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Etudes Humanités - Jean Claude Bélégou
mardi 9 octobre 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

« ETUDES HUMANITES » :
LA GRANDE ŒUVRE DE JEAN CLAUDE BELEGOU

Avec « Etudes Humanités » le photographe Jean-Claude Bélégou inscrit sa Comédie Humaine. A l’inverse de celle de Balzac elle se passe de tout décor et l’artiste la définit ainsi : « Toujours cette obsessionnelle quête de la vérité des corps et des visages, des peaux, des êtres. Vérité impénétrable et revêche, qui se défile sans cesse comme elles se dérobent, et qui pourtant affleure de courts moments privilégiés. Les plaquer là contre un mur gris, une chaise, un lit, le parquet et attendre, espérer la splendeur de la chair.  »

Fasciné par ses modèles, Bélégou retrouve une saisie du quotidien. Mais le temps est fini où il photographiait la femme aimée au milieu des boîtes, outils, fils électriques, pots plus ou moins pleins, pinceaux, bougeoirs, papiers froissés, patères dans l’ancien presbytère devenu sa maison ou à l’extérieur dans un jardin à demi sauvage. Sa nouvelle recherche de l’humain s’inscrit en une galerie de portraits aussi naturalistes que paradoxalement bienveillants.

Les photographies aussi léchées que simples donnent aux corps et aux visages une puissance particulière. Elles permettent d’atteindre une vérité qui n’est pas d’apparence mais d’incorporation temporelle. Dans leur diversité les portraits proposent par effet de série un déplacement de la fonction d’instantané, d’encoche définitive, de marque fixe. Une telle série en ses divers chapitres prouve que le temps ne s’arrête pas. Mais elle dépasse l’ordre de la mélancolie, de l’instant.

Ce travail sur le nu ou le semi-coke sans la moindre parade à propos de la vision du corps devient le visage du destin, le porte empreinte du temps. Pour autant le photographe ne présente pas ses portraits de manière chronologique ou dans un déploiement linéaire. L’ensemble crée un centre de gravité, un foyer. Il dégage la dominante du temps humain pris entre deux marges : la presque enfance et le presque quatrième âge dont l’artiste expose les bouts comme les intervalles.

Chaque corps soumis à la prise est mis en scène non sans un sens « classique » de la pose. Chaque sujet apporte son flux d’opacité. Loin de tout « sfumato » ou de simple effet d’icône le corps se dévoile dans une lumière sans concessions plus que caressante au moment même où parfois les modèles se déshabillent. Conscients des séances de prises ils n’éprouvent aucune obligation de « présentation ». Ils sont à l’image émancipés et non sous surveillance. Reste la seule volonté d’une inscription au sein d’une communauté hétéroclite. Chacun d’eux ne semble ni craindre ni désirer la prise : il l’accepte sans chercher à ruser avec l’objectif. Pas plus que Bélégou ruse avec lui et avec ses modèles.

Un tel ensemble plonge vers l’énigme de l’être. Un faux air relationnel semble sortir de cet assemblage - ou cette dissémination. La persona est livrée au regard pour déplier un secret mais il ne sera pas éventé. D’une certaine manière il n’y a personne à l’image et en même temps tout le monde. Hommes ou femmes d’âge affirmé ou nymphettes parfois aimablement grassouillettes s’y croisent dans le silence de leur regard dont la trace recèle à la fois une sorte d’indifférence mais aussi d’intensité. De tels portraits n’engendrent pas le monde de l’hypnose mais de la gestation dans lequel Bélégou prouve combien, par la prise photographique et au sein même du classicisme quasi pictural, le corps à la fois " s’envisage " et se " dévisage " en une présence brute.

En dépit de la nudité l’artiste nous éloigne d’un pur secret d’alcôve. Chaque corps devient une muraille d’indices indicibles, un filon d’absence, un reflet de l’insaisissable. Surgit aussi une douceur étrange mais sans condescendance. . . Il y a de la part de Bélégou ni viol, ni agressivité, juste un regard attentif pour des modèles qui acceptent son « deal ».

D’où la question centrale : de quoi les photographies présentes à Toulouse portent-elles la trace ? D’amours, de blessures et de joies ? Le tout sans doute, même si le photographe lui-même ne répond pas. Femmes ou hommes sont saisis avec une certaine froideur jusque dans l’intimité la plus sensuelle. Demeure aussi la gravité d’une portance cérémonielle mais qui n’a plus rien à voir avec celle que possédaient ses photographies du début des années 90. il ne s’agit plus de prendre par défaut la femme ou l’homme. La proximité fait paradoxalement le jeu de l’éloignement : pas question pour le spectateur de se rincer l’œil dans le bain de révélation de l’artiste.

Du règne du biologique et du sexué émerge une poésie au sein même de ce que tout portrait par « nature » fige. Ce dernier permet l’approche soudain d’un élément à la fois dur mais " malléable " afin de cerner le problème de l’existence. Le langage photographique touche à l’essentiel sans jouer du charme ou de la caresse ornementale. Il convient de le sentir, de l’éprouver tel qu’il est dans son ampleur et sa déshérence.

Chaque prise laisse des empreintes captives du pur désir sinon de vivre du moins d’exister. Se perçoivent des gouffres et des innommables. C’est à celui qui regarde et non au photographe de leur donner un nom. Les corps sans relâche mettent notre mémoire en mouvement. Émergent des vies secrètes dont il demeure impossible de surmonter l’écart et leurs obscurs songes. Rien pour les dissoudre. La perte d’équilibre est dans chaque visage - pourtant si bien cadré. Mais la photographie n’est plus un miroir où le fantasme cherche à s’abreuver.

site de Jean Claude Bélégou

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