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Hopper, New_York et la Femme
mardi 28 août 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

Avis Berman, « Edward Hopper à NewYork », Editions Soline, Courbevoie, 2012.
« Rétrospective Edward Hopper », Grand Palais, Paris, du 8 octobre 2012 au 20 janvier 1913.

La peinture d’Edward Hopper a valeur de message intrinsèque plus en raison de sa charge symbolique que par son poids référentiel. La singularité existentielle reste première par les valeurs de composition ou de texture de son œuvre plus que par la ville décor. Se mettant devant ses modèles en situation d’observation Hopper n’a pas réduit sa peinture à un document « ethnographique » sur la condition de la femme dans le New-York du milieu du XXème siècle.

Ses femmes constituent la matière mentale la plus plastique. Leur soumission au poids de leur existence est tellement forte que paradoxalement elles sortent du réel. Elles deviennent des sujets de rêverie ou de cauchemar sous l’effet de la chape de plomb qui pèse sur elles. Elles ressemblent à des condamnées enfermées dans leur solitude. La peinture devient ce rapport à l’isolement. Lui-même, par son joug, donne à la femme un statut « unidimensionnel ».

Néanmoins, une telle vision – et c’est ce qui en fait la force – n’est pas surdéterminée par une visée « pédagogique » ou morale. La réflexion du spectateur passe par l’articulation du langage pictural lui-même. Tout provient d’une charge, d’une plongée éloignées de ce qui était fixée par la tradition de la peinture américaine : jusque là elle privilégiait les héros et ignoraient les victimes du quotidien.

Hopper a créé, en retour, un espace d’interrogation qui sollicite autrement la rencontre avec les fantômes des civilisations. Sa peinture exhale des variances et des invariances, des survivances, des hantises. Elle fut à l’époque et reste ( en dépit – ou grâce – à son parti pris réaliste) d’ un genre inédit à l’inquiétante étrangeté. L’œuvre permit et permet encore de découvrir et de comprendre un sentiment d’absurdité existentielle en donnant chair à des lieux presque improbables et pourtant immédiatement repérables.

New York perd en charme et délire mais gagne en déréliction. La ville est théâtralisé par une misère « ornementale » en contrepoint aux buildings, là où selon un autre new-yorkais (Jim Jarmusch) « l’architecture se fait pute » . Le refoulé est exhaussé par des lieux d’une troublante hantise et d’une paradoxale beauté. Du surgissement discret mais volcanique émane l’intimité ouverte. La chaleur suffocante des étés semble émaner de la vase de la cité et soudain la peinture de Hopper renvoie à deux chaos. Celui des marais de l’être, celui des étendues continentales de la ville.

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