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Plateau - Franck Bouysse
jeudi 21 mars 2019 par penvins

Une culpabilité sans identité.

Le plateau, un lieu auquel l’homme ne peut imprimer sa marque. Dit autrement ce pourrait être un lieu où quoi qu’il fasse l’homme ne peut être tenu pour responsable. Et pourtant "La Voix" le poursuit dont il cherche à se défaire… pour que Virgile autorise Georges – meurtrier malgré lui - à aimer Cory.

Franck Bouysse construit un récit policier à travers plusieurs générations que traverse un profond sentiment de culpabilité, celui de Karl bien sûr, dont les poings ont tué il y a vingt-cinq ans quand La Voix lui avait affirmé que quelqu’un devait payer. Sans doute était-ce déjà là une façon de se défaire d’un comportement culpabilisant. La rédemption ne peut se concevoir que par la mort de Karl.

Mais la culpabilité c’est aussi celle qui poursuit Georges :
Une lucidité viscérale l’a toujours préservé de toute forme de bonheur. La conscience aiguë de l’ampleur de ses tares affectives, son incapacité à se débarrasser d’une culpabilité sans identité.

Celle également de Virgile l’oncle de Georges, culpabilité vis-à-vis de sa femme qu’il a euthanasiée sans lui-même se donner la mort, et aussi vis à vis de son neveu :
Il repense […] au déroulement tragique de l’histoire de sa famille, à sa faute aussi, de n’avoir jamais rien fait pour en modifier le cours.

De cette culpabilité il ne pourra se défaire qu’en libérant son neveu de devoir servir cette terre qu’il ne veut pas servir – la terre c’est bien sûr ce dont l’homme ne peut être tenu pour responsable, c’est aussi évidemment l’héritage familial auquel le romancier donne une figure monétaire, celle d’une appropriation illégitime d’un trésor de la Résistance. Le flacon de strychnine libérera-t-il définitivement Virgile de cette culpabilité familiale ?

La faute est partagée par Virgile avec son propre père
Si un de vous partait à cause de ce que j’ai fait dans le passé, ce serait la pire des choses… ma pire défaite.
[…]
Les seuls [mots] qui lui revinrent lorsqu’il l’accompagna au cimetière, le ventre dévoré d’une culpabilité sans bornes.

L’évocation du trisaïeul de Virgile guérisseur dont on attendait qu’il guérisse du mal l’enfant de l’étranger et qui s’est déclaré incompétent renforce bien entendu cet ancrage familial de la faute :

Le guérisseur était doublement coupable puisqu’il s’était enfui.
[…]
Le curé de l’époque a même pas voulu (sic) qu’il soit enterré au cimetière avec ses ancêtres, des fois qu’il contamine le reste du troupeau.

Où l’on comprend que sur le Plateau que Georges aurait bien voulu quitté pour vivre ce qu’il voulait vivre :

J’en sais rien, peut-être instituteur, quelque chose comme ça. dit-il à Cory

le poids du passé dont chacun cherche à se défaire est insupportable.

Alors, la culpabilité diffuse que chacun traîne sous ses pieds explique peut-être paradoxalement cet attachement à une terre à propos de laquelle il importe de préciser que :

[…] la faune et la flore croissaient et disparaissaient, totalement indifférentes à l’être humain et à sa volonté (Ken Kesey)

comme il est dit en exergue.



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