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De l’Obscur à l’Aurore - Dominique Daguet
mercredi 25 juillet 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

DOMINIQUE DAGUET
ENTRE SAINT JEAN DE LA CROIX ET CHARLES BAUDELAIRE

Dominique Daguet, « De l’Obscur à l’Aurore », Editions Zurfluh (13, Rue du Lycée Lakanal à Bourg-la-Reine, 92340)

Avec « De l’Obscure à l’Aurore » toute l’œuvre poétique (volée au temps) de Dominique Daguet nous est donnée à lire ou à relire. Poète habité il n’ignore rien de l’ombre et de la lumière. Il propose ici un voyage à rebours dans son univers d’extrême clarté. Celui qui s’est toujours battu en éditeur courageux et à travers ses « Cahiers Bleus » pour faire connaître diverses voix reste lui-même un poète majeur. Il fut reconnu dès 1961 par la publication du superbe « Atteintes attendues ». Dès ses premiers textes le poète était propre à saisir son chant intérieur. Celui-ci reste toujours proche d’un mystère divin et dépasse toute volonté didactique ou prosélyte de la part de l’auteur.

Pour Daguet la valeur cardinale reste l’Amour. Il est consubstantiel à Dieu mais se traduit « dans les faits ». Le poète de Troyes possède dans son écriture une force pathétique mais loin du pathos et une force de vie liée au sentiment de la mort. Sa poétique tord le cou à tout effet rhétorique et reste à la recherche d’une sorte de prosaïsme. « Atteintes attendues » le prouve comme l’illustrent plus tard des titres majeurs. Par eux-mêmes ils traduisent le combat de Daguet entre la clarté et l’ombre, la mort et la vie : « Paroles entre la nuit et le jour », « Étoiles d’ombre », « Croix de l’Espace » sont autant de moments d’une entreprise de recouvrement qui prend tout son sens dans ce haut volume de tous les aveux.

Dans chaque texte résonne une voix qui dit son incrustation dans les contingences du quotidien. Daguet s’y sent seul même si sa foi en Dieu se métamorphose en celle d’Autrui. Mais cette solitude hantée de miroirs fait sourdre son impalpable qui tait son vrai nom. « Nous restons seuls, malgré l’effort » écrit simplement celui qui garde pourtant chevillé en lui l’espoir de la rencontre. Se retrouve ici la même puissance que chez un autre poète trop méconnu : Jean Mambrino. Comme ce dernier Daguet est toujours guidé par l’éveil jusque dans le grandiose dénuement de sa solitude. Mais son âme est assez grande pour embrasser l’absence. Et si chez l’un comme chez l’autre et à chaque instant la poésie n’ignore pas l’aura sacrée, elle fait de ces poètes des pèlerins de L’amour Fou ». Est-il besoin de souligner que ce dernier dépasse ici et de loin ce que Breton entendait pauvrement par ces deux mots ? Chez Daguet l’amour se refait toujours (presque) silencieusement dans l’été en attendant que les dernières illusions tombent en flocons telle une neige qui rôde autour de la mort obscure.

Car la croyance en Dieu ne cautérise pas tout. Tocsin dans leur ventre, les livres du poète exultent et souffrent, ils dégringolent vers la mer, enfantent des phalènes dans la coulée des hauts fourneaux. Et lorsque les jours s’éloignent de plus en plus il reste dans les derniers textes une nuit blanche de misère mais aussi la grandeur faite de fièvre. C’est pourquoi même lorsque la dernière porte se rapproche rayonne une espérance. Non seulement dans l’au-delà mais ici même, ici-bas. C’est bien là toutes la force de ses « Fièvres » sous-titrées « non-poèmes » comme si Daguet se méfiait d’une conception romantique à laquelle le concept de poème se réduit si souvent.

Soucieux des autres - qu’ils appartiennent au cercle familial ou à celui plus large des « passants » et « passantes » le poète reste lucide sur toute vie. Elle est selon un de ses titres une « anthologie de morts successives », des morts qui seraient – dixit encore le poète - les seules « amies de raison ». Toutefois il ne cesse de croire à l’amour du vivant sous toutes ses formes. Il fait de ses “Paroles entre la Nuit et le Jour” la folie du sage. A savoir celui qui lutte contre les deuils au nom d’une foi et qui sous sa lumière ne cesse de recoudre ses ailes lorsqu’il risque - en albatros baudelairien - de s’écraser.

Ayant la poésie dans le sang, Daguet y trouve le moyen de découvrir de l’aube au crépuscule et, à ce point précis, une sorte de silence intérieur. Certes ce silence reste toujours provisoire. C’est pourquoi le poète reprend voix afin de lutter contre l’extase du vide qui ne pourra jamais le guérir de la maladie du temps. Bref il poursuit sa quête.

Proche du Rouault de la série « Miserere », il garde en lui le feu secret d’un mysticisme particulier car profondément terrestre. Son écriture prend une valeur de Rédemption et d’Ascension face à la fragilité de l’homme et de ce qui le rattache à la vie. D’où cette œuvre des profondeurs de l’âme humaine. Elle caresse une mélancolie inhérente au temps qui passe tout en s’arrimant à l’espérance.

« À l’Épreuve des Mots » (pour utiliser un de ses titres) la poésie devient une méditation intimiste mais en rien narcissique. Daguet parle non de lui mais de ses semblables et des épreuves que le quotidien leur fait traverser. La poésie demeure donc une façon d’assumer la vie, d’oser le " métier de vivre " (Pavese) et d’affronter le mystère entier qu’elle impose. Elle ne cherche pas à " vendre " du divin mais à faire que ce divin soit portable dans l’homme à travers un lyrisme qui tord le cou à la grandiloquence.

Le titre d’un autre des livres de Daguet « De cendre et de braise » est d’ailleurs symptomatique à la fois de son esthétique et de sa problématique. Dans ce corpus il termine en criant sa foi de manière paradoxale. Il y agit en témoignage à l’enfant qu’il fut, fier d’ « être arraché, enfin, à la nuit du soleil mort ». Les mots sont magnifiques et révèlent un « théologien » ou un mystique très particulier.

Mais celui qui exprime dans le « Désir du seul » tout un pan du désir humain et la volonté de lutter contre l’envahissement reste encore et toujours l’homme divisé et habité. Il garde en lui bien des accents jansénistes. Il fait autant la jonction entre un Saint Jean de la Croix et un Baudelaire. Comme eux il ne peut parler de misère sans joindre la miséricorde. C’est ce qui fait la profonde humanité de son approche. L’homme reste donc l’exilé mais il sauve les autres et ne peut être sauvé que par eux. Afin d’y parvenir la poésie doit cependant devenir une forme de cosmologie particulière. Si bien qu’en fait le « Le désir du Seul » peut être entendu comme le désir de l’infini réalisé sous une modalité temporelle parfois sous l’« abîme de nuit tendu de pourpre » et parfois dans l’ « océan d’astres et de poussières, voile d’or jeté par-dessus la fosse du néant »

La poésie de Daguet manifeste un état de sur-vivance (et non de survivance) particulier. Il appartient ni tout à fait à la vie, ni tout à fait à la mort mais se rapproche de la première. L’être ne s’y limite pas à un état de spectre. Rais de couleurs, taches écarlates sont autant de pains de lumière. Le feu des mots en rapporte encore la brûlure dorée. Certes dans le four de la vie l’incendie se voudrait maîtrisé, mais il y a de la cendre comme de la germination positive. Si bien que le seul espoir réside dans le fait que la noirceur d’après fournée se transforme à la bonne suie de Mary Poppins. Elle fait trace, se recompose par l’empreinte de poussière. Chez Daguet de celle-ci s’éprouve une hantise vitale d’air. S’y mêlent les haleines des vivants et des morts. Alors, au moment où la vision poétique n’est plus possibilité de voir, mais impossibilité de ne pas voir, n’est-ce pas là la manière d’accepter le défi que toute existence porte en elle ?

J-Paul Gavard-Perret



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