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Le Café du coin, Sait Faik Abasiyanik

Editions Bleu autour, 2013

dimanche 24 août 2014 par Alice Granger

Sait Faik ( 1906- 1954 ) est un auteur de nouvelles qui a révolutionné la prose turque. Dans ce recueil en particulier, et dans son choix de vie marginale, il s’intéresse à ceux que personne ne voit, au café, à la sortie d’un cinéma ou d’un bateau, son écriture ouvre un temps dans lequel les oubliés deviennent au fil de notre lecture de vrais personnages qui ont trouvé brièvement leur auteur.

Le choix d’écrire s’est fait très tôt, pour cet écrivain qui a vécu à la frontière entre l’Orient et l’Occident au moment de l’industrialisation et après la fin de l’empire ottoman, dans le sillage de la Première et Deuxième guerre mondiale, en disant non à un mode occidental de vie qui aurait impliqué qu’il accepte le monde du travail, la réussite, la société des loisirs. Envoyé par son père en Europe pour y faire des études d’économie, entre Lausanne et Grenoble, il y fortifie son désir d’écrire qu’il avait déjà avant de partir, libre des ambitions familiales pesant sur lui, il se familiarise avec la littérature française. Son père lui demande de rentrer à Istanbul, mais il n’y travaillera jamais, sauf de brèves tentatives infructueuses. Ses parents acceptent enfin que sa seule activité soit littéraire, ce qui n’est pas considéré comme un travail. Sait Faik revient d’Occident, comme un non. De l’enfer jusqu’au paradis, l’écriture étant une sorte de purgatoire. L’Occident, il va s’y plonger, comme en enfer, en allant sur la rive occidentale d’Istanbul, cosmopolite, en train de s’industrialiser, nuits blanches, discussions littéraires avec des amis. Va et vient rythmique entre l’Occident et l’Orient, entre les deux rives, dans un mouvement de détachement incessant, et l’écriture est toujours en train de batailler pour nous montrer les oubliés du monde occidental performant et en représentation, en vain.

Sait Faik écrivain est une sorte de marchand de ballons percés, parce que c’est d’abord la métaphore de sa vie à lui. Sa nouvelle « A Izmir » nous le dit très bien. Les ballons multicolores attirent notre attention dans un maintenant ordinaire, et puis ils éclatent une fois la nouvelle finie, rejoignant l’ombre et le néant dont ils ont été tirés. A Izmir : « L’alcool, l’amour, la maison, la famille, l’amitié, l’amusement, les affaires de ce monde, et même une idée… Il est des jours où toutes ces choses ressemblent à des ballons rouges, verts, jaunes, oranges, percés par une aiguille ou une cigarette allumée. » « Existe-t-il des gens dont les ballons ne sont jamais percés ? Selon les jours, je les envie ou je les méprise. » « C’était un des jours où j’étais dans la rue avec des yeux de marchand de ballons percés. Je m’étais précipité hors de la maison, dégoûté de moi-même, de la soirée de la veille, de ma prétentieuse bien-aimée, de l’ami qui m’avait blessé la nuit pour une broutille, de la maison que je venais de quitter, de mon courage et de mon optimisme de la veille au soir, de l’amour et de ces pensées insensées qui surgissaient à l’aube, des sentiments, des idées folles, des accès de démence que provoquait la lente diffusion de l’alcool dans mon sang. » L’alcool… Mais aussi, se quitter soi-même, aller alentour, et voir des personnages qui sont aussi des ballons percés. Des miroirs de lui-même. « Où trouver le repos ? Encore au bistrot ? » L’écrivain se sent entre enfer et paradis. Il aime la vie, mais certains jours, rien ne l’appelle à la vie. Quête de cet appel, dehors, où vivent les oubliés ? Pulsation. « Je rencontre des animaux, des gens, des jardins, des bords de mer déserts. Je renais. » « La noblesse s’est posée sur nos espoirs et nos chagrins, sur les seuls espoirs et infortunes des pauvres gens. Inutile de la chercher sur le visage des lettrés, dans les livres ou les objets, ou dans les comportements, ce serait vain. » Nous le voyons en train de laisser s’anéantir un monde de la représentation, et se tourner vers le monde qui est juste là, à Istanbul ou sur son île, dans une sorte de définitif sevrage à l’égard de ce que nous pourrions nommer le monde occidental, mais en suivant paradoxalement la pente de l’addiction à l’alcool qui gonfle les ballons pour mieux les percer. Celui qui aime tellement la vie semble savoir ce qu’il doit au désespoir, celui qui le fait lâcher prise depuis longtemps et l’engage dans la marginalité plutôt que de devenir l’homme réussi que ses parents et ses origines lui promettaient qu’il serait. Lui, il tourne le dos à une certaine idée occidentale de la réussite, et, justement parce qu’il aime la vie, il va la chercher là où elle ne paie pas de mine, là où le néant n’est pas loin, là où les gens sont au plus près de lâcher toute espérance, comme dirait Dante. Dans ses nouvelles, pointe parfois une certaine méchanceté à l’égard de personnages qui pourraient y croire encore un peu… Une femme et sa petite fille vendent des lapins pour pouvoir s’acheter un billet pour Izmir. Il regarde les lapins, et voit déjà la bulle qui éclate : « Dans ma tête, la petite bulle se perce, je sens un liquide jaune, infecté, qui s’en écoule. J’aime les lapins. Chère petite grand-mère ! Toi qui vends tes lapins pour aller à Izmir, je t’adore, et j’aime les humains. » Aux yeux de celui qui a dit non, qui en est précocement revenu, cette grand-mère qui espère tant de son départ pour Izmir incarne la vie, elle incarne pendant quelques minutes, pendant l’écriture de la nouvelle, un recommencement. « Ma route était désormais transformée. » Sait Faik ne boit pas seulement de l’alcool, entre Istanbul et son île du Bosphore, il boit aussi la vie pulsée de ses personnages, le temps d’un ballon d’oxygène. Ainsi, les gens n’étaient pas tous des menteurs… Lui qui est sans espoir rencontre sur les lieux de son enfance et de sa jeunesse, où il est définitivement rentré, de petites gens qui espèrent encore. « La petite grand-mère cent fois plus malheureuse que moi avait de l’espoir, elle. » Juste à côté, des enfants mettent une souris sur les rails, le train va-t-il la déchiqueter ? Miracle, elle est vivante ! Un autre homme, au manteau rapiécé, vend un agneau. « Cet homme m’a plu. J’avais des amis sur cette terre. Nous pouvions encore vivre. Il était vain de dédaigner les gens et la vie à cause d’une poignée de calomniateurs, de charlatans, de menteurs et d’envieux. Il y avait ma petite grand-mère avec ses lapins. Et un homme qui vendait dans la rue un agneau vivant et celui non-vivant de son fils mort, histoire de se soûler à mort le soir venu… Je me suis approché tout près de lui… Mon ami, ai-je dit, toi aussi tu veux aller à Izmir ? »

J’ai choisi de parler de cette nouvelle, Izmir, mais les autres sont tout aussi extraordinaires. Cet écrivain de la errance et d’une liberté qui a pour prix le décrochage définitif, une sorte de sevrage par rapport à la vie réussie qui est pour nous Occidentaux la norme, n’a pas seulement révolutionné la prose turque, dans la première moitié du vingtième siècle. Il est l’écrivain d’une révolution intérieure ! En le lisant, nous nous disons qu’il est le paradigme pour révolutionner notre vie sur cette planète.

Ecrivain de la errance et de la liberté, il flâne, oscillant entre son île-refuge et le cœur de la rive européenne d’Istanbul, avec ses bars, ses bordels, sa vie bourdonnante. Il est à la frontière de l’Occident et de l’Orient. Il passe d’une rive où le style de vie occidental enfièvre, où il se mêle à une foule cosmopolite et à la vie intellectuelle, aux artistes, à une rive pauvre, qui ressemble au lieu de son enfance. Son écriture essaie de réhabiliter le lieu matriciel de l’enfance. Lui qui n’a jamais travaillé, ne s’est jamais marié, travaille autrement : l’autre rive est oubliée, ne paie pas de mine, est loin de la fièvre de la rive occidentale, pourtant l’écrivain voudrait que nous, lecteurs, et néanmoins Occidentaux, l’investissions par notre intérêt, par notre amour de la vie. C’est un auteur qui nous y appelle à la suite de ses personnages. Rejoignant à travers les années un homme comme Pierre Rabhi, qui nous invite à révolutionner notre façon de vivre, sans épuiser notre environnement. Ecrivain de la sobriété heureuse, déjà, Sait Faik ? Hélas, les ballons multicolores éclatent. Il se heurte à l’impossible. Sur la rive occidentale, il y a les loisirs, les mirages, l’enfer…

Il est un peu de chaque personnage qu’il décrit, ces gens ordinaires, des paysans, des ouvriers, des marginaux, des employés. Il nous entraîne par cette déchirure dans le maintenant, dans un grand et définitif mouvement de renoncement aux mirages, aux mensonges, si on aime la vie. Les gens qui habitent le maintenant, dans ce temps que le sevrage, la coupure et l’épreuve de vérité ouvrent, sont pourtant presque toujours malheureux, pauvres, oubliés, pourtant ils espèrent.

Mais l’écrivain turque Sait Faik, lui, ne devait pas vivre dans ce temps-là, dans ce maintenant-là, celui des oubliés, des gens ordinaires. Alors, on se demande pourquoi il s’est coupé d’un avenir autrement réussi, mais, évidemment, très formaté, désiré par ses parents, garçon idéal que le bon milieu peut produire. S’est-il préparé à se quitter depuis l’enfance ? Il est né dans l’île de Burgaz, près d’Istanbul. Ile habitée par des Grecs, des pêcheurs, des gens pauvres. Ile matricielle. Bien sûr, lors d’un bref voyage en France, notamment à Grenoble, il a lu des auteurs qui l’ont marqué, Maupassant, Gide, Camus, etc. Mais son écriture est unique. Elle ne fait pas de la rhétorique, mais elle est simple, phrases courtes et sans fioritures. Elle ne cherche pas à faire de l’effet.

N’ayant jamais eu à affronter les difficultés de la vie, son père riche ayant même financé ses premières publications, il est en quelque sorte resté dans un milieu matriciel, où il ne manque de rien, et il ne veut rien d’autre par-delà l’attrait infernal de la rive fiévreuse et occidentale d’Istanbul d’où il revient toujours. Va-t-il jusqu’à explorer peut-être le sans limite de ce non manque par l’alcool, les nuits torrides ? Boire ce qui ne manque jamais ? Et, comme au bout de la nuit, passer sur l’autre rive, qui n’est pas grouillante de vie, de lumière, de richesses occidentales, mais si vivante pourtant. De l’enfer au paradis. Mais s’il peut s’offrir ce passage, cette oscillation rythmique jusqu’à la mort, c’est que sur l’autre rive, il a aussi les moyens de vivre. Sur l’île, il a la maison achetée par son père, dans laquelle il vivra jusqu’à la fin, après la mort de ses parents. Là est le paradoxe : il se quitte, mais il n’a jamais perdu son lieu matriciel, ce refuge que n’ont pas les pauvres et oubliés dont il parle dans ses nouvelles. Il scrute des gens qui, eux, l’ont perdu, ce refuge ! Il y a du voyeur en lui. Il peint un décor où vivent des gens ordinaires, pauvres, qui doivent se débrouiller, tandis que lui, toujours, il ne manque de rien. Même sur l’autre rive, il est du bon côté des choses, dans sa flânerie orientale. Les moyens de ses parents lui ont offert le luxe de ne pas avoir à travailler. Alors, par l’alcool et le tabac, n’y a-t-il pas quelque chose de suicidaire chez lui ?

Sait Faik est contemporain d’une déchirure historique qui advient dans le sillage de la Première guerre mondiale. Dans son île, il vivait dans un port multiculturel, des Arméniens, des Georgiens, des Grecs, etc. Mais il y a d’abord des déchirements entre les forces d’occupation grecques et les Turcs, puis entre les minorités, lors de la guerre de la libération (1919-1922), qui débouche sur l’échange de population entre la Grèce et la Turquie, et sur le départ de nombreux Arméniens. Donc, cet effondrement d’un monde, cette déchirure, cette fêlure, Sait Faik connaît, sans pourtant avoir perdu l’abri. Son père et sa mère sont des notables, et son père soutient la souveraineté turque. Mais la relation entre père et fils est distante. Tandis qu’elle est bien meilleure avec son grand-père paternel, homme progressiste qui l’initie à la vie intellectuelle dans son café fréquenté par des écrivains. Le frère de son père est aussi un initiateur : il l’accompagne en Europe. La mère est une femme cultivée qui gère bien le patrimoine. Bref, le fils unique ne manque de rien, par-delà la grande fracture historique qui a marqué la Turquie pendant son enfance. L’effondrement de l’Empire ottoman et la reconstruction de la République laïque ont laissé des traces chez lui. C’est très curieux comme il reste chez lui le désir d’autre chose que ce modèle offert par l’Occident, alors même qu’il a les moments d’une errance qui le conduit à boire jusqu’à la limite cette vie multicolore fiévreuse. Le ballon éclate toujours.

Habitant une ville à l’époque pas encore industrialisée, il en garde un intérêts pour les minorités et les marginaux, ceux qui ne suivent pas l’occidentalisation.

L’enfant unique reste très attaché à sa mère. L’enfance est tranquille tant que la famille reste dans la petite ville proche d’Istanbul. Mais lorsqu’elle s’installe à Istanbul, les ambitions pour ce fils démarrent : bons lycées, bonnes études, pour un bon avenir ! Normes occidentales… Sa mère veut faire de lui un diplomate et son père un commerçant. Mais lui s’intéresse à la ville, il y flâne, sans doute y sent-il le passé ottoman. Il goûte à une liberté nouvelle. Cette échappée, cette errance, cette solitude avec lui-même. Luxe de cette liberté, que lui, enfant unique de parents riche, peut s’offrir. Rester en deçà. En achetant en 1938 une très belle maison en bois sur l’île de Burgaz, sa famille semble lui avoir assuré un ventre éternel. Il y vivra jusqu’à sa mort.

Sait Faik utilise l’alphabet latin et non pas l’alphabet arabe de l’empire ottoman, il privilégie le vocabulaire turque, tout cela dans le sillage de la nouvelle république laïque turque. Il a lu Zola, Hugo, en France, mais si ses nouvelles s’engagent dans la lutte des classes et la défense des minorités, c’est surtout parce que reste vivante en sa mémoire la population bigarrée et cosmopolite de l’île de son enfance, des Grecs, des Georgiens, des Arméniens… Il s’agit plus, pour cet écrivain turque, de faire revivre ce temps ancien vécu comme autrement vivant. Ses nouvelles ne sont-elles pas une tentative infiniment réitérée de retrouver ces personnages du lieu d’enfance, où des gens d’origines très différentes vivaient ensemble, avant la Première guerre mondiale, avant la guerre de libération et d’échange de population entre Grecs et Turcs ?

Quelques citations : « Je l’avais aperçu en sortant du bateau. Ce qu’il portait à l’épaule avait attiré mon attention… moi, à suivre la démarche légèrement voûtée du père cardeur, j’étais soudain redevenu comme un enfant innocent… La journée était si belle ! La mer était fraîche ! Les barques souriaient, les enfants et les femmes aussi !… J’avais, comme d’habitude, fait seul mon marché. Ma vie me convenait. La vie me convenait. Tout brillait et scintillait. Tout était bleu, puis, vers le soir, rouge et bleu marine. Ce jour-là, il fallait que personne ne meure, que personne ne se batte, que personne ne pleure… Je l’ai aperçu sous le tableau noir où étaient affichés les horaires. Son visage était cramoisi… ‘T’as l’air fatigué, papy, lui ai-je dit. _ Oui, je suis fatigué. Ça ne m’arrive jamais. Je ne sais pas pourquoi’… Au moment où j’arrivais à l’embarcadère, le père cardeur, le souffle court, arrachait sa chemise jaune de ses gros ongles ronds… Et il répétait sans cesse ‘_ Je meurs… Je meurs…’ Soudain il m’a regardé de ses yeux bleus… Après s’être ruinés pour payer la barque à moteur qui a transporté la dépouille de leur père, les voilà qui descendent du bateau le matin. » Le ballon a éclaté… C’est la nouvelle « Cardage ».

Et aussi « Gale et fantasmes ». « J’ai rencontré le galeux à la porte d’un cinéma. Il avait les pieds nus. Ses grands yeux vert et miel émergeaient d’une peau blanche, bleuie par endroits, et me regardaient, aussi beaux qu’un amandier en fleurs. » Le temps de s’arrêter et de vraiment voir cet homme ! Cet autre. Ce prochain. « Voilà toute l’affaire : au lieu d’aller au cinéma, je pourrais lui donner l’argent. Mais moi aussi je commence à penser comme tout le monde. Si je lui donnais cet argent, il le gaspillerait. Avec sa gale, il baigne dans un semblant de bonheur… Moi aussi je suis criminel, comme tout le monde. » « Une femme emmène cet enfant chez elle, lui applique la lotion contre la gale, le garde trois à cinq jours et, si elle le souhaite, le relâche tout propre dans la rue grouillante de microbes… »

« Pince à feu et chaise un soir d’hiver » : « Il faut sortir dans la rue, aller au café, se demander si l’on doit se rendre à Istanbul ou rater un bateau. Puis rentrer à la maison à la nuit tombée en s’appuyant sur un bâton… se replier sur soi, sur sa seule existence, sa seule vie. Ne pas mettre le nez dehors. Ne penser ni à ceux qui ont un poêle ou un radiateur, ni à ceux qui n’en ont pas, ni au malade, ni à l’affamé, ni au repu ; s’embarquer dans la rêverie, bailler, s’étirer et lire des histoires d’amour. » Retour vers avant ?

De très belles nouvelles, prémonitoires en ce crépuscule de civilisation, alors qu’il devient de plus en plus urgent d’inventer une nouvelle façon de vivre, en décrochant, et se séparant, en se sevrant !

Alice Granger Guitard



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