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Le parfait Wagnérien - G.B. Shaw
mercredi 26 février 2020 par Meleze

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Le parfait wagnérien


G.B.Shaw

les éditions d’aujourd’hui
83 Plan de la Tour 1975




Le petit éditeur des éditions introuvables a eu l’excellente idée de rééditer un vieux livre (1933) sur Richard Wagner de l’auteur britannique d’origine irlandaise G.B.Shaw. L’auteur est un socialiste qui affirme d’emblée une intention militante. En s’attaquant à Wagner il veut montrer comment les opéras du ring (il y en a 4) décrivent la société capitaliste dont il pense qu’elle va à la ruine. Irlandais, il est acculturé britannique. Ça lui donne sans doute une prescience d’une rupture fondamentale dans la société anglaise. Déjà il a fait une pièce de théâtre qui a eu un grand succès sur Jeanne d’Arc1. Dans cette pièce on entend le procureur s’excuser auprès de St-Jeanne de l’impardonnable erreur commise par son peuple. Après 2020 on vivra peut-être le même genre d'événement, un autre écrivain anglais s’excusant auprès de l’Europe de l’erreur commise par le Brexit.


Quoi qu’il en soit l’étude sur Wagner offre le même genre de rupture. D’emblée G.B.Shaw compare Marx (1818-1883) et Wagner (1813-1883), très exactement des contemporains qui vont être marqués autant l’un que l’autre par la révolution de 1 848 et l’échec de la réunification allemande. Marx est le célèbre inventeur de la lutte des classes. Wagner va porter selon Bernard Shaw la lutte des classes sur la scène. C’est assez fantaisiste quand on connaît le contenu mythologique de « l’or du Rhin ». Son argumentation est un peu légère. L’anneau du Niebelungen le premier des 5 opéras qui composent l’or du Rhin est-il une image suffisante de la soif d’or qui accompagne toujours notre système économique ?


À l’époque de Shaw c’est la ruée vers l’or d’abord en Californie puis dans le Klondyke qui nourrit la comparaison. Aujourd’hui nous avons toujours les « garimperos » terme brésilien pour désigner la soif de l’or qui détruit l’Amazonie. C’est au lecteur de juger d’après l’analyse de la monnaie qu’on trouve dans le tome I du capital, s’il y aura toujours dans notre système économique cette activité entrepreneuriale qui consiste à se procurer de l’or pour le mettre sur le marché où il monte sans cesse en valeur.


Il faut donc juger de savoir si le titre « parfait wagnérien » de l'essai doit être compris au second degré (le parfait critique de Wagner) ou bien si l’amour de la musique l’emporte et dans ce sens Wagner est vraiment parfait.


En musique Shaw est un érudit. Il connaît à fond Mozart et Beethoven. Il entend l’héritage de Wagner et ses différences. C’est à ce point d’ailleurs que la version anglaise du même livre offre des nuances importantes avec la traduction française. Le style de Shaw est très difficile. Les scènes d’opéra imaginées par Wagner exigent énormément de matériel qui impose à leur tour un langage très concret tandis que la musique au contraire est faite de thèmes (traduction généralement acceptée pour les leitmotivs) joués par les instruments. Ces thèmes peuvent être par exemple le thème de l’eau, le thème de l’or, le thème du sabre. Ainsi toute la question est de savoir si la lutte des classes qu’on veut exprimer a encore un sens lorsque les thèmes musicaux traversent tous les personnages qui sont sur la même scène avec leurs évolutions et leurs aspirations.


À plusieurs reprises B.Shaw est amusant. Il écrit que les prévisions de Marx ne se réaliseront jamais, et que les personnages, non pas les dieux mais les hommes, qui jouent dans l’or du Rhin sont les précurseurs des capitaines d’industrie qui dirigeront bientôt l’Allemagne de Bismarck. Il vénère la musique de Wagner tout en en faisant un promoteur de la transformation industrielle que connaît l’Allemagne au 19°siècle. Wagner voyage beaucoup. Il a une vie très agitée.


Puis tout à coup au tournant de sa maturité il va se passionner pour le livre de philosophie de Schopenhauer et l’optimisme avec lequel il envisageait la révolution industrielle va se transformer en pessimisme. G.B.Shaw situe la rupture de Richard Wagner dans la composition du personnage de Siegfried dont la conception et la mise en œuvre suivent l’échec de la révolution allemande. « quand Wagner ébaucha pour la première fois le crépuscule des dieux il avait 35 ans. Quand il eut terminé la partition pour le premier festival de Bayreuth en 1876, il avait 60 ans. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait abandonné ses vieilles idées en les laissant derrière lui. »


Donc chez G.B.Shaw, malgré l’acuité de sa critique wagnérienne c’est l’admiration qui l’emporte. Le passage le plus enthousiasmant sur la musique de la tétralogie est sûrement le moment d’une comparaison avec Mozart, lorsqu’il est constaté que ce dernier compose sur des librettos qui viennent de l’extérieur (par exemple Don Juan qui est de Molière), tandis que Wagner au contraire « composait lui-même ses poèmes dramatiques et donnait ainsi à l’opéra une intégrité dramatique et rendait articulée la symphonie. » écrit Shaw. Il oppose donc la composition musicale, aux péripéties des aventures de l’or du Rhin qui sont dit-il parfois « irrationnelles ». Wagner change d’avis : « Siegfried ne vint pas et se fut Bismarck qui vint. »... »Les Siegfried de 1848 furent de désespérants échecs politiques, tandis qu’au contraire les Wotan, les Albéric et les Loki furent d’évidents succès politiques. »


La fracture de la culture anglaise que suit G.B.Shaw dans son œuvre consiste ainsi dans l’étude minutieuse de l’émergence de la musique absolue.


On accède à cette vision d’ensemble une fois réintroduite toute la légende mythologique scandinave qui sert de canevas au livret de la tétralogie de Wagner. Le problème est celui du rôle de l’instruction. L’instruction n’empêche pas de faire des bêtises et de mettre au pouvoir des crétins finis assoiffés d’argent. Wagner ne recherche pas l’instruction. Justement il dépeint l’humanité assoiffée et aveuglée par son avidité. La distribution des récompenses et des punitions viennent du système divin.


Mélèze 2020




1Cf : « c’est le dilemme de l’accusateur dans la Jeanne d’Arc de Bernard Shaw. Il a demandé la mort de Jeanne, mais quand il la voit au bûcher, il réalise qu’il ne savait pas qu’il n’avait jamais voulu cela. »…. « le point important est qu’une analyse rationnelle des conséquences d’une décision, n’en fait pas pour autant une décision rationnelle. » Karl Popper, la société ouverte, version française Point-Seuil Paris 1979, page 212.



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