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Passage d’encres II
lundi 11 novembre 2013 par Jean-Paul Gavard-Perret

Au-delà des « fortifs »

Passage d’encres II, « 3 Transitions » Passages d’encres, Moulin de Quilo, 56310 Guern, 20 E.

Toute transition implique la notion de passage. Elle est attractive grâce au système de signes qui s’y déploie, s’y renverse. Concepts et sensations se retrouvent interloqués voire « inter-loqués » par la création de diverses signalétiques périphériques. Le numéro de « Passage d’encres II » les explore autant du côté de la physique (avec les articles de Louis-Michel de Vaulchier et Claudio Chiuderi), de la sémantique et de la syntaxe (Serge Gauffard), que de la géopolitique avec « Transitions et émergences dans le développement humain » de Pal van Geert et « Russie un nouvel espace » de Jean Radvanyl. L’urbain n’est pas négligé. Au contraire. Il reste l’expression la plus concrète du concept de transition. « Transitions urbaines » de Giuseppe Tonelli et « Frontière, seuils, murs » de Patrizia Violi illustrent combien ce concept engage non seulement à « un » espace, mais à « des » espaces. Demeure toujours vivant ce que cette auteure souligne à propos de la fondation de Rome « si traverser le seuil de la ville est un acte si impie qu’il mérite la mort c’est parce que ce tracé représente plus qu’une limite physique : il est le seuil de civilisation qui distingue la civilisation des barbares ».

Rien n’a changé. La ville reste le musée de la puissance. Passer à sa périphérie revient à pénétrer l’univers de l’architecture de la persuasion et du racolage les plus bas. Dans une interview lors de la sortie de « Stranger than Paradise », Jim Jarmusch avait déjà levé le lièvre : "La périphérie avec ses centres commerciaux dans leur architecture de la misère ornementale est une pute". Qu’y voit-on en effet sinon des boîtes à armatures métalliques sur lesquelles on colle des signes de reconnaissance ? Par compensation, ce qui est refoulé à l’intérieur est exhaussé dans l’effigie d’accroche. Passer le cœur de la ville, transiter vers l’extérieur revient donc à pénétrer un lieu fourre-tout, trouve-tout, où l’immense braderie humaine est permanente. Un Koolhass a d’ailleurs déjà formalisé cette « transition-monde » qu’est ce posturbain qui brouille les pistes (de l’Amazonie comprise comme l’illustre un article de la revue).

La transition urbaine ne peut même plus porter le nom de banlieue. Sa banalité est désormais habitée par ceux qui y vivent - mais qui sont relégués loin des axes visibles de pénétration - et par ceux qui ne font qu’y passer pour satisfaire sinon leur curiosité du moins leur « faim ». Bref, la périphérie est zébrée par une double expérience humaine à laquelle il faut désormais ajouter une troisième encore plus invisible que la première citée : celles des "réserves", des villages-bunkers qui fleurissent aux USA, mais qui se retrouvent déjà dans les banlieues de certaines villes européennes. La société de consommation s’est donc approprié une partie visible de la périphérie et de la transition en tentant d’occulter le gâchis et la destruction. Il y a là un amalgame à la fois cohérent et hétéroclite. Philip Roth dans son « Rêve américain » - a donné le sens de ce nouvel espace. Newark, sa ville natale, est le parangon d’une ville déjà excentrée, mais qui devient une périphérie de la périphérie, une transition à une transition suivante dont il souligne l’a-morphisme d’un paysage in absentia.

Le numéro de « Passage d’encres II » permet de comprendre des paysages et passages frontières devenus le modèle d’une sorte d’idéologie libérale. Seul espoir dans ce chaos : la transition peut entraîner non seulement un passage du dedans au-dehors mais du dehors au-dedans. Ce type d’envahissement laisse espérer une autre vision de l’autre Si bien que divers types de transformateurs transitionnels seraient déjà des "transformateurs Duchamp". Ils fabriquent implicitement des structures indépendantes de l’époque sous couvert de dupliquer des recettes d’une efficacité commerciale qui se soucie peu d’une économie du paysage humain. Une esthétique sauvage est peut-être entrain de naître. Elle ne répond à aucune une "éthiquette". La revue offre des exemples de ce nouveau système.

Jean-Paul Gavard-Perret

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