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Les Etudes d’ombres - Mark Manders
vendredi 9 mars 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

MARK MANDERS : HYPOTHESE POUR UN NOUVEAU BABEL

« Les Etudes d’ombres », Exposition du 10 février au 13 mai 2012, Carré d’Art, place de la Maison Carrée – 30000 Nîmes.
Catalogue édité par les Editions Roma Publication, Amsterdam, 2012.

Le Carré d’Art de Nîmes présente la première exposition monographique en France de Mark Manders. Son titre " Les études d’ombres " reste à première vue énigmatique. L’artiste néerlandais cherche à incarner la « corporéïté » particulière. La matière et le montage travaillent la réversion figurale. L’imaginaire transforme le support et l’image en de véritables lieux “ morphogénétiques ” qui échappent à une vision classique de la représentation. À l’effet classique de pan répondent de nouvelles exigences et un nouvel équilibre.
L’impact des installations est immédiat. L’univers étrange - proche parfois du macabre d’un " gothique industriel " ne pas chercher simplement à déranger même si surgit parfois un réel malaise. La sculpture comme la récupération d’objets personnels et de vieux mobiliers racontent des histoires qui ont trait autant à la vie « réelle » de l’artiste qu’à son imaginaire. Il rappelle parfois celui d’une Louise Bourgeois en particulier celui qui préside à ses " cages ". Comme la franco-américaine l’artiste évoque des souvenirs personnels et des peurs fantasmées. Il se rapproche aussi de Lynch par ses exhumations de paysages industriels, des animaux inertes.
Plus question de trouver le moindre confort dans une œuvre où le dessin et l’écriture sont indissociables du travail en 3 D... L’artiste accorde au premier - et par la seconde - une valeur prémonitoire lorsqu’il précise que pour lui, « le dessin est plus une recherche de la pensée que l’objet d’une observation ». Mark Manders ajoute que cette manière d’agir peut « être mesurée comme une image dans son esprit ». Il se développe ensuite en mouvements « en spirale » afin d’ordonnancer les situations et les emplacements des éléments constitutifs de ses installations (ses séries de gisants, de chien couché sur le flanc la gueule accrochée à une ligne de ramettes de papier, d’un chat coupé par le fil d’un instrument.

Toutes ces propositions sont tracées, mesurées et agencées dans l’espace. Elles sont intégralement dessinées dans le lieu où elles se déploient. Il en va de même pour les œuvres plus récentes. Elles s’apparentent à des représentations de bureaux ou d’officines, dont certaines parties du mobilier sont calées contre les murs. Ces œuvres agissent davantage sur une perception du plat que sur celle du volume et ne font qu’entériner cette priorité donnée à la trace et à l’amplitude du geste.

Il en va de même pour l’écriture. « Hallway with Sentences » (1999-2003) se compose d’une série de phrases réalisées avec des lettres adhésives disposées selon une diagonale. L’œuvre devient l’invitation à pénétrer un espace dans lequel se déploient d’autres œuvres de l’artiste. Mais au-delà, elle entend agir comme « mode d’emploi ». Elle délivre des clefs au champ d’action de l’artiste et provient de son ouvrage « Colored Room with Black and White Scene ». Il comporte 70 mots rangés alphabétiquement et ordonnés afin de pouvoir constituer autant de phrases que possible et selon une perspective qu’avait initiée en son temps Raymond Queneau.

Cet inventaire peut ensuite s’adapter selon les circonstances et les états. En adjoignant une sélection de ces « phrases-clés » Manders crée un texte virtuel, une suite de comptines et de locutions dont l’addition forme un texte ondulant sans cesse entre fiction et description. Les mots choisis procèdent d’une interprétation descriptive conçue par l’artiste. : « written horror vacui » (écrire l’horreur du vide), « isolated landscape » (paysage isolé), « a place where my thoughts are frozen together » (un lieu où toutes mes pensées se glacent) deviennent des phrases de transcription d’expériences personnelles et forment une « autofiction » d’un nouveau genre.

Mark Manders développe au moyen de tels axes un travail de longue haleine. Chacune de ses œuvres est le fragment de ce qu’il nomme « A self-portrait as a building » (« Autoportrait sous forme d’immeuble »). Le projet initial était celui d’un livre sans commencement ni fin. Mais, de fait, il s’est élaboré dans le langage plus abstrait des arts visuels. Et face à l’idée première d’autoportrait, les rapprochements autobiographiques se sont effacés. Le créateur y devient un personnage créé. Il vit dans un monde logiquement conçu et construit. Et ses installations sculpturales sont plutôt des « espaces de mémoire » dans lesquels les pensées et sentiments du « double » de l’artiste se matérialisent. Les cheminées d’usines et les machines silencieuses, les meubles fabriqués, les sculptures en bronze d’animaux ou de fragments de figures humaines, les dessins et objets de tous les jours sont des étapes dans les pièces de cet autoportrait « in progress ».
L’exposition au Carré d’Art de Nîmes développe cette approche de la diversité et de l’unité. Tant par la variété de matériaux que par les dimensions des éléments. Cela va du bureau au sachet de thé, de la construction d’une cheminée aux objets préfabriqués. Le tout étant relié à la recherche contemporaine et – par la bande – au design. Chaque œuvre devient un élément d’un ensemble « immobilier » aussi psychologique et introspectif que géographique et matériel. Il y donc opposition entre un hard et un soft ware dans le souhait d’atteindre un moment dernier où tous les éléments pourraient se relier à travers des figurations humaines inspirées des sculptures de Kouroi de la Grèce antique mais aussi à celles d’autres cultures. En les peignant Mark Manders leur donne l’apparence de sculptures de terre crue. Leur position la plus fréquente est celle de la balance et du sommeil.
Seuls subsistent comme témoins de l’humanité de tels objets plus ou moins totémiques d’un certain désenchantement. Car à aucun moment l’artiste néerlandais s’enivre des forces de son délire. Il reste sous contrôle afin de créer autant une carte mentale qu’un théâtre du vide et une liturgie des humilités. Le langage de l’artiste s’ouvre à la vanité. Il dit en filigrane le manque, l’absence d’être. Ce travail s’érige tel un travail de violence afin de faire sauter tous les carcans et les jougs des modèles, tous les repères et les matrices. Le propos n’est pas seulement d’engendrer mais en même temps de faire bouger les lois tribales qui corsètent notre société et ses arts.

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