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Pas de pitié pour les taupes - Lucy Watts
samedi 24 novembre 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

LUCY WATTS : PAS DE PITIé POUR LES TAUPES

Adepte du dessin et de l’interrogation sur le sens des images Lucy Watt surprend par ses stratégies plastiques. Toute jeune, issue de l’ENSBA, elle apparaît déjà comme un talent sûr. Rares sont en effet les jeunes artistes capables à la fois d’une réflexion sur l’image et d’un sens aigu de l’humour le plus insidieux.

La célébration plastique donne le jour à un rituel poétique totalement décalé. Il aurait ravi Queneau ou Pérec. Car Lucy Watts ne cesse de prendre à revers la représentation du monde (que le dessin décale) et la perception du spectateur. Partant de la problématique de Marie-José Mondzain sur la conscience imageante l’artiste montre comment se construit à notre propre insu la lecture du réel et combien, comme le disait déjà Pascal, la perception est « maîtresse de fausseté ».

Dans une série « conceptuelle » (pour faire simple) de onze camemberts statistiques - fondés sur la même taille des diverses portions - l’indication des couleurs (blue, red, yellow, etc…) est précédés d’un carré qui est sensé représenter cette coloration. De fait le nom de la couleur et la couleur elle-même ne correspondent pas : mais bien malin qui peut s’en rendre compte Preuve que notre perception parle – si l’on peut dire - la langue de bois.

Tout dans ce travail est du même esprit. Au rigide, Lucy Watts préfère non le mou ou le friable - comme c’est souvent le cas dans la postmodernité - mais le déphasage. Dans l’œuvre, les chiffres se mettent à chanter pompette : il suffit d’un dessin pour casser toute la pompe de l’office central des statistiques de Tel-Aviv, ou pour se moquer d’illustres anciens (même iconoclastes – tel Warhol) par un effet arachides qui n’est en rien peanuts…

Le pestilentiel du quotidien devient par la précision et la clarté du langage plastique de Lucy Watts un étrange jardin « pistil en ciel. Le soleil y tape dur comme un boxeur même s’il n’est pas directement présent. L’ère de la renonculacée n’y est jamais retardée. Toute vie y est magnifiée même si elle se nourrit parfois d’épines de chiffres ou de mots.

Une force juvénile et démystificatrice fonctionne parfaitement. « Pas de pitié pour les taupes que nous sommes ! » Elle ose, sans feindre d’y toucher, une profondeur de vue. L’artiste n’est pas de celle qui soigne notre paresse. Ses images se méritent. Et il faut se méfier de leur simplicité. Il y a toujours en elles une indignation discrète. Et l’ironie fait le reste.

Au besoin Lucy Watts forge le faux afin d’exalter l’artifice. Plus besoin de prendre la fuite, de se jeter dans la Seine pour quitter Paris. Mieux vaut attendre, devant chaque image proposée par l’artiste, qu’elle nous jette dehors comme le ferait un patron de bistro. Car avec Lucy Watts le dessin reste l’erreur essentielle qui justifie de tout. Il permet d’inventer une liberté afin de garantir des moments parfaitement inutiles. Plus besoin de fréquenter les psychanalystes, les Paris Hilton ou le TGV Paris-Chambéry, les bourgeois de cas laids, de pratiquer la maïeutique ou de se shooter de mayonnaise.

Sans y toucher, Lucy Watts transgresse tout édit de chasteté de l’image. Elle dilate le sérieux par des éléments basiques. Le dessin devient une mine dont il faut suivre la veine essentielle. Ses lignes et le noir et blanc délimitent des champs de distorsions capables de faire piquer du nez les repères et de prendre notre inconscient au dépourvu.

Nous entrons dans le non stratifié à la jonction de divers mouvements iconoclastes. A l’énonçable se mêle un visible et vice versa. Comme le texte se mêle au dessin, l’art devient par excellence le lieu de la mutation farcesque. Les questions qu’il pose sont les questions essentielles.

Face aux artistes philosophes à qui il faut toujours un mitigeur de morale Lucy dénude les images comme un fil électrique et pour en augmenter le voltage (donc les Watts…). Son travail n’est ni une aube tranquille, ni un crépuscule dérisoire.
Il se peut que pour la jeune artiste il en aille de la vie et de l’art comme d’un voyage. Elle a le mérite de s’y engager en avançant pour dégager les zones d’épissure des hallucinations. C’est ainsi qu’en nous rendant taupes-less face à nos certitudes Lucy Watts fait de nous des voyants provisoires mais des voyants tout de même. Et en avant doute

J-Paul Gavard-Perret

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