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Mourir d’aller & Tunis, Tunis - Michel Dunand
mardi 4 septembre 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

MICHEL DUNAND : CHANT DE VIE

Michel Dunand, « Mourir d’aller », coll. Poésie XXI, Jacques André Editeur, Lyon, non paginé, 12 Euros.
« Tunis, Tunis », français et arabe (traduction de Azouz Jemli), Editions Berg, Tunis, non paginé.

Michel Dunand sait que la sensualité peut provenir d’un simple abandon au parfum du jasmin. Un parfum qui se «  voit  ». Blanc en dominante donc mais le bleu aussi
«  La couleur de l’innocence et de la joie  ».
L’économie de mots enveloppe un monde nimbé dans la douceur originelle des matins de lumière. L’état de vue chez l’auteur reste un état de vision. Il témoigne non d’une vie spéculaire et fantomatique mais d’une vie aussi «  ordinaire  » que dépouillée car au fil du temps le poète a appris l’essentiel.

De ses deux livres émane l’impression que le temps se défait. Exister revient à errer au fond d’un instant sans bornes offert par «  les objets qui nous entourent  » comme ceux qui sont peints par Morandi. «  Ils nous protègent : Ils ne sont pas familiers pour rien  » écrit à leur sujet Dunand. Leur beauté réside dans le regard qu’on apprend à poser sur eux. D’où le recours à leur thérapie : Les tableaux de Morandi tout comme Tunis en révolte empêchent l’homme, le mâle, ce bois flotté de basculer dans les goudrons visqueux de la mélancolie.

L’auteur conduit lentement au lieu d’un mourir particulier :
«  Ne pas s’encombrer
S’alléger
 »
Aller donc à l’essentiel Et soudain d’un visage féminin surgit l’inattendu d’une présence aussi claire que confuse. Chaque bouture de mots permet de recevoir son émotion, sa clarté. Sa lumière est plus qu’un vocable. La vérité tient dans le souffle qu’elle ouvre. Dunand n’a plus besoin de chérir Venise. Nul besoin de gondoles pour glaner des mirages dans des eaux amniotiques. La nostalgie du poète est très particulière : elle ne guigne pas vers le passé mais vers le futur. Dès lors l’écriture pose question de la séduction face au temps.

Dans la contrainte de la brièveté le baiser au lépreux de chaque poème court infiniment plus vif que les plus troublantes embrassades des femmes qu’on a aimées. En chaque poème quelque chose avance, se précise de la manière la plus sobre possible. Scansions, attaques, refus d’excès verbaux tout est là. «  Mourir d’aller  » va vers une «  fin  » mais par sauts et gambades. Ils donnent au poète une silhouette qui rappelle celle de l’ «  autoportrait  » de Giacometti dans ses «  Carnets  » : «  j’ai toujours eu l’impression d’être un personnage vague, un peu flou, mal situé  ».

Et si en chaque poème surgit l’impression que le temps se défait, ne semble avoir plus de prise, tout semble pourtant résister. Pour preuve, lorsqu’il est fatigué le poète ne réclame pas un siège mais «  trois bons clous  » pour le fabriquer. Rien de tel afin de «  Garder/ sa fraîcheur./ Malgré/ l’automne  ». Car l’automne est là. Mais il donne sa valeur à l’existence, à ce roman qu’on consent enfin à lire. Avant, on s’est contenté trop souvent de le survoler. C’est d’ailleurs pourquoi Dunand écrit en vers contre la prose. Seule la poésie est crible. Elle retient la quintessence qu’on voudrait statique mais qui ne finit jamais de fuir – ou plutôt qui vient saisir au moment redouté.

Car s’il s’agit de «  mourir de tout  », cela doit se faire «  en reculant  ». Se mouvoir c’est aller, aller à en mourir afin que la vie demeure - si possible - une présence légère. Reste cette boue ou cette poussière où l’Imaginaire met en forme le monde, met en ordre un chaos. Contre la perte demeurent le déferlement des émotions, les odeurs de jasmin de Tunis, l’évanescence des objets peints par Morandi. Surgit une densité vibratoire pathétique mais sans le moindre pathos. «  Je suis ceci. / Je suis cela. / Je suis tout ce qui vibre et bouge. On ne se tromperait guère en ne m’appelant pas par mon nom  ». D’où l’ouverture implicite vers une cosmogonie qui avance masquée.



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