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Stéphane Couturier - Fondation Salomon - Alex (74).
dimanche 4 mars 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

STEPHANE COUTURIER ET LES TROUBLES DU MONDE

"Stéphane Couturier", Fondation Salomon, du 18.3.12 au 3.6.12, Alex (74).

Stéphane Couturier crée par ses photographies et ses vidéos des scénographies impressionnantes. Elles séduisent sans être racoleuses. L’artiste en extrait la misère ornementale pour faire passer du côté d’un imaginaire critique autant grave que plein d’humour. Le monde - de Paris à Chandigarh - semble ouvert mais soudain il y a toujours quelque chose qui grince et vient déranger le jeu.

Fortement charpenté ce qui généralement est refoulé se voit exhaussé dans ce qui tient de dramaturgies de l’ordre et de chaos au sein de trames où le regard ne peut qu’errer. Chaque photographie regorge ainsi d’une troublante curiosité. Elle reste dans sa précision de détails tout sauf une immense braderie comme le prouve la trentaine d’œuvres réalisées ces 10 dernières années présentées à la Fondation Salomon.

Rien n’est laissé au hasard dans la photographie et son extension vidéographique. L’exposition illustre comment l’artiste transforme progressivement l’image par la minutie le délire cacophonique que provoquent les villes. Chaque œuvre devient le territoire interlope du vide et du trop-plein. Elle présente (et non représente - la nuance est importante) un signifiant par l’absurde même que l’artiste met en jeu. Absurde n’est d’ailleurs pas le mot, car les systèmes disjonctifs écartent les lieux communs comme les images communes même lorsque le créateur se " contente " de présenter les murs de grands ensembles.

À la banalité des lieux citadins Stéphane Couturier donne une nouvelle assise, des axes visibles de pénétration. Le spectateur ne se limite plus à satisfaire sa curiosité mais son interrogation. Surgit toujours un élément perturbant, un abcès de fixation qui paradoxalement ne décontextualise jamais les lieux mais leur donne une dimension générale.

À sa façon l’artiste construit au sein de nos décors ou de ceux de lieux forains des « temples » effervescents. Il offre sa fête aux enfers des cités par ses amalgames à la fois cohérents et hétéroclites. La photographie devient avant tout une question de langage (de langage et non de style). En marge d’un centre - que d’une certaine manière il vide - l’artiste crée des réseaux secrets au sein même de ce qui pourrait sembler une évidence.

Ses narrations qui deviennent des féeries glacées. Il est autant permis de rêver que de se demander où l’on est projeté par la richesse des détails et leur " préciosité " plastique. Couturier offre à la fois un confort et une inquiétude, un cauchemar et une " aventure rêvée ". Elle rapproche et éloigne de la réalité. Celle que l’artiste dévoile fascine et révulse. Mais selon un nouvel ordre, une nouvelle distribution des données du réel.

La force d’exhibition d’une telle œuvre travaille du côté de l’inconscient. Car les structures " architecturales " des photographies répondent à d’autres préoccupations que celui du souci d’un bien-être visuel. Et ce même si pourtant elles possèdent une indéniable qualité plastique. Le plaisir éprouvé face à de telles photographies doit donc être consumé et accepté totalement. Il dépasse le vertige angoissant qu’elles peuvent créer. Pour une raison majeure : un changement est proposé. Cela différencie l’œuvre de tant de travaux artistiques dont le déplacement proposé n’est qu’un départ raté sans doute parce qu’il n’est pas charpenté - comme ici - par le privilège d’une beauté issue de la complexité.

Stéphane Couturier prouve que dans une œuvre l’essentiel ne se limite pas au geste ou à l’idée mais son résultat. Ses prises éliminent le moche, l’à-peu-près, le bidouillage au sein même du fouillis, du bric-à-brac des immenses décors urbains. Face à un monde de l’enlaidissement généralisé et sans rechercher la moindre saveur exotique ou purement décorative l’artiste crée transgression jusque dans les rapprochements intempestifs de divers lieux. Il monte un autre horizon. Sur les ruines du réel se redessine une architecture hors de ses gonds nourrie de la clarté de paysages réinventés et reconstruits " à sa main " par l’artiste. Nous glissons du désert surpeuplé du réel à un labyrinthe géophysique où prennent la pose certains de nos semblables, nos sœurs, nos frères - animaux des plus bizarres.

Au pataugement existentiel est substitué un rituel incantatoire. Au sein de la pléthore, la beauté est possible. Elle vient contrebalancer la première. Celle dans laquelle nous sommes contraints à " vagir ". Surgit l’approche non d’un miroir mais de sa traversée. Le photographe a compris que pour rendre évidente toute ressemblance il faut la subvertir. L’image est donc créée afin d’absorber le miroir. Elle dérobe les masques en débordant les murs et leurs barrages, elle les fend comme un oiseau fend l’air.

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