme, il y a de quoi réagir, jusqu’à trouver cet homme pathétique ! Il gémit de ne pas avoir de femme qui l’aime (comme son père en deuxième chance en avait trouvé une qui l’aimait par-delà les maux de la vieillesse… c’est dans le texte !) mais lui, est-il capable de voir vraiment une femme, différente de lui, ne tournant pas uniquement autour de lui, à son service sexuellement, pour la cuisine, pour l’accompagnement, pour être sa Muse. Bien sûr, en inventant une fiction où il n’a pas besoin de faire la révolution logique dans sa tête, il reste dans son impasse, tout en ayant des femmes, sans avoir besoin de les voir comme des autres ! Dans sa fiction qui implique un certain regard sur les femmes, il les paie toutes : il y a les pétrodollars dans la fiction islamique, il y a le bon salaire qui permet d’avoir des étudiantes, et il y a sûrement le best-seller qui fait couler l’argent. Bon, il ne faut pas dire ça, il ne faut parler que de transcendance, que d’art, que de réalité supérieure ! Houellebecq est sans doute un écrivain qui sait avec un grand talent faire avec sa névrose, et il est aussi très bon pour trouver le truc provocateur qui va assurer le fond de commerce ! N’empêche que, comme une simple être humain, comme il apparaît dans son œuvre, ce n’est pas un joyeux, il a quelque chose de misérable.

      Alice Granger Guitard

    • Suite à cet affrontement, il est vrai un peu vif, s’estimant personnellement mis en cause, Jean-Paul Vialard a souhaité cesser sa collaboration à Exigence : Littérature, ce que nous regrettons, ayant cru, bien naïvement que la critique pouvait, devait parfois, être polémique.
      Vous pourrez désormais le lire sur son propre site.

      Blanc-seing

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