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Une semaine de vacances, Christine Angot
mardi 18 septembre 2012 par penvins

Bon, je sais, le mieux serait de ne pas en parler, ce livre là se vend parce qu’on en parle, mais il faut parfois dire pourquoi on n’en parlera pas, pourquoi on considère que de tels livres n’ont rien à voir avec la littérature.
Ce livre c’est tout le contraire de la littérature, Angot abandonne le lecteur à la pensée unique, la conclusion va de soi : il faut condamner cet homme et absoudre cette victime, on croirait lire Détective ou Voici. Quand lors d’entretiens, elle dit qu’elle ne fait pas de procès, que par une écriture objective, elle a voulu laisser le lecteur face à la réalité, soulignant qu’elle détourne l’écriture de Robbe-Grillet chère à son père pour opérer l’effet inverse, n’est-ce pas justement parce qu’elle pense que le réel suffit. D’une certaine façon Christine Angot ici prétend ne pas avoir de point de vue et que tout est dit dans la description des faits. Mais on le sait bien notre regard sur le réel est toujours biaisé, Angot renvoie le lecteur à la pensée unique, celle de la morale bien pensante, celle de ces lectrices et ces lecteurs choqués par un texte que d’aucuns disent sidérant, c’est à dire inanalysable !
Comme si le réel existait, comme si des faits aussi chargés d’affect pouvaient être une simple chorégraphie – le mot est employé par Christine Angot, lorsqu’elle parle de son livre – et qu’il n’y avait qu’à regarder pour comprendre.
Il s’agirait d’un documentaire façon Shoah de Lanzmann où l’exposé des faits vaut lieu de procès. Pourtant l’auteure a pris un point de vue et c’est celui de la jeune fille, le seul que puisse avoir Christine Angot si elle veut rester dans sa prétendue objectivité. Certains diraient le seul qui compte ! Mais outre que le point de vue du père ne serait pas inintéressant, les faits étant exposés au public-lecteur c’est - encore plus que celui d’Angot – celui de ce dernier qui nous est renvoyé, le point de vue auquel on ne peut échapper, auquel une bonne partie de la critique a succombé, ce livre est sidérant, il met le lecteur dans la peau de la victime, il trouve cela insoutenable !
La conclusion est d’ailleurs là pour le rappeler, la jeune fille ne supporte pas, ou ne supporte plus ce qu’on lui fait subir. Christine Angot souligne qu’il s’agit d’un rapport de domination et que cette domination est totale, pas seulement sexuelle, elle en fait un symbole de la domination masculine ! La fausse piste du couple ordinaire dont le lecteur est censé lire l’histoire dans les premières pages du livre – je n’y ai pas cru une seconde, on n’aborde pas un livre d’Angot sans connaître un peu son histoire et l’on sait bien à quoi s’attendre dès l’incipit, il ne s’agit pas d’un premier roman, qu’elle le veuille ou non Christine Angot ne peut faire comme si on ne la connaissait pas – cette fausse piste est non seulement une façon de faire croire au lecteur qu’il entre dans un banal roman porno, c’est aussi une manière artificielle de faire de cette histoire un paradigme de la domination masculine. Désolé, je ne marche pas. Cette domination-là est d’une toute autre nature, il s’agit de domination parentale, paternelle pour être précis, c’est explicite et c’est peut-être ce que l’auteur ne veut pas voir. L’auteur qui répète à qui ne l’aurait pas entendu que dans cette histoire elle – pardon, l’héroïne – n’a qu’une seule demande, celle d’être reconnue par son père, autrement que comme un objet sexuel.

Au risque de choquer les âmes bien pensantes, je dirais que le père, qui bien sûr mesure sa transgression, et qui ne peut faire autrement que de tenter de se justifier, face à une fille qui lui renvoie, par ses réticences, le poids du tabou de l’inceste, ne s’en sort qu’en prétendant assumer son rôle de père. Ce que l’enfant refuse d’entendre. Qu’il soit incapable de se maîtriser, qu’il ne tienne aucun compte des demandes répétées de sa fille implorant des jours sans attouchements, c’est ce qui en fait aux yeux de la société un monstre, le monstre que Christine Angot exhibe depuis L’inceste et lui-même a très certainement conscience d’être ce monstre, même s’il s’en défend. Pourtant la seule façon qu’il a choisi pour calmer sa culpabilité c’est de se dire l’éducateur de sa fille. Ce qu’il est. Un bien mauvais éducateur qui apprend à revenir vers l’origine et Christine Angot ne cessera d’y revenir et non, comme il le devrait, à rompre les liens et à partir à l’aventure. Pourtant, tant d’années après, s’il ne s’agissait pas de faire fructifier son fond de commerce, comment l’adolescente devenue femme peut-elle encore prétendre nous entraîner dans cette entreprise de culpabilisation absolument stérile ? On se croirait dans une Bibliothèque rose… pour adultes ! Ce qu’il a fait là ce n’est pas bien, répétez-le après moi, dîtes que je suis un génie de le dire avec si peu de moyens et si vous êtes de simples lecteurs montrez vous choqués par ce que je montre de ce que j’ai subi. Et puis si cela ne suffit pas pour que vous soyez de mon avis, écoutez ce que dit mon père, je mouille bien sûr, mais vous,vous bandez bandes de salauds à la lecture de ce roman porno que je vous ai concocté. Parce que ce qui est vraiment insupportable quand on subit une agression et l’agression littéraire n’y échappe pas, c’est que malgré soi on ne peut s’empêcher de se souvenir que l’on y a pris plaisir.
Ce roman est effectivement dégueulasse, pas parce que c’est un roman porno, mais parce que c’est un roman hypocrite, qui cherche à séduire par les moyens les plus médiocres qui soient, moyens qui n’ont rien de littéraires malgré les prétentions de l’auteur, en ramenant le lecteur à la morale la plus primaire, celle qui ne se pose pas de questions et qui déculpabilise en accablant le criminel.

Voilà, pour ce qui est de la littérature, pourquoi je n’avais jusqu’ici rien dit des romans de Angot et, sauf surprise, n’en dirai plus rien.



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