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Mais qu’est-ce qu’elles ont dans la tête ? - Eugénie Jan
vendredi 24 février 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

FER, ENFER, DEFAIRE, REFAIRE

Eugénie Jan, « Mais qu’est-ce qu’elles ont dans la tête ? »,
Galerie Eliasz’art, 42 quai des Célestins, Paris IVème, du 8 au 18 mars.

C’est bien connu l’homme – entendons le mâle, « le bois flotté » – garde la propension à vouloir toujours récupérer le beurre, l’argent du beurre et la crémière. Surtout la crémière. Il la veut bonne pâte, crème (éventuellement fouettée…) et à sa botte. Du moins c’est ainsi que ça se passait dans nos sociétés. Mais les choses hélas n’ont guère évolué : la femme reste trop souvent le parfait bouc émissaire dans une société faite par les « mâlins » et pour eux.

Eugénie Jan connaît bien ce système. Si elle n’en a pas pâti elle-même sa lignée en fut la victime. Son histoire personnelle est « issue en quelque sorte d’un matriarcat forcé. La réalité d’existence des femmes de ma famille passait par l’enfantement ». Pour autant ces femmes ont lutté pour exister. Elles se sont construit « des personnages pour se protéger, s’abandonner à un autre soi-même ».

Par son exposition Eugénie Jan se frotte à cette question identitaire comme elle se frotte aux chairs des femmes ( dont elle fait partie ). Elle fouille à l’intérieur de leur tête en répondant au poncif que leur lance souvent de sa mauvaise foi de masculine engeance en son machisme du Bar des Sports (ou d’ailleurs) « Mais qu’est-ce qu’elles ont dans la tête ? » .

Surgissent ici des réponses claires ! En effet les têtes sont transparentes. Avec comme squelettes du fil de fer et des serre-câbles afin de les jointoyer. Dedans tout s’aère mais ce n’est pas le vide ! Il y a de nombreux objets (symboliques), des surfaces, de la matière, des idées. Si bien qu’il ne faudrait pas prendre les adeptes de la clarté pour des oies blanches.

Avec ces coups de tête Eugénie Jan est des plus culottées…
Aux enfants de Plotin, à ceux qui poussent les portes quand il est bien spécifié de les tirer, qui disent « C’est moi » en réponse dans un interphone, qui s’aident de leurs doigts pour compter (même leurs mains) elle offre une œuvre sobrement engagée et iconoclaste, joyeuse et décapante. Chaque tête à son panier, ses pétales, son pal, son palier, son espalier, ses auréoles, ses aréoles et ses alvéoles. La vie y devient un film d’action. Léger et violent, animé et puissant. L’artiste n’y défend en rien un « éternel féminin ». Celui-ci est une vue de l’esprit, un verrou refermé sur toute émancipation.

Le fer s’il est grillagé n’est pas pour autant grille. Il n’empêche pas le territoire féminin et son intimité de déborder sur le dehors mais sans se l’annexer ou déborder. Ceux qui croient qu’entrer dans la tête d’une femme revient à entrer dans un petit cinéraire pour roses trémières en seront pour leurs frais. Eugénie Jan propose une vision qui n’est pas uniquement faite de berceaux et de pouponnières. Les cendres des disparues sont allongées dans des cerfeuils. On entend sonner le glaïeul, l’hallali du lilas résonne. Font chorus quelques cris sans thème. « Cela semble une aberrance » penseront les abbés rances et les machos de la Manche et d’ailleurs. Ils préféreraient voir en ces images des images pieuses de saintes tremblantes aux yeux pervenche.

Mais Eugénie Jan ne fait pas dans le votif. Elle préfère sa « ciné cure » en 3 ou 2 D. par plans rapprochés ou d’ensemble (puisqu’on peut regarder son assemblage de toutes les façons). Grâce à cette approche l’avenir qui nous tourmente est encore dans les œufs (de la tête) prêts à éclore. Les prétentieux phalliques n’ont qu’à bien se tenir. Pas question de saboter Vénus. Le fer devient un vrai ça sert d’os, et peu importe si ça colle aux quintes. Bref en « ténore » (le e ici est important) de l’imagination l’artiste fait le monde comme il doit se « fer ». Tout cela est vif, incisif et neuf dans l’œuvre de l’artiste.

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