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Le paysage sculpture - Jean Anguera
jeudi 10 mai 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

ANGUERA SCULPTEUR DU PAYSAGE

Jean Anguera, « Le paysage sculpture », Compa, Chartres, du 30 mars au 20 août 2012.

L’approche expérimentale d’Anguera prouve combien l’émerveillement que le monde extérieur offre aux artistes ne peut se contenter de ce que l’Académie des Beaux-arts estimait obligatoire au XVIIe siècle, à savoir « l’imitation de la nature en toute chose ». Certes si cette « mission » pouvait se comprendre à une époque qui ignorait la photographie et le cinéma, elle n’est plus aujourd’hui envisageable. Même lorsqu’un artiste s’attache à un élément de nature il obéit à une pulsion intérieure qui est déjà une confrontation et une rupture avec le réel. Elle crée la séparation entre le créateur et le faiseur comme le rappelait déjà Bonnard à propos des peintres paysagistes : « Il faut faire la différence entre les artistes qui savent se défendre contre le motif et ceux qui lui emboîtent le pas ». Anguera appartient sans contexte aux premiers.

Il sait que nous sommes innombrables. Et que parfois ne reste juste un filet d’espace laissé à l’abandon. Anguera s’en empare pour que jaillisse la lumière là où on ne l’attendait pas. Patient, tenace il s’insinue en silence dans la cage thoracique du paysage, il se frotte à sa peau et en cherche l’intérieur car l’extérieur il le connaît. L’artiste crée sur cette peau des traces, des incisions, des sutures, des nervures afin de lui redonner une énergie vitale. L’écorce terrestre retrouve d’autres masses bosselées, d’innombrables tourbillons ou lignes par adhésion sensible, par poussées de force. Et si comme le disait Proust « la nature emprunte à l’art tous ses privilèges » celui-là le lui rend bien dans ce travail.

Anguera prouve que tout artiste paysagiste est avant tout un abstracteur. En dépit de son approche de la nature il cultive, comme Baudelaire, « une sainte horreur de la trivialité positive ». Du paysage il éclate le motif. Il restera plus proche de Poussin que du Neville du « Meurtre dans un Jardin anglais » de Greenaway. Il permet au regard de sortir de sa prison mentale et des (re)constructions qu’elle impose. Le paysage devient un « appelant ». A savoir un langage qui ne représente pas mais re-présente. Le regard s’enrichit d’un nouvel œil. Le paysage devient le dehors où le dedans s’exile pour se voir. Retournement sans retour en quelque sorte.

L’exposition propose selon divers supports les « sculptures » de l’artiste. Elle impose un type d’espace qu’Anguera définit ainsi : « ce n’est pas seulement les trois dimensions c’est un autre esprit de compréhension ». Le spectateur est confronté, dixit l’artiste, « à ce qu’il croit être dedans, à ce qu’il croit être dehors : " être " est donc la réalité commune ». La sculpture devient une nature particulière de peau. Sans se déchirer, elle s’élargit afin de fixer le spectacle du paysage en le traversant. Elles sont un point de vue. Comme la réalité reste elle-même est un point de vue. Ni plus, ni moins.

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