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Le texte ; les choses.
mercredi 16 mai 2012 par Jean-Paul Vialard

A propos des "petites féeries du quotidien"

Le texte ; les choses.



Le surgissement de l'infime et de l'inaperçu est une des marques de la culture actuelle que l'on pourrait qualifier de "métamoderne", tant cette dimension sort radicalement des sentiers habituels de la création. Quelques références poseront le cadre nécessaire à leur juste perception. Si, dans la littérature dite classique, les choses ne jouaient guère qu'un rôle de décor "de surcroît" permettant de poser le contexte dans lequel se développait une narration, il en va bien autrement dans une perspective contemporaine.

Dans le domaine des arts plastiques, Arman, grâce à ses "Accumulations", mettait l'objet en situation afin de le désigner comme extension, prolongement de l'humain. Tàpies, quant à lui, en faisait l'inscription du temps à même la matière.

Dans "Le parti pris des choses", Francis Ponge, souhaitant "fonder (le mot) en réalité", ne cherchait qu'à révéler la puissance du langage dans ses rapports avec le monde concret. Philippe Jaccottet faisait un travail sur l'exactitude de la parole qui devait mettre en valeur perçu et ressenti face aux choses vues, tout en préservant l'émotion dont elles étaient investies. Le Nouveau Roman, grâce à de méticuleuses descriptions, détachait les objets de leur usage et en faisait la préoccupation même de l'écriture. Alain Robbe-Grillet souhaitait appréhender les choses "comme elles sont". L'objet reprenait tout son pouvoir, simplement "celui d'être là" selon les termes de Roland Barthes.

Mais c'est sans doute dans l'œuvre de JMG Le Clézio que le statut de l'objet prend une dimension non seulement originale, mais aussi une profondeur singulière. Car Le Clézio (et ses personnages) observent le monde d'un regard de myope, au travers duquel tout devient démesuré, où les sensations sont démultipliées par une propension naturelle à l'hyperesthésie, à une extraordinaire déflagration de la conscience. Dès lors la page blanche apparaît comme la métaphore du vide qu'il convient de combler. Car il y a urgence à créer du langage, à saturer de mots un univers qui, autrement, deviendrait "concentrationnaire". Décrire avec fièvre le tout du monde, aussi bien les publicités de vieux journaux, que des noms inconnus, le contour d'une pièce, la spirale d'une peau d'orange. Car tout peut être convoqué pour élever des digues contre l'absurde, aussi bien "l'extase matérielle" qui, souvent, débouche sur une manière d'émerveillement, de vision du monde primitive, à la manière du sauvage ou bien d'une naïveté tout enfantine. Parvenir à une transcendance matérielle dont les racines puisent au profond de l'expérience sensible.


"Le doux paysage serein, propre et lumineux qui doit exister derrière les choses."

("L'extase matérielle").


Car le sens est à trouver partout, indéfiniment, les choses disposant tout contre nous leur langage secret. Celui, par exemple que Paoli, dans "La fièvre", fait tenir à un objet du quotidien, l'explorant sous toutes ses coutures :


"...il fallait se retirer dans une pièce pleine d'une pénombre sacrée, s'allonger sur un lit, et là, jouer, jouer à tout prix au jeu de l'être : avec une boîte d'allumettes, par exemple...".


Surgissement, à partir du simple, du menu, de l'insignifiant, d'une perspective ontologique dont l'homme ne saurait faire l'économie qu'en acceptant de vivre sur le mode du "on", de l'inauthentique.


NOTE : Le texte qui suit voudrait s'inscrire dans cette perspective d'une émergence du sens à partir d'un objet du quotidien (LE RASOIR ), inapparent à force d'usages distraits aussi bien que répétés. (Une volontaire digression posera quelques questions sur la finalité de l'acte : LE RASAGE et ses implications culturelles au regard de la pilosité naturelle, ainsi que la participation symbolique de l'objet à l'édification de la réalité humaine ).On notera que sous le vocable de "chose", il faut aussi bien entendre le sourire furtif croisé au hasard des rues, que la lame du rasoir ou la goutte de pluie.


LE RASOIR.


Tous les jours, aux moments les plus divers, nous sommes traversés de menus événements dont nous ne prenons même pas la mesure. Ainsi la coupure de journal retrouvée à l'occasion d'un tri parmi de vieux papiers; ainsi la mésange charbonnière qui nous croise dans un léger bruissement d'aile; ainsi cette clôture rouillée tellement fondue dans notre environnement quotidien qu'elle en était, en quelque sorte, sortie. Tout dans l'imperceptible, le frôlement, l'incertitude. Cependant est-il bien utile de s'en alerter ? N'est-il pas préférable de laisser les choses vivre leur vie autonome et poursuivre notre route comme le ferait un chemineau après qu'il a abandonné son abri de fortune ? Et ces petits accidents de la vie quotidienne méritent-ils d'ailleurs qu'on s'y attarde, qu'on consente à perdre à leur contact un peu de notre temps précieux, de notre inavouable et parfois coupable liberté ? Qui donc distrairait son occupation habituelle; qui donc écarterait les mailles serrées des minutes afin d'y loger ce qui, de soi, semble promis à une proche disparition ? Y aurait-il seulement un homme sur terre acceptant de dévier la trajectoire de son destin pour y inscrire la marche sautillante de la fourmi; l'hélice de l'air à l'approche de la rivière; le sourire du quidam si peu perceptible dans les agitations de la multitude ? Et, du reste, pourquoi donc poser de telles questions qui, d'elles mêmes, appellent la seule réponse qui convienne : que l'on assigne sa vue à l'essentiel, le reste n'étant qu'aimable divagation.

L'attrait pour le vol d'une mouche, outre qu'il ne peut guère convenir qu'aux rêveurs de vie, ne saurait transformer cette dernière en existence. Dans notre monde commis aux urgences de tous ordres; soumis à l'impérium de la rentabilité; disposé aux affairements drus, il ne saurait y avoir de lieu où puisse se réfugier, même dans la forme la plus élémentaire, cette manière d'utopie, ce refuge pour romantiques désuets.

Mais toute question ne mérite d'être posée qu'à en multiplier les esquisses signifiantes. Les choses de l'ordre de la translation de l'air, du mouvement disparu à peine ébauché; les objets devenus transparents faute de regard qui s'y rapporte; les rencontres fortuites dans l'autobus, la rue, le magasin, tout ceci ne témoigne-il de l'existence que d'une manière apophatique, c'est à dire en raison de leur manque-à-être, de leur probable dissolution dans les arcanes de la mémoire, de leur incurie à s'imprimer dans la matière de nos sensations, de leur inaptitude à soulever un peu de volupté grâce à laquelle nous dévoilerions une nervure supplémentaire du réel; nous connaîtrions une nouvelle approche des choses ? Notre marche sur le chemin de l'aventure humaine ne se satisfait-elle pas trop commodément d'une progression pareille à la cécité, les mains tendues vers l'avant, ne percevant que les obstacles majeurs, compacts, ne parvenant jamais à décrypter le vol hypothétique de la chauve-souris; le battement léger de l'aile du papillon, le tressaillement d'une paupière inconnue, qui aurait pu être amie à l'aune d'une attention plus soutenue ?

Si, de l'existence, nous ne retenons que les lignes de force, les aimantations, les courants où se coule la grande cohue, alors nous ne parviendrons qu'à un genre d'indistinction confuse, inclinant à la globalité du jugement, aux approximations qui ne sont jamais que le mode de locomotion des foules dicté par des envols élémentaires tellement semblables aux figures mouvantes, diaprées et follement instinctives des étourneaux : un indiscernable; une précipitation dans le ciel cendré où tout est confusion, où jamais ne se détache de forme signifiante. Une pure contingence.

C'est bien du contraire dont il s'agit. C'est bien dans une progression diamétralement opposée que nos pas ont à s'inscrire à la façon de la longue marche du nomade aux confins du désert, homme guidé par les étoiles, la densité de la nuit, le crépitement du sable sur l'arrondi des dunes, le balancement immémorial du dromadaire, le murmure du silence, la reptation du serpent, le glissement du lézard, la volonté du bousier à pousser devant lui la boule obscure de son destin. Tels les habitants des vastes étendues où se confondent en un même sentiment ciel et terre, il nous faut éprouver les souples oscillations des oyats, nous inscrire dans les lignes sinueuses des ergs, les griffes acérées des acacias; il faut faire corps, se fondre dans la plus minuscule des failles entaillant le sol de silice, il faut sentir le vent de la nuit, la pâleur de l'aube dans l'air violet; il faut coller sa peau à la levée du jour, mêler ses doigts aux crins poisseux des animaux, percevoir et faire entrer en soi la couleur à peine venue du matin, le glissement boueux de l'eau dans l'acequia, l'agitation cadencée des palmes au-dessus de l'oasis. C'est à une ouverture des pores de notre territoire existentiel qu'il faut nous disposer, c'est à un déploiement de tous nos sens, à leur tension que nous devons concourir afin que l'inaperçu, devenu enfin perceptible, puisse nous parler depuis le lieu de son habitat qui, bien sûr, n'est jamais que le nôtre. C'est à la mesure de cette hyperesthésie que les choses se révèlent, déplient leurs corolles; disséminent leurs graines. Cela bien des hommes le savent qui préfèrent la fuite éternelle dans l'immédiat, le directement consommable, l'à-portée-de-la-main, de la bouche, du sexe. Une urgence à posséder, à satisfaire les besoins primaires, à considérer les phénomènes selon leurs lignes les plus probables, leur miroir observable ne renvoyant à celui qui s'y reflète qu'une pensée fardée, apprêtée, cachant ses myriades de facettes sous une commode apparence. Beaucoup s'en contentent faute de vouloir soulever le voile, lequel n'est jamais de l'ordre de l'évidence, de la vision claire, de la révélation spontanée. Il y faut de l'effort, de la persévérance, seules conditions pour qu'apparaissent quelques unes des faces d'une des multiples vérités se dissimulant sous le masque du réel. La grenade ne délivre ses pépins qu'au voyageur qui les cherche. Beaucoup passent tout près, ne voyant même pas l'arbre qui porte les fruits.

Cependant que l'on n'aille pas imaginer que cette dimension extatique du monde ne livre sa pulpe, n'ouvre sa chair qu'à l'aune d'une recherche ésotérique ou résulte du maniement d'une subtile et inatteignable alchimie. Toute chose disposée devant nous est une réserve du multiple, du foisonnement, de l'infini du sens. Ainsi en est-il du corps du danseur qui, dans sa simplicité, sa souplesse de liane contient toutes les chorégraphies possibles. Ainsi en est-il de la main, des doigts dont la quintuple forme peut s'adonner à la caresse, à la confection des mets, à l'artisanat, à la maîtrise des instruments, à la désignation, au geste de la foi, à l'imploration, au langage pluriel des signes.

Le quotidien, loin de nous assigner à la poursuite d'une voie étroite, est le lieu où peuvent s'actualiser quantité de perspectives signifiantes. Réelles, symboliques, imaginaires, existentielles, métaphysiques, ontologiques. Aucune taxonomie n'en viendrait à bout. D'une part parce que le réel n'épuise jamais ses luxuriantes facettes; d'autre part en raison de la connaissance infinie que nous pouvons en avoir, laquelle se renouvelle continûment selon la qualité et l'angle de vue dont nous gratifions ces multiples perspectives.

Imaginons seulement et laissons nous porter par le rythme des choses. Imaginons seulement.

Le jour est encore dans une forme de balbutiement si peu perceptible qu'il est intimement mêlé de nuit. Rien n'est visible et pourtant, depuis votre couche, dont votre corps en chien de fusil est la forme la plus vraisemblable, vous le sentez ce mouvement à peine esquissé qui, bientôt, tirera les hommes de leur sommeil, les livrera au seuil d'une existence nouvelle. A leur insu, du fond de quelque obscurité, juste issu des complications ombreuses des ramures, s'élevant de l'humus à la façon d'un fin brouillard, il y aura une manière de long poème qui dira à chaque homme son destin, ses lignes racinaires, ses circonvolutions, ses voltes, ses feux, ses renoncements, ses chutes d'ombre. Un langage si mince, si inapparent qu'il pourrait bien disparaître dans les convulsions du temps à venir. Un langage qu'il faut écouter dans quelque pli du corps, faisant sa musique de sang et de lymphe, sa mélodie d'existence. Une mélopée pareille à celle des peuples à la peau couleur de nuit dans quelque cale en partance pour le Nouveau Monde. Car tout langage est esclave tant qu'il n'a pas trouvé d'issue à partir de laquelle faire sa tresse dans l'air, pousser ses vrilles, lancer ses feuilles lancéolées en direction de la canopée humaine. Il y a une souffrance du langage à n'être que silence, à s'abîmer dans les abysses du non-dit, à enrouler ses mots dans l'espace clos des palais aux langues soudées. Perle au fond du calcaire blanc, sourd, compact, perle si peu visible dans un recoin de l'huître ourlée de mystère. La bille de nacre parfaite ne révèle son éclat qu'au plein du jour, sous l'incision du regard. Regarder les choses en leur intime, c'est percer l'opercule, c'est libérer ce qui, depuis l'origine, essaie de se dire, sans toujours pouvoir y parvenir. Que serait l'homme dépourvu des choses qui sont le vocabulaire du monde, qui sont les instruments pour agir sur le réel, le transformer, le couler à l'exacte dimension de la matière anthropologique ? Que serait l'homme sans cette poésie du simple qui l'entoure et dont, le plus souvent, il ne voit plus que quelques lignes en voie de dissolution ? Est-on assez présents à toutes les petites féeries du quotidien qui, depuis leur modestie, nous invitent à la connaissance que nous pouvons en avoir à condition que nous nous y employions ? Connaissance d'elles d'abord, ces menues féeries, de nous aussi, du monde et de sa vaste mélodie parmi tous les déplacements, les parcours, les bruits de fond.

Et l'objet, le simple objet, tel le couteau, le peigne, le marteau, l'ampoule, ont-ils encore quelque chose à nous communiquer ou bien pensons-nous tout savoir d'eux, de leur nature, de leur histoire, de leur fonctionnement ? Ou bien, plus simplement de ce qu'ils peuvent nous dire dont nous pourrions tirer un apprentissage, bâtir quelque hypothèse, inventer un projet.

Imaginons seulement. Imaginons. Maintenant le jour décolore à peine vos persiennes et vous devez vous lever pour faire vos pas dans le monde, y imprimer la trace de vos trajets laborieux. Vos chaussons, vos pieds les ont trouvés par une sorte d'habitude inconsciente, manière de réflexe pavlovien associé à la sonnerie de votre réveil. Mais ces modestes logis où résident vos pieds ont-ils si peu d'importance que vous pourriez les oublier et en faire votre deuil ? Votre progression au travers de votre logis aurait-elle été aussi assurée en leur absence ? Et votre destin n'aurait-il pas été affecté d'une glissade sur le ciment dont vos compagnons matinaux vous font faire l'économie ? Votre sort lié à la double constance de refuges de mules en velours ! Et pourtant, n'y aurait-il qu'une certaine forme de dérision que nous commettrions à leur encontre dans les conversations de salon ? Qui donc se soucierait de ses pantoufles, qui donc se souviendrait de sa première chemise ? Et n'y aurait-il pas une sorte d'inconséquence, de frivolité, d'indécence à parler de ces choses insignifiantes au regard des problèmes du monde ? Certes, à première vue, il y aurait même incongruité. Mais vos mules préférées, à la semelle usée, que ne les jetez-vous donc ? Et si vous en faites vos alliées commises à guider vos premiers pas, chaque matin qui passe, c'est bien fondé en raison, ce n'est pas simplement par négligence, par facilité ou par un coupable laisser-aller. Vos chaussons tiennent en vous un langage intime, si peu apparent, c'est comme les filets d'eau disparaissant dans quelque lézarde de la terre : ni la terre ni l'eau ne s'en aperçoivent vraiment. Cependant l'un ne serait pas sans l'autre. Et décideriez-vous de vous priver de vos chaussons, vous vous sentiriez aussitôt orphelin. Un sentiment d'abandonnisme vous guetterait dont vous auriez de la peine à vous extraire. C'est ainsi, certains objets acquièrent, au fil des jours, des statuts particuliers : icones du réel sinon idoles de tissu et de fils, de bois et de pierre. L'objet fait partie de nous comme nous faisons partie de lui. L'objet comme prolongement de notre main, comme main secondaire. Le premier outil de l'homme préhistorique, avant qu'il devienne Homo faber : sa main. De la main à l'objet, de l'objet à la main, comme une sorte de miroir, de réverbération. Et il en est de même des relations du chausson et du pied : une affinité en acte.

Imaginons seulement. Imaginons. Maintenant vous dirigez vos pas vers votre cabinet de toilette. Une rapide ablution ôte de votre visage les restes de nuit qui y étaient encore inscrits en creux. Puis vous vous étirez, bien entendu, et cette posture féline n'existe qu'à entériner le fait que vous êtes maintenant levé et que vos rêves nocturnes ne sont qu'une vague brume à l'horizon. Dans votre main en coupe vous versez un peu de mousse onctueuse dont vous enduisez votre visage, petits cercles révélant votre nouvelle épiphanie. Bien évidement vous ressemblez au Père Noël et, de ce simple fait, vous n'êtes pas loin de retomber en enfance. Sauf que l'activité vous attend et qu'il convient de vous y préparer. Sur la tablette de marbre à peine éclairée par l'opaline luit faiblement votre rasoir. Un vieux Gillette à lame unique dont le manche se dévisse, deux ailes se relevant pour permettre l'introduction de ladite lame. L'âge en est indéterminé. Peut-être a-t-il appartenu à votre Père ou bien à votre Grand-Père ? Mais peu importe il vous accompagne depuis tellement de temps qu'il est devenu, en quelque sorte, votre prolongement "naturel", manière de canif destiné à vous rendre présentable aux yeux des autres humains. Donc à assurer l'identité qu'ils attendent de vous. On ne prête jamais attention à la Lune que pour autant qu'elle nous dévoile la plénitude de sa face apparente, celle qui nous rassure par sa constance, sa fidélité à nous assurer de sa pâle lumière. Donc vous voilà prêt pour le rasage, première inscription dans l'ordre de la quotidienneté. Votre visage enduit de vagues onctueuses est éclairé latéralement par une imposte et, au-dessus du miroir, par un néon à la lueur blafarde qui donne à la scène une allure austère dont vous figurez la silhouette métaphysique, telle que l'on peut l'apercevoir dans le tableau "Mélancolie hermétique" de Giorgio De Chirico. Cependant que l'on ne s'y méprenne, cette vue de vous-même que vous offrez à la surface polie de la glace n'est qu'un reflet extérieur dû à la seule qualité de la lumière et non à un nauséeux état d'âme que vous entretiendriez dans l'unique but de faire phénomène avec l'abrupt de l'énigme. Rien de l'inquiétant Sphinx en cette heure au plein de laquelle vous vous apprêtez à un rite, à une initiation, à une cérémonie qui vous occupe entièrement de l'intérieur. Bien évidemment conscient que l'image que vous percevez de vous n'est qu'un reflet et non la pure réalité, ce dont vous pourriez éprouver le plus vif des ressentiments, vous êtes déplié, déroulé, incliné à tout ce qui pourrait survenir à la manière d'une révélation. Car êtes-vous bien assuré que vous êtes le même qu'hier alors que, confié aux bras lénifiants de Morphée, votre sort ne dépendait que de sa bonne disposition à votre égard. A l'issue de votre nuit, laquelle est l'équivalent de votre mort provisoire, vous auriez aussi bien pu renaître sous les espèces du fantasme, de la goule, d'une simple émanation bulbeuse, d'un rhizome, d'un tubercule. Jamais d'un dieu car le Messager qui a pour vocation de vous endormir ne saurait vous attribuer une apparence identique à celle du Maître dont il est seulement le serviteur. Mais nul ne saurait contester votre apparence originalement humaine. Et puisque cette allure de bipède descendant de l'Homo sapiens vous paraît si chère (et comment ne le serait-elle pas dès l'instant où on en a éprouvé l'ivresse ?), il ne vous est plus offert qu'une déambulation étroite, comme sur une ligne de crête, afin que puissent être saillants, sans l'ombre du moindre doute, les traits d'une humanité dont vous êtes porteur. Sans doute, jusqu'à présent, le Lecteur n'aura-t-il perçu de vous qu'une vague concrétion protéiforme semblant sur le point de basculer dans quelque cul-de-basse-fosse. Du tragique, donc ! Mais l'on ne déguste toujours le corail qu'après avoir débarrassé l'oursin de ses piquants, comme l'homme mal réveillé prend soin de se raser afin de laisser la place à une "lisséité", à une esthétique heureuse grâce à laquelle non seulement il deviendra une œuvre lisible, mais aussi une œuvre dont on recherchera la fréquentation.

Imaginons. Vous relevez doucement la tête, alors que votre nuque s'incline en forme de "S", cherchant à capter la clarté selon sa plus grande amplitude. Il y a comme un mouvement sur l'écume, sorte de flux et de reflux dont vous ressentez le doux battement : de pures eaux originelles baignent votre visage, alors que la blancheur dit la virginité, la neuve lumière déposée par l'aube dans son élan vers un éternel retour du même. Car, si l'acte est bien cerné de quotidienneté, il est toujours une forme inaugurale, un tremplin disposé à de nouvelles sensations, une ouverture à quantité d'événements jusqu'alors jamais survenus. Du désir à l'état natif. Désir de vous-même dans une approche renouvelée. Désir du jour encore dans le recueil du dire. Désir de l'Autre en filigrane dans le moindre esquissé de vos gestes. Attente surtout. Attente comme pour voir surgir de l'horizon une promesse de naissance succédant à l'obscur de la nuit. Parfois le soleil, blanc, rouge, parme. Parfois la brume, la pluie; parfois seulement l'air glacé. Peu importe. Ce n'est pas de forme dont il s'agit. D'essence seulement, de significations inaperçues dont nous nous pourrions être investis. Une faveur de la terre, du ciel, de l'eau, du feu. L'émergence d'une argile dont nous n'aurions jamais imaginé l'existence. La levée de nuages écrivant le grand poème du ciel. La zébrure de l'eau si claire, limpide, sorte de grand arc-en-ciel venu dire aux hommes la grande beauté partout présente. Les éclairs, les gerbes d'étincelles, les queues de comètes, les météores parlant leur sublime langage cosmique. C'est cela que vous demandez à toutes les choses apparentes, mais aussi à celles dissimulées sous l'horizon et au profond des abysses. C'est cela le ré-enchantement du monde auquel vous aspirez mais cependant n'en faites jamais acte de peur de sa disparition avant même qu'il n'ait lancé ses premières manifestations. Le rêve, l'utopie, la vibration semblable au pur désir sont-ils en-deçà de vous-même; sont-ils au-delà ? Sont-ils seulement une forme de passage de vous à ce qui n'est pas vous mais qui, déjà, semble en voie d'accomplissement ?

Du côté de l'imposte cela s'est éclairé avec parcimonie : un jour long à venir, sur la pointe des pieds, réfugié dans un pas de deux discret; l'opaline bleuissant lentement dans le genre d'une effraction qui ne voudrait pas se dire. Pas encore du moins. D'abord il y a à installer un lieu de rassemblement attentif à lui-même, une courbure du temps non encore arrivé à l'éclosion. Ici, dans l'incertitude à être, est le refuge à partir duquel, dans une tension non encore perceptible, les choses se préparent à se révéler, à déplier leurs formes dans le genre d'une germination. L'épi, blond, semé d'aiguilles cristallines, parcouru par la mouvance de l'air est déjà perceptible, en réserve dans l'occultation du grain. Il y a donc à observer, en silence, à installer une toile blanche accordée au rythme des signes. Votre peau tendue entre vos doigts enduits de mousse est une surface de ce genre. Pareille à la peau du tambour, elle vibre sous les coups de boutoir de la lame, elle crisse comme le sable de la dune, elle consonne dans la nuance : souple sur la plaine des joues, elle se durcit sous l'éperon de votre nez, elle résonne sur la chair des lèvres, elle dit la dureté du menton, elle vibre sur le rocher du maxillaire, elle glisse sur le toboggan du cou avec le sentiment d'une prochaine perdition. Car il y a danger à sortir du territoire du visage; il y a danger à s'éloigner de la vision, de l'olfaction, à déserter l'antre du langage où les mots gesticulent tels des colonies de fourmis à l'étroit dans leur édifice de brindilles et de terre. Les mots, encore englués de rêve, de confluences oniriques font leur petit bruit de crécelle et cela veut dire leur impatience, leur urgence à briller, à s'étoiler, à faire leur farandole sur le grand cirque du monde. Les mots sont pareils à une meute de chiens de traineaux avides de tracer dans la neige immaculée les témoignages de leurs pattes chargées de messages : laisser des traces comme les explorateurs le font, simplement pour dire leur mince aventure sur un lieu secret que le temps effacera bientôt. Affairées à sortir votre visage de la gangue de pierre déposée par un lourd repos, vos mains ne font que dessiner une poétique de l'espace. Ce ne sont que promontoires, dépressions, larges plaines ou peuvent couler les ruisseaux de larmes, failles disposées au rire mais aussi aux implorations, aux poèmes, au surgissement du langage comme une nuée d'abeilles.

L'imposte a seulement vibré d'un degré supplémentaire de clarté et vous ne vous en êtes même pas aperçu, trop affairé que vous étiez à votre propre découverte. Maintenant que la lame a en partie accompli son œuvre, vous commencez seulement à prendre conscience du rasoir comme mesure du temps. La lame ne serait-elle pas l'habile et tranchante métaphore qui établirait une césure entre passé et avenir, vous installant dans un présent tangible, palpable ? Une ligne de partage des eaux comme ruissellement de l'existence : en-deçà, ce que vous avez été et qui, déjà n'est plus; au-delà, ce que vous commencez à être et que, bientôt, vous ne serez plus. Il n'y a pas de lieu, pas de temps plus pertinent de présence à soi que la modestie d'un acte quotidien dont la répétition, l'exactitude sont les clés mêmes de notre projection dans la durée. Chaque progression de la lame, chaque territoire de pilosité occulté, chaque parcelle révélée au plein jour signent l'incision des heures en nous. Manières de sabliers libérant leurs grains de silice; obstinations de clepsydres suintant avec la régularité du métronome leur goutte ontologique. Car de l'être nous ne connaissons guère que quelques silhouettes fugitives, quelques fragments pareils aux tessons des poteries anciennes, quelques hypostases vite ensevelies sous les agitations et les remous existentiels.

Bientôt la bascule du jour signera la fin des circonvolutions que, depuis un temps proprement indéfinissable, vous accomplissez autour de vous-même dans une sorte de complaisance dont on ne pourrait nullement vous tenir rigueur. Temps singulier, temps de méditation, de douce rêverie alors qu'à peine s'éveille le monde, alors qu'à peine commencent à sortir de l'indistinct les premiers mouvements des hommes animant bientôt les rouages de la grande machinerie à exister. Pour un moment encore vous êtes dans les coulisses, tout près des poulies et des cordes, des leviers et des artifices. Pour un moment abrité au sein de l'espace transitionnel, ni totalement dedans, ni totalement dehors.

Alors que les dernières gouttes d'eau chassent la mousse de votre visage, alors qu'une fraîche lotion vient vous dire la conclusion d'un rituel, vous vous saisissez déjà de vos habits de scène, de vos vêtures d'Arlequin, de vos chamarrures qui diront aux Autres celui que vous n'êtes pas, que vous feignez seulement d'être, manière de monnaie d'échange, de monnaie de singe dont vous habillez votre sortie parmi la multitude. Déjà vous avez déserté votre propre rivage, déjà vous avez renoncé à votre roc biologique au travers desquels s'édifiaient vos assises naturelles. Déjà, sacrifiant cette pilosité qui vous rendait trop semblable à la forme primitive humaine envahie d'animalité, vous avez basculé dans la culture, dans le policé, dans le socialement présentable, l'humainement comestible. Mais à quel prix ? En raison de quelle soumission à la règle commune ? N'avez-vous aucun regret de n'être pas demeuré dans la souille où il faisait si bon se vautrer, sentant par tous vos pores dilatés la douceur de la boue originelle ? Et puis, cette barbe qui aurait pu devenir un étendard de la vie sauvage, de la vie primitive aux mille battements, aux mille dispositions démesurées, orgiaques, telluriques, que ne l'avez-vous laissé croître et embellir ? Il y a du Cro-Magnon en vous, tout juste sous cette peau que vous avez pris soin de lustrer afin que vos vis-à-vis puissent s'y mirer et faire leurs centaines de tours de passe-passe, leurs petites danses, leurs plaisants menuets, leurs carmagnoles seulement révolutionnaires pour la galerie : ils se sentent si bien dans leur entour stable comme les fortifications d'Alésia, dans leur coque de noix où ils fourbissent leurs petits rouages hypocrites, leurs minces trahisons. A vrai dire, toujours l'avez-vous ressentie cette tension éminemment existentielle, ce tiraillement en forme de Ravaillac, cet écartèlement à la mesure de l'anthropos où il y va de votre statut d'existant. De l'origine à la fin : une seule grande courbe, un seul immense horizon où Nature et Culture se dialectisent à l'infini, se combattent, s'opposent, se font des politesses, se méprisent, se justifient mutuellement, pareils à des relations de voisinage, échanges parfois empreints de convivialité, faits de repas en commun, de verres de l'amitié; puis, aussitôt, maints retournements subits comme les vents contraires, des séparations, des renoncements aux épousailles, de l'hostilité par-dessus les clôtures qu'on érige, qu'on renforce. Immémoriale métamorphose de la pilosité originelle en peau glabre comme celle des adolescents boutonneux, peau lisse qu'on offre aux Autres à la manière d'un présent estimable, d'une faveur à nulle autre pareille. Puis retournement du gant par où se voient les coutures, les attaches, les points de suture, les rognures, les manque-à-être des œuvres humaines. Une sorte de consternation que l'on n'éprouve guère qu'en regard des monumentales colères de la Nature : typhon, tempête, ouragan, manifestations auxquelles notre conscience ne peut donner de justification rationnelle. Une imposture, une trahison, une démesure dont l'humain ne peut être comptable. Seuls les éléments sont capables d'un tel déchaînement, d'une telle violence. Et pourtant, cette violence nous la portons en nous. Car si nous sommes indiscutablement des êtres de Culture, nous n'en sommes pas moins des êtres de Nature. Nature en nous que la faim et la prédation, nature en nous que la sexualité, la force, la croissance qui pousse parfois au-dehors ce que nous aurions voulu dissimuler sous des silhouettes policées mais exsude de nous comme la sève s'écoule des arbres. Notre pilosité, barbe, moustaches, poils de toutes sortes sont des objets de cette nature. On épile, on rase, on arrache, on dissimule. Comment oserions-nous laisser paraître ces signes prosaïques, vulgaires, dégradants : résurgence de notre quadrupédie, de notre propension originaire à flairer le sol, à fouiller la terre de notre groin obstiné, ne cherchant qu'à ingurgiter, sommeiller, nous accoupler ? Et pourtant notre bipédie, notre regard porté au-dessus de l'horizon, les vêtements dont nous parons notre anatomie devraient nous sauver du naufrage ou, à tout le moins, nous mettre en position d'éviter les écueils. Mais nous ne sommes que des embarcations sans compas, de fragiles coquilles de noix livrées à la fureur et au toujours probable déluge. Le gouvernail dévie-t-il de sa route initiale et nous voilà projetés dans de bien confondantes ornières, et nous voilà soudain plongés dans notre condition porcine ,- mais l'avions-nous déjà quittée ? -, et nous voilà revêtus de cette carapace de poils qui ne nous distingue guère de la gent canine, féline, de tout ce qui grouille et croît dans les caniveaux du monde, de tout ce qui murène et baudroie dans les eaux glauques et fétides où la lumière ne pénètre plus.

Ainsi en est-il de l'homme toujours aux prises avec l'inné et l'acquis, avec la Nature et la Culture. Peau lisse comme un galet ou peau revêtue de son manteau de poils naturels? Moustaches ou lèvre dépouillée ? Aisselles fournies ou bien soigneusement épilées ? Sexe nu et anatomie visible selon ses diverses coutures ou bien antre soigneusement dissimulé sous une forêt luxuriante à la façon du célèbre tableau de Courbet , "L'origine du monde" ?

Mais revenons plutôt à nos moutons gentiment frisés, lesquels sont bien souvent tondus, et bien souvent considérés comme de gentils Panurge se disposant à la queue du troupeau avec docilité et naïveté. Mais c'est bien vite juger. Eux, au moins, du fond de leur laineuse condition ont résolu le problème qui nous occupait précédemment, à savoir celui de l'équilibre entre Nature et Culture. Tantôt laineux et livrés à l'ivresse naturelle dionysiaque; tantôt tondus et versant dans la sagesse apollinienne tout empreinte des marques de la culture.

Le genre humain, tantôt chauve; tantôt chevelu; tantôt joues glabres, tantôt mangées de barbe semble pareillement se comporter. Certains, jouant l'ambiguïté se dissimulent dans une espèce de genre intermédiaire faisant la part modeste à la pilosité, la part visible aux aplats des joues. C'est ce qu'on appelle en ancien Grec la "Métis" : la ruse.

Mais, reprenons le cours des choses. Maintenant vous êtes complètement dehors, mais pour autant entièrement au-dedans de vous et vous faites vos premiers pas dans la rue. Le rasage était votre première féerie du matin. Féerie, non comme apparition du merveilleux, encore que votre étonnement en était une certaine illustration. Féerie comme découverte du sens multiple, protéiforme, s'étoilent à la manière des dendrites dans une infinité de directions de l'espace, dans une pluralité de temps.

Quelques mises en acte du quotidien méritent de se loger à telle enseigne. Les minces choses que nous y rencontrons sont des prétextes renouvelés à convoquer du langage, à forer du sens, à faire surgir ce qui était voilé et qui ne cherchait à surgir au plein jour qu'à la mesure de votre conscience toujours disponible. Ainsi, extraites de leur gangue ordinaire, bien des choses nous parlent de la vie, de l'exister, de la parole dans son infini déploiement, aussi bien la pomme, le tapis en coco sur le seuil de la porte, le galet lissé par la lumière, l'Opinel au manche usé, l'olivier au tronc torturé, les grains de sable sur l'arrondi de la dune, une larme, un livre ancien, une jarre vernissée, le bruit à peine visible des mots.

Les mots et encore les mots pour dire la beauté des choses, la beauté du monde, la beauté de l'humain. Il y a tant de choses à dire. Il y a tant de significations à trouver partout, depuis le sourire de l'enfant jusqu'à la pliure de l'herbe sous le vent. Les choses sont multiples, les choses sont tout ce qui existe et a besoin de se dire, d'être nommé avant que ne survienne l'inévitable disparition. Une sorte d'impatience à investir tout ce qui bouge, vit, respire, des faveurs du langage. Les choses, c'est vous aussi bien que moi, c'est la pipe en écume de mer aussi bien que la translation de la minuscule fourmi sur les chemins de poussière. Les choses c'est l'art dans sa dimension transcendante, c'est le silence des sommets, la course du vent dans le ciel, la chute des feuilles en automne, l'élévation du mur de pierres, la déclinaison des sentiments. Les choses, c'est de l'espace, du lieu, de la géopoétique, des fontaines, des abris préhistoriques où se dessinent sur les parois des grottes les premières ébauches de l'humain. Les choses, c'est du temps. Du temps généalogique par lequel nous nous relions à nos racines anthropologiques; du temps séminal à la façon des végétaux traversés de sève comme nous sommes parcourus de lymphe, de sang, d'eau; du temps aléatoire, celui qui nous soude à cet univers en proie aux agitations climatiques, aux orages, aux grandes passions de la Nature; du temps ontologique dont les battements multiples, dont la scansion permanente nous installe dans une infinité de perspectives de ce qu'être veut dire; du temps prométhéen, du temps lent, réfléchi, propice à la méditation, au retour sur soi, à la manifestation des sentiments, à l'exercice du rêve, à l'étalement de l'imaginaire; du temps dionysiaque et hédoniste où le présent qui nous est offert est le prétexte à célébrer la vie jusqu'en ses moindres recoins; du temps érotique transformant la confondante finitude en hymne à la vie; du temps éthique au sein duquel l'Autre vient se loger en tant qu'affirmation de lui-même, mais aussi, mais surtout en tant que miroir pour notre conscience; temps esthétique des paysages sublimés, temps de la peinture, de la sculpture, du beau visage, de la belle pierre, du beau fleuve au fond de la vallée où résident les hommes; temps palpable des objets commis à nous servir; temps impalpable de ce qui se tisse entre l'homme, ses semblables, ses œuvres, ses croyances, ses rituels. C'est de tout cela dont il est question dans notre rapport aux choses. Qu'il s'agisse du modeste rasoir dont nous nous saisissons le matin; qu'il s'agisse de la pomme sur le compotier, du ris de vent, du sourire entr'aperçu au détour d'une rue. Les choses ne nous sont extérieures qu'à l'aune de notre distraction. Les choses nous habitent bien plus que nous ne pourrions jamais le soupçonner. Il reste seulement à l'éprouver.




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