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Robert Giroux - Doublures
jeudi 14 mars 2019 par Fulvio Caccia

collection T- Poésie. Montréal 2019, Editions Triptyque, 70 P.

Doublures constitue le seizième recueil de Robert Giroux . On y retrouve la plupart des thèmes de l’auteur (le dépit amoureux, les blessures de l’enfance, les deuils de la vie ...) mais pacifiés, amplifiés par la sagesse que procure le temps qui passe. Le rythme s’arrondit, prend ses aises et ancre les images à point nommé dans le vers. Un exemple parmi d’autres :
"Apprendre à naître /Solidaire parmi les grands arbres /Debout/
Apprendre à arpenter sans vertige/Le sous bois de l’âge "
C’est bien à une naissance ou plutôt à une renaissance à laquelle nous invite l’auteur qui, pour se faire, va partager le recueil en deux sections d’égale longueur. La première , intitulée "haleine amène " renvoie à cette aménité qui entretient la proximité avec la mémoire et le désir. Ce désir, l’auteur lui donne la forme d’un coup de dés." Prudemment il lance les dés /où pourrait -il poser sa tête si le corps exulte
La référence à Mallarmé ici n’est pas innocente car Giroux, qui a consacra sa thèse de doctorat à l’auteur de L’Après-midi d’un faune , sait bien ce que l’acte d’écrire comme le hasard, nous donne à voir l’autre vie : celle, si familière, que nous n’avons pas vécue, et qui apparaît, brusquement au moment où l’on s’approche de l’âge qui va. Je ne peux m’empêcher de penser au film crépusculaire de Jean-Piere Bonan et Andréas Becker, dédié à l’écrivain Julien Cendres que je suis allé voir au moment même où je lisais « Doublures ». Un même vibration, une semblable correspondance nostalgique relie ces deux évocations séparées par l’espace. Mais la nostalgie est plus offensive, plus violente chez Giroux. Il la convoque pour lui faire rendre gorge, pour lui faire cracher ce secret, "ce malaise" dont il ne "parlera plus jamais". Promesse de gascon ! Car il ne fera que cela ! En parler pour l’exorciser. Qui en souffre vraiment ? Qui est le double, la doublure de qui ? Au cinéma, la doublure c’est le cascadeur qui prend les risques à la place de l’acteur.
Est-ce Robert Giroux, professeur émérite, éditeur, auteur, essayiste et notable des lettres québécoises qui prend les risques ou l’autre qui porte le même nom, lui ressemblant comme un frère au point de mettre ses pas dans les siens mais qui bifurque déjà, disparaît en le laissant amer et désemparé. "Comme un signal discret et avant-coureur/ du plongeon ou de l’explosion de je ne sais/plus marcher vers toi"
Dans Accompagnement, le plus célèbre de ses poèmes, le poète québécois Saint-Denys-Garneau évoquait déjà cette dissonance contenue dans l’âme humaine. L’argentin Borges la dépeignit à son tour dans un texte plus méditatif intitulé "El Hacedor ". Ce double qui aurait pu devenir moi est un thème récurrent dans la littérature. Pourquoi ? Parce qu’il est la conscience par laquelle l’écriture se met en mouvement pour couvrir la fêlure originelle. C’est ce manque rédhibitoire qu’ à son tour veut pallier l’auteur de « Doublure » en convoquant l’ange du hasard. Que lui veut-il sinon l’exhorter à lui dire une fois pour toute sa nécessité afin qu’il l’arrache aux basses contingences de la vie et lui rende sa liberté. C’est alors que l’ange lui dévoile sa vraie nature : le désir. C’est le désir qui donne des ailes à l’incarnation comme l’illustre le beau film homonyme de Wim Wenders projeté au lendemain de la mort de Bruno Ganz, son acteur-fétiche.
Cette incarnation ne peut s’accomplir que lorsque on s’abandonne à son destin au point de l’aimer. Ah ! L’amour… Les Romains appelaient amor fati le consentement à notre destin qui se transforme en destinée. Est-ce un hasard s’il prend les traits d’une femme ?
La seconde partie « haleine amère », nous restitue la complexité plurielle avec ses ramifications, ses échecs, ses sentiments troubles ... Cette abondance buissonnante qui s’ouvre au monde est la suite logique de ce moment introspectif. L’amertume, c’est le deuil devenu rémission. L’haleine, c’est toujours le souffle de la vie qui a digéré ses défaites . Est-ce une coïncidence si le dernier poème est consacré à Haïti , ce pays tant de fois meurtri ? Tendons l’oreille." Miser sur les jeux fous delà langue et parler/les Haïtiens l’ont appris depuis toujours/Ils parlent d’abondance/ il faut les écouter// entrer dans la danse/ sortir de ce que nous sommes (tous) /et bondir".
À bon entendeur, salut !

Fulvio Caccia



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