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Marlene Dumas - D. van den Boogerd, B. Bloom et M. Casadio
jeudi 26 janvier 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

MARLENE DUMAS : JEUX DE DAMES.

« Marlene Dumas » par Dominic van den Boogerd, Barbara Bloom et Mariuccia Casadio, Phaïdon, Paris.

Chez Marlène Dumas la sublimation de la clarté travaille toujours à partir de la perte. Et la femme devient dans ce dispositif un lien interstitiel. Ses images se collent imaginairement entre elles pour introduire du leurre dans et de la jouissance. On peut donc parler à propos de l’artiste d’un imaginaire de lumière capable de nouvelles conjonctions que le spectateur peut reconstruire à son profit à travers des jeux de trames et de dames. Se retrouve une unité perdue et essentielle.

L’artiste est devenue en peu d’années une star de l’art contemporain. Malgré son nom aux assonances françaises la créatrice Afrikaander est née au Cap où elle est restée jusqu’à 23 ans date de son départ pour la Hollande. Longtemps elle s’est rêvée descendante de l’auteur des « Trois Mousquetaires » et du « Masque de fer ». Mais selon ses propos elle ne sait même pas si ses ancêtres étaient « des huguenots réfugiés religieux ou des criminels de droit commun »…

La France l’a toutefois très tôt reconnue. Ses dessins furent exposés au centre Pompidou en 2001. Et sa carrière décolle. Née en 1953 ses souvenirs d’enfance et d’adolescence sont imprégnés de l’atmosphère de l’apartheid. Ses toiles aussi d’autant que leur créatrice déclare n’avoir pu exprimer lors de cette époque toute sa honte et sa culpabilité sans doute exacerbée par une éducation protestante des plus sévères.

Adepte de la représentation humaine elle brise le tabou qui pesait sur elle dans une série de dessins créés en 1991-1992 qu’elle intitule « dessins noirs ». Pour la première fois l’artiste représente des figures blacks exécutées à l’aquarelle noire. Chaque visage est placé dans la case d’une immense grille afin de poser sans autre forme de procès le problème de l’identité.

L’œuvre demeure encore aujourd’hui très proche des racines de l’artiste. Elle éprouva longtemps une véritable nostalgie pour l’Afrique du Sud. Et la ségrégation qui y existait excite et nourrit son goût de la provocation et du risque dans les thématiques qu’elle aborde ainsi que dans la manière de les traiter.

Le thème du voyeurisme est par exemple renversé dans le tableau « Le visiteur » (2009). De superbes créatures plutôt dénudées, mains dans le dos et en posture d’attente, regardent une porte ouverte par laquelle ce visiteur pourrait entrer. Ainsi les femmes qui pourraient être les employées d’un bordel deviennent les nouvelles versions d’un « attendant Godot » décalé.

Marlene Dumas n’hésite pas non plus à aborder des thèmes politiques. Son exposition de New York à la galerie « David Swirner » (2010) intitulée « Against the wall » traite du mur construit par les Israéliens afin de séparer le pays des territoires palestiniens. Elle y illustre une autre manière d’envisager une autre forme d’apartheid.

Dans un style défini avec raison comme « expressionniste conceptuel » elle utilise uniquement la « peinture-peinture » de manière puissante et primitive faite de couleurs fortes et puissamment contrastées. Marlene Dumas y évoque autant les races mais surtout les sexes. Femmes ou hommes nus sont présentés dans des situations ouvertement sexuelles.

L’ancienne petite fille sage, blanche et ancrée dans la religion a donc trouvé par son art un moyen de secouer son cocotier ainsi que ceux de nos sociétés à la morale aussi tonitruante qu’hypocrite. Chacune de ses toiles se veut une insurrection et un coup porté au trop bien et au trop vite pensé. À ce titre elle se veut une éveilleuse de conscience. La provocation demeure son fer de lance.

Les images déviées (« obtuses » dirait Didi-Huberman) de l’artiste sont donc essentielles. Elles introduisent de paradoxaux effets de réel dans le corps perceptif du spectateur. On peut ainsi parler à propos des œuvres de « disapparition ». Leur écriture iconographique fait que l’univers tel qu’il nous est donné à voir et à lire se met à "inconsister", à s’absenter. Le système signifiant de l’Afrikaander transforme l’univers de la représentation traditionnelle en une marge ou un hors-lieu.

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