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Les chefs-d’œuvre - Louis Stettner
dimanche 30 décembre 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

LOUIS STETTNER :
CHANT DE L’IMAGE, MUSIQUE DU SILENCE

« Louis Stettner, les chefs-d’œuvre », Galerie David Guiraud, Paris du 07 novembre 2012 au 19 janvier 2013
« Louis Stettner », Bibliothèque Nationale de France, site François Mitterrand / Galerie des donateurs du 11 décembre 2012 au 27 janvier 2013.

Dans l’œuvre de Stettner l’image ne recherche pas à produire des effets violents. Elle souligne de manière minimaliste une souffrance ou à l’inverse un bonheur qui, peut-être, ne se reconnaissent plus pour tels mais emplissent l’espace de leur sourde mélopée par une rythmique particulière de l’Imaginaire. Au cœur de ses deux cités fétiches (Paris et New York) le photographe crée une atmosphère délétère mais poétique. Ce n’est plus celle de la vie urbaine proprement dite mais elle suggère une force sourde : parfois lourde, parfois légère. Une perspective d’une rue noyée dans le brouillard ouvre à un effet d’abîme, deux amoureux dans Central Park ou au Jardin du Luxembourg proposent à l’inverse une parenthèse apaisée.

Par cadrages précis, travaillés, picturaux (trop parfois) la pauvreté reste l’affirmation d’un manque mais échappe au sordide. Quant à la beauté d’une femme elle garde chez Stettner un je-ne-sais-quoi de précarité. Ce balancement, cette antinomie demeurent la marque de fabrique de celui qui représente l’équivalent américain d’un Doisneau. Par beaucoup d’aspects leurs travaux peuvent se comparer. L’Américain est le Doisneau de New York. Mais face à Paris il devient plus romantique et moins convaincant sans doute. La vacuité, la perte sont bien plus acres lorsqu’il saisit les travailleurs de Manhattan ou les mendiants du quartier de Bowery avant qu’un certain maire ne le "nettoie".

Dans son classicisme Stettner capte les ultimes assauts de lumière, ses soubresauts comme les ombres et les souffles du vent. Parfois il donne corps à des espaces de « non droit » et interlopes. Faisant l’impasse sur les lieux touristiques, il souligne et ouvre la partie cachée de la réalité urbaine. Et le photographe n’est jamais meilleur que lorsqu’il isole un personnage et dépouille au maximum les paysages. Sa saisie devient une graphie idéale et simplifiée afin de souligner divers types de manque ou d’absence. Un mouvement de retrait mène à l’être anonyme à sa "vérité.

Sachant refuser le piège du descriptif et du narratif Stettner fait vibrer l’écume d’un simple désordre émotif des mouvements du monde. En ce sens sa nostalgie est différente de celle de Doisneau. Elle joue sur les variations les plus simples pour tarir les sentiments inutiles et superflus. La photographie devient une gaze gorgée d’infimes signes rythmiques esquissés qui amplifient par exemple la marche forcée de laissés pour comptes qui rappelle ce que Beckett écrivait dans L’Innommable : "Il faut continuer, je dois continuer, je ne peux pas continuer, il faut continuer ".
Cette recherche devient ce qu’on peut appeler la didascalie du silence. Autant impressionniste qu’expressionnisme la photographie frôle, jouxte le bord d’une débâcle en une esthétique délétère mais porteuse néanmoins d’énergie. Stettner laisse émerger des schémas vitaux de construction, mais - comme en "suspens" - ils sont susceptibles de laisser sourdre des schémas de déconstruction.

Gilles Deleuze rappelle dans son Abécédaire que "tout acte de création est un acte de résistance, mais qu’un acte ne peut résister que s’il possède une force de décréer le monde pour en faire d’abord une musique du rien". Le travail du vieux gamin de Brooklyn (il a 90 printemps) est capable de suggérer ce " rien" essentiel. Il laisse voir ce qui est infiniment perceptible et parfaitement inexplicable.

D’où le paradoxe d’une œuvre photographique où le plein montre le vide, et le bruit le silence. Dans l’image quelque chose bat au moment où elle disparaît tel un fantôme qui ramène aux ombres et rayonne de leur absence. Le photographe suggère la précarité de la vie et de l’être à travers un « souffle » aussi ténu et qu’imperturbable - parfois tragique, parfois plus heureux. Ici l’image ni ne mime ni exalte le réel. Elle suggère un monde enfoui qui, crise aidant, fait hélas retour. Elle ne lâche donc jamais la proie pour l’ombre. Sa lumière fonce vers le silence sans fond.

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