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Ainsi parlait Jules, Sophie Daull

Roman paru aux éditions Philippe Rey

samedi 2 avril 2022 par Françoise Urban-Menninger

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Après la publication de "Camille, mon envolée", "La suture" et "Au grand lavoir", Sophie Daull poursuit sa quête intérieure en lien avec les épisodes douloureux de sa vie tels l’assassinat de sa mère ou le décès de sa fille âgée d’à peine seize ans. Avant d’écrire son premier roman suite à la mort de sa fille Camille la veille de Noël, Sophie Daull était comédienne, aujourd’hui elle a créé sa propre compagnie "L’eau Lourde".

Dans le livre qui vient de paraître "Ainsi parlait Jules", la narratrice est interpellée par une voix intérieure qui tente de couvrir la sienne. On songe à Jiminy Cricket qui reprend Pinocchio à chacune de ses anicroches....Mais la comparaison s’arrête là car ce n’est pas la voix de la sagesse qui parle mais une voix le plus souvent acerbe qui contredit celle de l’autrice, l’invective jusque dans les derniers retranchements de son inconscient où se logent les petits arrangements mesquins avec elle-même.
Sophie Daull opère une lumineuse mise à nu de l’âme humaine où chacun d’entre nous peut identifier les travers propres à sa condition.
Malgré les tragédies qui ont endeuillé la vie de la narratrice, il nous arrive de sourire lorsque celle-ci se fait tancer par Jules qui lui reproche sa pingrerie. Mais Jules d’aller toujours plus loin dans ses diatribes en dénonçant les discours hypocrites que chacun d’entre nous a pu tenir et là, on ne rit plus !
Le miroir grossissant que Jules tend à Sophie Daull y reflète les apparences de cette bien pensance qui nous dispense de toute réflexion et nous en absout dans le même temps. Mais l’objet de ce livre n’est autre que de fissurer ce miroir de le briser pour nous faire passer de l’autre côté comme l’ Alice de Lewis Carroll.
La voix de Jules qui traverse celle de l’autrice n’a de cesse de la traquer et de la démasquer derrière les mots : "Tu triches. C’est cruel. Tu penses qu’à toi".
Voilà tout l’enjeu de l’écriture jeté en pâture sur la page blanche ! Mais pourquoi Sophie Daull s’autoflagelle-t-elle ainsi ? Peut-être et très certainement parce qu’il est difficile d’être une survivante. Survivre à l’assassinat de sa mère, au décès de sa fille, c’est tenter de rester debout malgré tout en prolongeant par l’écriture les femmes qu’elle porte en elle et qui renaissent dans le sang et la chair des mots. Mais comment ne pas douter, errer dans cette nuit à l’orée de la folie ?
Et cependant, entre deux pages surgissent ces vers éclairants : "Pourtant il faut encore donner un sens à la disparition/ Inscrire quelque chose/ Offrir une langue au silence, même avariée sous la bâche de l’autopsie, même captive du gel inexorable".
La douleur saille dans ce livre, elle affleure sous les mots, les deux voix de la narratrice qui se confrontent en témoignent. Pleurer mais pas trop, pour ne pas heurter le commun des mortels, ne pas s’apitoyer sur soi-même, ne pas larmoyer, ne pas radoter...Mais rien n’arrête cette hémorragie verbale, Sophie Daull nous le confirme : "Ca veut parler encore, remonter vers le verbe incorruptible". Malgré tout, c’est la vie, la danse, le théâtre, la nature qui la reprennent et la ramènent dans la ronde du monde des vivants et c’est sans aucun doute les seules échappatoires possibles pour pallier les tragédies du destin. La poésie est cette troisième voix qui transcende les deux autres, elle est cette lumière qui irradie dans le roman et fait taire celle de Jules : "La Nature n’a pas de mémoire. / Ne connaît pas les erreurs de parcours."
Et qu’ajouter à ce vers lumineux qui donne le dernier mot à la vie qui reprend son cours "Elle s’est infiltrée dans l’organisation du vivant qui se tait."...

Françoise Urban-Menninger

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