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Louise Bourgeois
dimanche 18 mars 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

LOUISE BOURGEOIS L’EMPOISONNEUSE VITALE

Louise Bourgeois, « Destruction du père, reconstruction du père - Ecrits et entretiens 1923-2000 », Daniel Lelong Editeur, Paris.
Brigitte Cornand, « Grabijougi, à Louise Bourgeois mon amie », Editions Dilecta, Paris.

Le travail de Louise Bourgeois est tout sauf ce qu’on en a dit : à savoir surréaliste. Tout y est, au contraire, existentialiste. Les escaliers y montent vers un « No Exit ». Ses pièces sont des cellules d’un perpétuel « Huis clos ». La seule différence entre Louise et Sartre est que pour ce dernier «  l’enfer c’est les autres  ». Pour elle il est à l’intérieur de nous. Ecoutons là : « Personne à blâmer sinon soi. On donne pour reprendre, on laisse à entendre pour mieux décevoir... On s’en lave les mains. On s’endort la tête dans le sable. On travaille pour oublier, on ment, on ment ». Tout est dit.

L’œuvre rappelle la menace et la vulnérabilité. Celle dont l’artiste préféré est Bacon ne se donne jamais (et son œuvre non plus) des airs faussement naïfs. Elle ne joue pas les malines. Ne restant jamais dans des postures figées elle cherche par des structures carcérales ou ligaturées à libérer l’esprit. Celle qui se dit « indulgente pour les don Juan » renvoie comme personnages périphériques tous les artistes du faux-semblant et les bellâtres. Ils sont nombreux (Dubuffet n’est même pas épargné). Et à part Miro et Bacon peu trouvent grâce à ses yeux. Pour elle le geste ne suffit pas. Ce qui compte demeure le résultat. Dans ce but elle a multiplié les cellules souches plus que mères, en passant de celles des chambres à celles du sang car «  rêver d’harmonie et de paix  » ne peut faire l’économie du « chaos et de la zizanie ».

Créer est donc un acte pas une théorie. Créer est une dérive, une pathologie sublime La chair se recrée à mesure que Louise Bourgeois produit son creux. Elle grave la béance et le plein. D’un chaos l’autre. Temps reconjugué et plié, déplié, troué, torturé, déchiré, recousu, tourné sur lui-même. Nœuds de résistance, reprise, répétition. Répétition et rupture. Bascule sans roue : pan ! sur le paon. Les cartes sont étalées. Le poème plastique raconte, évoque, chante, éructe par le bas, pète par le haut. Se prend à « sur-monter » la fable de la vierge et sort de tout effet de réel pour creuser l’énigme, le mystérieux. Road-mot-vie sans road et sans movie. Elle dit à un homme en lui tendant une pièce (My inner life, n° 5). "C’est bien parce que c’est toi. Et aussi pour Gustave… Qui… Courbet bien sûr". Sous l’araignée immense : lumière de l’ombre au soleil. L’araignée ou la fleur carnivore inconnue à elle-même. Belle complicité du mensonge qui refuse d’exhiber son leurre.

Ne pas retenir juste l’horreur et la violence mais surtout la pulsion, la force d’affect, la fragilité des femmes spiralées. Pour l’artiste la vie est une grotte. Une petite fille devient derviche en soi. La vie est inatteignable. Du moins la vie en « soie ». Avers, revers, évocation plus qu’exposition, pensée cheveux, cheveux trajets. Théâtralisation des portes fermées. Récupération de fenêtre, de machines à coudre. Magma. Documentation du chaos. Documenta accessible. Le lit et le corps. L’homme et la femme. Ou plutôt la mère, le père. Matelas de fluide et d’aiguille . Imperméable pitié paternelle. sous lequel se cache une robe rose. Faire tapisserie. L’araignée dans la tête tisse sa toile. « Ethernité » de la maternité. Inceste psychique. Se jetant dans la Bièvre puis dans la bière. Murmure de l’eau, flocon de houblon. L’eau bout. L’au bout. Agressive douceur. Toxicité de l’amour. Diablesse car le bât blesse. Vampire qui ne suce pas mais crache son venin, sa puissance.

Louise Bourgeois n’est pas dupe du machisme de l’homme et du père.. La volonté de puissance fait du monde sa représentation jusqu’au bout dans ses gouaches rouges où elle dilue/dessine ses autoportraits.. Détruire fait-elle. Sans pathos. Juste le symbolisme de l’élan vital et de la maternité. Et surtout ne pas faire pleurer margot. Vengeance de femme, vengeance d’Eugénie Grandet. Violence de l’accouchement. Maternité sanglante et passionnelle. Et la tendresse bordel. Même si l’identification n’est pas totale. Dans les 16 panneaux reliquaires suite de « my inner life » une femme rouge écorchée enceinte fœtus en bas. Avec des phrases d’Eugénie Grandet. Eugénie et sa mère. Avec sa tante. Avec son assistante. Tissus déchirés, éléments de toilettes intimes, boutons fanés de fleurs. Toile tissée des jours. Elle Eugénie Grandet. Jusqu’à ce que la vieille fille dise adieu à la petite fille en elle.

L’artiste veut toujours savoir comment les choses fonctionnent. Aussi bien les étoiles que le corps. D’où son intérêt pour les particules élémentaires et leurs articulations. Afin aussi que « ma curiosité vis à vis de ce qui est érotique et sexuel soit satisfaite avant d’être éveillée ». Phrase capitale qui n’enlève rien dans son intellectualisme à la donnée fondamentale d’éros : « le mécanisme d’attraction se produit plutôt lorsqu’on est nu que recouvert de sept voiles ». L’œuvre est avant tout un travail de découvrement, d’investigation contre l’ignorance et la superstition. L’art est donc connaissance.

Toutefois Louise Bourgeois ne se fait pas d’illusion. Ni sur les hommes ni sur son propre travail. « Ne me parlez pas de sublimation, c’est une habileté » dit-elle à Suzanne Pagé à propos de son oeuvre. Et elle ajoute « je ne manque ni d’arrogance, ni d’ambition, ni de désir d’oseille ». L’exilée américaine dit ainsi tout haut ce que ses congénères pensent tout bas. Et c’est pourquoi son œuvre est un défi et un challenge constant aux lois hypocrites des hommes et à celles de la nature.

Louise s’affirme contre Bourgeois. Louise l’indépendante se sert de l’art et de l’humour contre la mort et le drame de son nom « propre ». C’est l’affranchie. Mais il y a aussi la Bourgeois(e) qui «  fouette » dans ses draps. D’un côté la sans peur (mais pas sans reproches), de l’autre (la coupable) qui tremble. Mais ajoute-t-elle « Je me sens très bien comme ça  ».D’autant qu’elle sait ce qu’elle vaut, où elle va et quels dangers la guette : «  le psy rend l’artiste raisonnable , l’avocat le rend intelligent et les impôts le rendent plus riche ». N’est-ce pas tout compte fait la meilleure définition de l’artiste pour ne pas se et nous déposséder ?

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