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Outdoor Sculpture - Berlinde De Bruyckere
vendredi 5 octobre 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

HALLALI DE BERLINDE DE BRUYCKERE

Berlinde De Bruyckere, Exposition « Outdoor Sculpture », Hauser & Wirth, Londres, 2012
“Romeu my deer” Photographs by Mirjam Devriendt, texte Caroline Lamarche, Skira

Connu pour ses représentations à travers des pièces hybrides, des qualités inhérentes pour elle à l’être : sa fragilité et sa vulnérabilité - ou si l’on préfère parler plus globalement encore : ses imperfections - Berlinde de Bruyckere met en scène ces thèmes universels dans un art métaphorique très contemporain qui combine la sensibilité de la beauté poétique avec une forme de réalisme brutal. C’est pourquoi ces dernières années « Runa », le Cerf, a été à la base de plusieurs sculptures et dessins importants de l’artiste.

Née à Gand en Belgique en 1964, depuis sa première exposition au milieu des années 80 l’artiste est régulièrement exposée dans le monde entier. Elle a fait récemment sensation en Australie avec “’We are all Flesh” (Australian Centre for Contemporary Art, Melbourne) et avec « The Wound » (Arter, Istanbul). Son travail est très inspiré par les créateurs baroques qu’ils soient peintres, cinéastes (Pasolini en tête) ou poètes.

A l’origine du livre « Romeu my deer » il y a une sculpture en extérieur installée dans le Southwood Garden de Londres en collaboration avec la St. James’s Church. Cette œuvre est présentée du 5 septembre à la fin décembre 2012. Dominé par la flèche de l’église un cerf se trouve sur un bloc en pierre dans une mise en scène des plus sobres au sein du jardin.

L’image du cerf permet le mixage faussement rococo de l’animal et de l’humain. L’artiste reprend soigneusement l’anatomie de son sujet mais en même temps la déforme et la « dégonfle » dans la combinatoire de plusieurs matériaux nouveaux chez l’artiste : le plomb, le bronze et l’étain, des matières qui soulignent avec leur densité les thématiques que Berlinde de Bruyckere aborde avec gravité.

Pour célébrer cette sculpture en extérieur l’artiste a conçu une performance avec des danseurs contemporains. La danse a toujours joué un rôle majeur dans le travail de l’artiste belge après une rencontre heureuse avec le chorégraphe Alain Platel. Celui-ci a proposé à l’artiste trois danseurs de sa compagnie. Elle a immédiatement commencé à capturer le physique sportif des danseurs afin de les scénariser.

Les corps des danseurs viennent jouer avec celui de la statue dans un rite incantatoire et un cérémonial délétère. Dans un jeu de double aussi : le cerf statufié et mort possède son fantôme vivant puisqu’il est incarné par l’une des trois danseuses au sein d’un embrouillamini de cornes et des branches et d’autres « attributs », minutieusement modelées de la cire et plantées dans des oreillers de coton.

Il y a là tout un jeu de la mort, une lutte aussi entre les esprits négateurs et d’autres plus vivants. Une nouvelle fois l’artiste donne une vision profonde d’une création qui paradoxalement par le beau et la matière semble dire qu’il n’y a rien : pas d’être, pas de création sinon de la mort. Mais pour autant il n’y a pas de néant puisque l’artiste le métamorphose dans la majesté des arts de représentation poussés à l’extrême violence et beauté en une parfaite rigueur.

Certains y voit la vanité des vanités à quoi l’artiste répond qu’il ne faut jamais séparer ses œuvres du contexte : Londres dans le cas présent. Dans la ville la statue semble naïve et insolente à la fois. Elle bouscule les idées reçues sur le sens de la statuaire jusqu’au statut même de l’animal et de l’être dont les atrocités deviennent métaphoriques à travers le Cerf. L’animal dit-on pleure et il est laissé à l’abandon. Berlinde de Bruyckere paradoxalement porte le coup de grâce à une culture à l’agonie, elle n’en précipite pas seulement la fin, elle veut y voir un recommencement là où ce ne serait plus seulement les violents qui l’emportent. Elle n’a pas qu’un cadavre sur les bras mais l’avenir devant elle.

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