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Un renard à mains nues - Emmanuelle Pagano
lundi 18 juin 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

LA VIE A L’ENVERS

Emmanuelle Pagano, « Un renard à mains nues », Nouvelles, P.O.L., Paris

Les visions d’Emmanuelle Pagano jouent toujours sur l’ambiguïté. Elle se montre sous le sceau des figures isolées. Ses portraits sont à voir comme autant de fantômes ou de spectres venus hanter le monde des vivants. Mais il y a bien davantage la réalité de l’incontournable naissance d’une femme au sein d’une société qui condamne à jouir de la vie comme à en souffrir, pour y rencontrer sans cesse l’ombre portée de ce qui n’est plus sur ce qui n’est pas encore. L’espace littéraire devient une sorte de « borderland » qui donne une espèce d’éternité à des moments éphémères soudain figés. Il devient ainsi un appel à l’imaginaire par cette scénographique essentielle. Ce sont donc des limites, frontières, indices interstitiels ou encore des « frustrations » qu’Emmanuelle Pagano explore.

Les personnages de ses nouvelles sont autant des portraits anonymes que des autoportraits implicites. Ils sont, encore, autant de fantômes qui reviennent au bord d’un lac ou d’une corniche. Mais des fantômes denses propres à reconstruire des modes. Chacun est un morceau du livre, une barque en dérive plus ou moins étranger au monde. Ils cherchent leur soleil en retrait de l’existence et des jeux sociaux. D’une certaine manière ils en sont les exclus. Sauf certains soirs où le réel pour un temps les saisit par surprise. On peut les prendre pour taciturnes et froids, ils sont plutôt des spectateurs errants de ce qui se passe autour de la maison de leur être, cette niche étroite qui semble isolée du reste du monde. Parfois sa porte coulisse. Parfois. Pas souvent.

Restent les devoirs et les jeux qu’impose le monde. Les protagonistes s’y résignent. Parfois même y vont de bon cœur dans une attention rare à l’autre et qui prouve qu’un tel livre ne pouvait être écrit que par une femme. Pour autant tous ces personnages chérissent une certaine solitude qui n’a rien de mièvre et de romantique. Le plus simple devient une aventure dont Emmanuelle Pagano sait analyser le prix. Les autres, un de ses personnages les regarde "éclabousser de vase leurs bronzages adolescents, ils faisaient des trouvailles dans la roselière bruyante d’insectes et sans cesse secouée par les rats d’eau". Mais ce personnage en dépit de leurs appels reste à l’écart, dans une vie à l’envers qu’ils ne comprennent pas. Qu’importe s’ils la jugent immodeste (ce qui est faux) : elle vit sur sa petite planète. Elle est ce qu’ils ne sont pas. Mais n’en tire pas la moindre gloire.

Restant toujours "dans les parages (…) près des clapotis de l’eau contrariée" la vie va. Que bien, que mal. Avec tout ce dont qu’on pense sans oser le dire. A travers ses personnages Emmanuelle Pagano l’exprime. Légère et grave. Prenante incontestablement. Par sa prose méticuleuse et légère. C’est un ravissement. Et pour certains peut-être une consolation. Ils retrouveront dans l’auteur une noire sœur, une semblable en se laissant aller aux fils soyeux des lignes d’un livre rare et précieux. Il va discrètement et se perd en dérivant sans cesse au milieu de sensations délicates. L’auteur en saisit la moindre intrusion, la prélève sur des pages qui sont autant de feuilles où les ombres jouent avec la lumière. La créatrice perçoit des relents d’asphyxie là où pourtant tout brille. C’est à ce titre que la littérature garde ici une vocation fabuleuse : celle de faire reculer le chant des certitudes, de mettre une grâce dans les pesanteurs et une pesanteur dans la grâce ou ce qui est donné pour tel.



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