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Failles ordinaires - Geraldine Lay
mercredi 24 octobre 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

APPARENCE VERSUS APPARTENANCE : GERALDINE LAY

Geraldine Lay, Failles ordinaires, Préface de Jacques Damez, Edtions Actes Sud, 140 p., 25 E.

L’histoire de l’œuvre de Géraldine Lay ne serait-elle pas l’histoire d’une accession à soi par l’intermédiaire de l’autre ? Dans ses « failles ordinaires » qui font suite aux « histoires vraies » (Galerie Le Réverbère, Lyon, 2011) l’artiste rapporte en filigrane des vies captées à travers objets et corps où souvent navigue un érotisme larvé, à peine esquissé.

En des appartements anonymes visités, et par ses silhouettes de l’altérité, Géraldine Lay pose la question de l’appartenance, de l’apparentement. Chez elle ce qui désapproprie par effet d’un certain anonymat fonde. La " visiteuse " tout au long de son travail traque ses propres traces qui sont aussi les nôtres.

À travers leur traitement photographique, silhouettes, lieux, objets deviennent des reliques très particulières. Elles ne servent à aucune sanctification ou exhibition d’un secret. Reliquaire ajouré tant sur le dehors que sur le dedans la photographie fait de chaque indice la fable de la perte, mais aussi la fable du lieu. Et l’artiste livre son aptitude à rendre les choses et les êtres absents. Mais à faire aussi que ce qui est absent surgisse.

Par ses prises elle laisse imaginer le fantôme du lieu ou des êtres. L’image heurte le doute sans toutefois le lever. L’accumulation des prises construit une origine sans clé. L’artiste rappelle – contre la psychanalyse – que le secret n’a pas de serrure. Convoquant, provoquant le hasard – à savoir l’ignorance de ce qui va suivre – l’artiste nous entraîne dans sa méthode.

Reste moins « le château de pureté » cher à Mallarmé, qu’une manière de montrer que rien n’aura eu lieu que le lieu. Géraldine Lay devient en conséquence une des plus subtiles artistes de son temps. Sous son apparente ingénuité de vestale, de servante zélée du réel elle montre un impensable. Elle ouvre à la nécessaire " débandade ". C’est pourquoi si on veut se rincer l’œil il faut chercher ailleurs. Le temps de rinçage est passé : celui de l’essorage arrive là où l’artiste continue son travail.

Nous voici dans le moindre du réel ou plutôt dans son intégralité. Comme si devant lui, comme devant la photographie, il fallait à chaque fois repartir à zéro. L’occurrence du dehors ou du dedans saisie par Géraldine Lay reste un défi entre la photographie et la réalité. La première en sa prise ne se veut pas témoignage, mais mise en scène d’un suspens et de l’étrange fascination précaire suscitée par le quotidien architecturé.

Adepte de la série, au moyen de sa patience et sous tous les angles possibles, l’artiste déplie les morceaux d’espace qu’elle rend visible en jouant du hors-champ. Ses « opérations » sont propres à retenir en bordure du réel dont la photographe retire des éléments parasites pour ne garder que quelques lignes de force ou éléments de fond mais pas forcément a priori les plus signifiants. Et si nous nous retrouvons dans un univers que nous connaissons bien reste une énigme profonde : où se joue là le jeu de notre appartenance au réel donc de notre identité.

L’artiste produit une œuvre au statut particulier. Travaillant sur des lieux qui ne sont pas les siens elle enchâsse sa propre histoire comme la nôtre dans la grande question du secret, de la généalogie du secret, question que tout artiste se pose. Et cette relation au secret se constitue en espace de tension entre « autoportrait » et indices de l’inconnu. De la sorte, elle pose et repose la question de savoir qui est le sujet du sujet.

Intérieurs ou espaces publics deviennent des demeures de hantise et de méditation. Liquidant tout le spectaculaire Géraldine Lay « durcit » à sa manière certaines valeurs de la contemplation. Pressentant l’illusion comme la seule source féconde de la photographie mais sachant rebondir sur elle, la créatrice lui octroie une autre présence, un autre contenu, une autre façon de la regarder. Les pans de lumières créent des resserrements pour permettre l’apparition d’une nouvelle théâtralité du réel en une sorte de suspens filtré.

S’éprouve une fugace extase : ce qui est absent est répandu par la couleur que rehaussent par touches les lignes qui l’exaltent. Tout est là, mais comme hors de prise, en dehors de l’image. Le réel qui était son départ n’est plus au terme qu’un point d’arrivée différé. L’inquiétude est donc la faille ordinaire de l’artiste : là où l’évidence pourrait régner tout capote, diverge : le doute est omniscient.

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