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Paysage. Extérieur –nuit - M-A. Schatt - Galerie Isabelle Gounod
lundi 13 février 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

LE PAYSAGE ET SON DOUBLE.
MICHAELE ANDREA SCHATT OU L’ÉLOGE DE L’OMBRE.

« Obscurité et ombre sont deux notions qui tissent et traversent toute représentation. Cette pénombre, mémoire en creux, révèle l’exemple constant d’une topographie variable des perceptions et des expériences : se perdre dans ce creux, ressentir une semi-obscurité l’ampleur d’une vacuité, d’une absence, le poids de l’ombre, sa forme, sa couleur, son étrangeté, une réponse en négatif à l’œil solaire » (Michaële-Andréa Schatt).
M-A. Schatt, « Paysage. Extérieur –nuit », Galerie Isabelle Gounod, Paris 3 ème, février-avril 2012.

Souvenons-nous : depuis l’enfance nous redoutons le noir. Petits, lorsque nos parents nous demandaient d’aller chercher du charbon à la cave, nous avions besoin de tout notre courage pour y descendre, accompagnés d’une simple lampe de poche qui faisait danser des formes monstrueuses sur les murs humides et vieux. L’ombre nous faisait peur. Sans doute parce que nous sommes des êtres diurnes, de vieux enfants du jour comme la plupart des vivants même s’il en existe certains nyctalopes qui non seulement s’en accommodent mais voient à travers le noir. Est-ce pour cela que nous n’aimons guère de tels animaux ? Est-ce pour cette raison que les oiseaux de nuit - de la chauve-souris au hibou - furent souvent sacrifiés dans des rituels primitifs comme si dans notre inconscient ils semblaient avoir conclu un pacte avec les ténèbres ?

Dès que l’ombre s’annonce nous allumons les lampes. Il faudrait pourtant l’accepter : à mesure que la lumière baisse, les formes habituelles se dissipent, s’écartent, les volumes ne sont plus les mêmes, les espaces semblent s’allonger. Un autre monde surgit : il faut s’y laisser envahir pour percevoir autrement et affronter des métamorphoses. L’ombre tend un voile sur les choses pour enchanter le lieu en mettant leurs formes en sommeil. Elle les libère ou les calme. Le monde mérite et nécessite soudain une autre attention. Tout semble en attente d’être reconnu autrement en une sorte de rêve de la réalité. Or, en tant qu’êtres diurnes, nous ne connaissons qu’une réalité et non son rêve, le rêve qu’elle constitue en son fond comme réalité plus essentielle.

M-A. Schatt la recrée à sa main comme elle réinvente l’histoire de la nudité de la peinture, de sa " chair du double " dont parle Bernard Noël. Dans les " Paysages en ose " l’invitation à une pratique de la peinture de paysage était déjà patente et montrait comment elle pouvait subvertir les apparences. Dans cette nouvelle exposition « Paysages / Extérieur – Nuit » elle pousse plus loin son expérience. Le paysage est non seulement malmené par effet de surface mais comme par en dessous. Le noir d’ombre est soulevé afin de laisser suinter les couleurs, leurs masses. Elles et eux créent des paysages intenses. En des jeux savamment orchestrés M-A Schatt crée des bruissements visuels de l’ordre du caché.

Une nouvelle fois ses toiles se lisent sur plusieurs pans, à perte de vue. Elles demeurent insaisissables, il n’y a pas de terme à leur mouvement en un ordre aussi contrôlé que luxuriant. Toute une machinerie de flux fonctionne. La puissance de la couleur piège le regard là où quelque chose d’inépuisable transparaît. Le regard devient abyssal entre ce qui se laisse voir et ce qui ne veut pas jaillir mais que l’artiste force à percer.
Le spectateur est enrobé, possédé et dépossédé. Ici, afin de le piéger, M-A. Schatt a travaillé ses peintures à partir de préparations noires. Il s’agit pour l’artiste de peindre à l’inverse de son travail habituel, où les fonds étaient préparés dans un blanc éclatant. Elle expérimente aussi deux logiques : celle de la carte et celle du calque. La première joue de l’opacité, de l’étendue, de l’horizontalité (les peintures sur toile). L’artiste cartographie les lieux environnants par des peintures sombres, horizontales, denses, ainsi que dans ses photographies et dans la suite de dessins « Noir d’y voir » (encre de Chine et gouache). Avec le calque elle s’imprègne des lieux - étangs, sources - par un jeu de transparences, de superpositions, de verticalité, de reflets.

Ce support lui permet de jouer de la transparence, de la fluidité. Une série de photographies argentiques noir et blanc lui permet aussi de juxtaposer deux photos d’un même lieu afin d’en saisir les vibrations que l’on retrouve dans la série de dessins sur papier millimétré. Il s’agit l’immobile dans la mobilité, le mobile dans l’immobilité. La lisibilité du paysage annoncée n’est que feinte car les couleurs dans leurs agencements créer non " du " réel mais des jeux entre le subtil et le criard, l’arrogant et le secret.

Un maillage circonscrit une zone d’abandons mais aussi de relevailles. L’artiste ne cherche aucune dramatisation pourtant l’épaisseur des couleurs vient secouer le paysage. S’y mêlent la rigidité longiligne mais aussi les verticales des structures. Cela crée des paysages presque « borderland ». Ils échappent à toute localisation précise et donnent une sorte d’éternité à cet éphémère soudain figé.

Limites, frontières, indices ou encore «  frustrations », les contours du réel tel que les esquisse M-A Schatt marquent un seuil de prolifération. Les œuvres restent des diaphragmes de transgression dans lesquels les codes cassent par tramages d’intensité visuelle. Aux lois de représentation se superpose la théâtralité de la matière même de la peinture, de sa puissance d’élargissement et d’étirement du monde en dehors du propre sujet qu’elle est sensée représenter. Le paysage se développe en éventail comme en fronce. En bruissage et tessiture. Il y a là des présages d’ombres qui incarnent la fêlure mais il existe aussi des puits de lumière où l’imaginaire vagabonde. Soudain la raison ploie sous des manteaux de vision.

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