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Noir Violette - Marie-Laure Dagoit
jeudi 18 avril 2013 par Jean-Paul Gavard-Perret

MARIE-LAIRE DAGOIT : EMULSION LENTE

Marie-Laure Dagoit, « Noir Violette », Editions Derrière la salle de bains, Rouen, 8 Euros

Le temps passe, l’amour semble pouvoir durer dans les émulsions vaporeuses dont Marie-Laure Dagoit semble (le semble est important) entourer le visage ou le corps de la femme. Le voyeur benêt-béat se croit presque malgré lui ramené à l’espace où le romantisme viendrait une fois de plus affirmer son autorité. On n’y peut rien estime le voyeur. On se laisse envelopper presque inconsciemment. Il s’expose aux pièges que lui tend l’auteure. Elle n’est pas à son coup d’essai elle est même spécialiste des coups de maîtresse par ses propres livres et ceux qu’elle édite et où giclent çà et là les baies de deux aréoles à effluve d’écume. Mais du désir ici n’est gardé que le nectar. On peut avoir envie de le filtrer comme filtre le temps. On est dans le suave. Pas dans le rouge. Le noir et le violet sont bien plus séduisants. Nos propres ombres y passent et disparaissent. Le texte de Marie-Laure Dagoit réinvente le secret. Il va tomber en nous. Il suffit qu’il tiédisse. Le temps passe. La texture du livre et de la femme se dédouble pour approfondir le parfum de l’amour, elle recouvre des possibles auxquels on peut donner (mais à tort) le nom d’histoire. C’est plutôt une fable. La créatrice embaume non le corps mais la caresse des mots. Ils glissent sur le corps de la femme par effet de miroir. C’est insidieux, presque prévisible mais on se laisse prendre. Le temps passe. Vite, trop vite. Il est des plaisirs sucrés dont la proximité demeure presque infranchissable. Marie-Laure Dagoit les rameute. On pourrait dire que tout cela n’est qu’un détail. Mais on voudrait croire que la vie n’est qu’une succession de détails. Ne pas entrer dans les détails même lorsqu’ils sont douteux c’est ne jamais entrer dans la vie. L’auteure l’ose. Alors pourquoi passer à autre chose ? Ce serait superficiel, du gâchis. On se laisse envahir. Se caresse une joie pudique, l’aventure inouïe d’un parfum, le plaisir d’un souvenir où le bonheur fut surpris. Comme si le corps était traversé d’un autre corps. En clair-obscur et à claire-voie. Combien de temps pour prendre congé et rouvrir les persiennes ? Ecrire est ici un voyage dans l’intime et la pudeur. Marie-Laure Dagoit en fait bouillir le jus et brouille l’espace. L’écume gonfle. L’artiste arrondis deux seins sous voile mais contre l’obscur. Délice et douce perdition. L’écume apporte sa neige chaude. La lumière bute sur des courbes. L’ivresse s’étire doucement en des accents imperceptibles sur un jupon d’écume où trempe encore le trouble. Le visible est aussi voluptueux que discret. C’est l’impensé au cœur de la pensée. On va à la rencontre de ce que l’on rêve et peut-être de ce que l’on fuit. Pas besoin de fermer les yeux pour voir partout des souvenirs. "Noir - violette" est une frontière diaphane où les temps qui bifurquent et se recroisent sans cesse dans le temps de la fable. Le faut-il ? Il le faut. Marie-Laure Dagoit le sait. Accorde du désir ou plutôt son ersatz, son succès damné. Elle fait du spectateur son complice. Le corps est là. Il est loin. Dans le jardin des merveilles. Quand le monde reste obscur résiste sa présence sucrée. L’auteure fait toucher non à l’obscène mais à ce qui se rejoue sans cesse. Monte par le jeu entre le corps et son décor une clarté de fièvre suggérée dans le presque silence. La créatrice impose la sensation d’un écho mourant mais qui ne finit pas de mourir. La réalité de ta trace ne cesse de convoquer le regard, la pensée. Juxtaposition, superposition de motifs. La peau est là aussi offerte que fuyante. Où est la "vraie" histoire sinon dans les scènes les plus simples que l’auteure évoque en ses choix de "pigments" ? Ils ramènent sans cesse à l’indicible.



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