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Epures - Silvia Bächli
jeudi 25 octobre 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

EPURES DE SILVIA BÄCHLI

Depuis la fin des années 1970, l’artiste développe une œuvre dessinée très rigoureuse, avec des moyens volontairement réduits : papiers de facture, de teintes et de formats différents obtenus par le crayon, l’encre, le fusain, le graphite, la gouache, l’aquarelle, l’acrylique. Elle ne cesse de se frotter à ces " lambeaux " en une économie minimaliste, mais vers une sorte d’utopie de la vision. D’où la nécessité de cet échange entre la matière et l’image ainsi que l’intensité d’une attention à l’espace par ce qui devient une " méthode " paradoxale de construction du réel qui fait abstraction naturellement des idées reçues et de toutes conventions. L’artiste met à nu le monde en des opérations toujours peu ou prou " expérimentales ".

En 2009 l’artiste représentait la Suisse à la Biennale de Venise. Son installation « das » était constituée de 33 dessins et photographies en hommage à l’écrivain danois Inger Christensen. Son exposition « far apart – close together” a été présentée cette année au Kunstmuseum de Saint Gall. Le monde y devient un spectre. Et pour rendre compte de cette " spectralité, " il faut sans doute les transferts proposés par la créatrice suisse. Ses diverses techniques d’inscription, de frottage et de glissement saisissent le monde dans un dénuement L’œuvre offre une vision taciturne mais ardente et apaisée. Les couleurs - le plus souvent du gris pâle au noir profond - et les formes parcimonieuses procurent des émotions lancinantes voire une forme de sidération par les interrogations qu’elles suscitent.

Elles marquent une obsession, une hantise de l’entrave dont l’artiste veut libérer ses œuvres. Comme s’il voulait réparer le trauma d’une époque qui croule sous les images. Aussi répulsives qu’attirantes et attractives, mais elles entraînent vers un lieu d’enfermement, d’impossible séparation entre le réel et sa représentation. À l’inverse les épures de Silvia Bächli permettent de penser l’être, son rapport au monde en une concentration source de " simplicité " - ce qui reste le plus difficile dans l’art et qui demeure l’apanage des grands maîtres.

À ce titre l’artiste pourrait faire sienne la phrase de Braque : " une toile blanche ce n’est déjà pas si mal ". Chez la créatrice c’est même bien, car à la fin il faut toujours revenir à l’essentiel : l’image primitive et sourde proche du presque rien. L’artiste atteint l’essence de la clarté par ce dépouillement majeur là où l’art semble se dérober mais résiste pourtant de manière obsessionnelle.

En ce sens sous l’apparente banalité se cache ce qu’il y a de plus fantastique puisque l’image n’est plus l’apparence du réel, elle n’est pas un rêve trouble non plus. Elle est un paradoxal « déni ». Surgit une effraction à travers laquelle éclate une vérité innommable au seuil de l’obscur et de la clarté. Opaques comme le marbre des tombeaux, translucides comme l’ambre, les œuvres de Silvia Bächli plus qu’enfermer dans un antre funéraire, flambent de ce qui n’est pas la lumière exactement mais la lueur du vivant. Et ce, même lorsque sa présence fait défaut ou n’est que suggérée. Existe donc le rythme visuel de l’arrêt et du passage, du levant et du couchant, du devant et du dedans.

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