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FOUA Ernest De Saint Sauveur
mardi 14 novembre 2017 par Abdelali Najah

FOUA Ernest De Saint Sauveur : « La littérature africaine est moins lumineuse que par le passé. »

Notre aventure africaine continue, avec une icône de la littérature ivoirienne, en l’occurrence l’écrivain FOUA Ernest De Saint Sauveur, qui nous offre un voyage, dans cet entretien, dans les sentiers pittoresques et typiques d’une culture marquée par l’embrasure du temps, mais qui clame, comme à l’accoutumée, son originalité et sa différence.

Présentation :

Je suis FOUA Ernest De Saint Sauveur, écrivain ivoirien. Je suis né, il y a 63 ans, à Alépé, une petite ville située à quelques encablures d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire. Mes parents sont, tous les deux, Ivoiriens, mais d’ethnies différentes. Mon père est Gouro et ma mère, elle, Bété ; deux des 60 ethnies du pays ; cependant de la même région du Quadrilatère ivoirien : le centre-ouest.

J’insiste sur ces aspects de mon identité, à dessein. Car, cela fait de moi, en quelque sorte, un « métis » ivoirien. Et je crois que, mon ancrage dans les valeurs fortes du métissage et du brassage, de l’ouverture au monde, vient de là. Du reste, mon père était un gendarme de son état, qui a élevé et scolarisé nombre d’enfants d’autrui : parents, amis ou connaissances. Des jeunes gens ou des jeunes filles, qu’à la maison, nous ses enfants biologiques, avions toujours regardé comme nos frères et sœurs.
J’ai passé une trentaine d’années de ma vie à former de jeunes consciences, d’abord en tant qu’instituteur ordinaire (4 ans) puis professeur des CAFOP (centres pédagogiques, chargés de la formation des instituteurs et institutrices, en Côte d’Ivoire). C’est en 2004 que j’ai fait valoir mes droits à la retraite, de la Fonction publique ivoirienne. Depuis, j’ai produit et animé des émissions littéraires et culturelles, sur ONUCI FM, la radio des Nations Unies en Côte d’Ivoire ; et je me consacre exclusivement à mes deux passions : l’écriture et le journalisme.


Mon histoire avec l’écriture :

Mon histoire avec l’écriture commence, sans grande originalité, sur les bancs de l’école. Au primaire d’abord, où je me distinguais de mes camarades de classe par une passion pour la lecture et toutes les matières pédagogiques en rapport avec la langue française : orthographe, vocabulaire, conjugaison, rédaction de textes, etc. Je me souviens, par exemple, que, jeune écolier studieux et appliqué, je tenais déjà, dès le Cours Elémentaire, un carnet où je notais les nouveaux mots que je découvrais, ainsi que leurs définitions.
Cette passion ne s’est pas émoussée, quand je suis allé au Collège. Au contraire, elle s’est raffermie. Et ce, d’autant que, dès la classe de 6ème, nous avions eu le grand avantage d’être pris en charge par un professeur de français, Monsieur Fernand Siméoni, d’origine corse, qui était, lui-même, un féru de lecture. Il a inscrit d’autorité toute notre classe de la 6ème4 à la bibliothèque municipale de Treichville, le quartier qui abritait notre établissement, le Collège d’Orientation de Treichville, à Abidjan. Avec l’obligation, pour chacun de nous, de lire au moins trois ouvrages par mois et d’en faire les résumés, par écrit. Ceux-ci étaient lus publiquement. J’étais à mon affaire, faut-il le dire ; moi qui lisais tout ce qui me tombait sous la main (bandes dessinées, périodiques, photoromans, dictionnaires, etc.) ; aidé en cela par une introversion naturelle qui me tenait, le plus souvent, à l’écart des autres.

Cette inclinaison m’a poussé, je dirais naturellement, à vouloir imiter les auteurs que je lisais ; c’est-à-dire, à écrire. Ainsi ai-je commencé par ce qui me semblait le plus aisé : de petits poèmes à rimes, que je gardais pour moi. Avec le temps, je suis passé à des textes plus consistants, des narrations.
Ma bibliographie et le résumé de mes livres :
Ma bibliographie comprend une demi-douzaine d’ouvrages de genres divers : romans, nouvelles, chroniques… En voici la déclinaison détaillée :

1. Le Joker de Dieu (Roman, Editions CEDA, 1986)
2. Le sentier des rêves maudits (Roman, Editions CEDA, 1998)
3. Prison d’en France (Nouvelles, Cercle Editions, 2007)
4. Des paroles de Côte d’Ivoire pour Haïti (Collectif, NEI-CEDA, 2010)
5. Echos de la République du Zouglou (Chroniques, Editions Balafons, 2012)
6. Les Matins Orphelins (Roman, Editions Saint Sauveur, 2014)


Résumé par ouvrage :

Le Joker de Dieu  : Met en scène un jeune instituteur, Serge Tolley, qui, obsédé par la disparition de sa mère, alors qu’il n’était âgé que de trois ans, croit pouvoir communiquer avec elle, par le moyen des sciences occultes…


Le sentier des rêves maudits :
Fuyant une autorité parentale, par lui jugée aliénante, Trato Sémi, jeune paysan robuste, va émigrer en ville. Là-bas, pense-t-il, nul ne pourra le séparer de Katey, jeune fille accorte qu’il s’est choisie pour fiancée, hors l’avis de son père qui taxe celle-ci d’être le fruit d’une mère sorcière, et s’oppose à leurs fiançailles.

Mais en ville, l’espoir et le bonheur peuvent-ils luire sous le toit de ce couple de bannis ; et ce, d’autant plus que l’homme appartient à une lignée qui est déjà sous le coup d’une lointaine malédiction ancestrale ?


Prison d’en France :
Ce recueils comprend trois nouvelles (Prison d’en France ; Mon adorable sphinx ; et A l’enseigne du Père François Brousse). Il campe des thématiques liées à l’immigration ; au désir aigu du mariage, chez une jeune fille bien sous tous rapports ; et aux aléas résultant d’un cousinage handicapant.

Des paroles de Côte d’Ivoire pour Haïti : Ouvrage collectif de soutien des écrivains et artistes ivoiriens, au peuple haïtien frappé par le catastrophique séisme de 2010.


Echos de la République du Zouglou :
Recueil des chroniques que j’ai signées, entre 2002 et 2010, dans le quotidien 24 Heures ; et se rapportant à l’actualité socio-politique tourmentée que mon pays a connue, hier.

Les Matins Orphelins : La vie d’un couple mixte d’Africains, d’abord harmonieuse et sereine. Qui se délite, par la suite, quand la routine gagne et surtout quand, une guerre stupide, née sur un stade de football, confronte les pays respectifs de nos deux tourtereaux.

L’écriture et l’engagement, chez moi, et mon dévouement à la chose politique ivoirienne :

On parle d’écrivain engagé quand, chez cet écrivain, on note une posture de réflexion aux antipodes du discours politique officiel, une plume acerbe et critique vis-à-vis de l’Autorité. En somme, on dit qu’un écrivain est engagé, dès lors que celui-ci dénonce, avec verdeur, les inégalités et injustices sociales, les effets et conséquences de la mal-gouvernance des politiques.
Moi, je ne me suis jamais posé la question de savoir si je devais me positionner comme un écrivain engagé ou pas. Car je considère que cela va de soi, en tant que je suis un être humain vivant, citoyen et membre d’une communauté nationale pour le progrès de laquelle je me reconnais une responsabilité. C’est dire que je ne m’impose aucun corset, aucun tabou, à l’heure de débattre des sujets d’intérêt général, impactant la paix, la cohésion sociale, la qualité de l’environnement, le vivre ensemble, le progrès et le bien-être de la collectivité.

Je dis souvent que je suis devenu journaliste, par acquit de conscience. C’est-à-dire qu’il fut un moment, dans mon pays, la Côte d’Ivoire, où, devant le péril du concept de « l’ivoirité », brandit par des politiques, dans un dessein de discrimination, au sein des populations, je ne pouvais plus me tenir dans le silence ou la complaisance complice. Je me suis alors jeté dans la dénonciation et le combat en faveur de la diversité et du brassage ; en faveur de l’unité de la nation ivoirienne. « Echos de la République du Zouglou », le recueil des chroniques que je signais, d’une semaine à l’autre, entre 2000 et 2010, au journal indépendant 24 Heures, est illustratif de ce combat et de cet engagement.

En ce temps-là, le régime au pouvoir du président Laurent Gbagbo, comme l’histoire l’a retenu, supportait très mal qu’on le critiquât, au sujet de sa politique de l’ivoirité ; concept discriminant créé par le successeur de Félix Houphouët-Boigny, Henri Konan Bédié, et que le FPI avait repris à son compte, allant plus loin que le parti doyen de la Côte d’Ivoire, dans l’application de ce principe diviseur. Ceux (de la presse ou des citoyens ordinaires) qui le faisaient, risquaient de voir à leurs trousses les « escadrons de la mort » du régime de la Refondation. Mais cela ne m’a pas empêché d’exercer, à travers mes chroniques en déphasage avec le discours officiel, la libre expression de ma conscience de citoyen et de patriote.


Panorama de la littérature ivoirienne :

La littérature ivoirienne est très dynamique et féconde. Elle a été flamboyante, dans les 20 ou 30 années qui ont suivi l’indépendance, en 1960, avec une génération exceptionnelle d’écrivains dont les noms s’inscrivent, en lettres d’or, dans les registres de la littérature africaine, voire mondiale : Bernard Binlin Dadié, Aké Loba, François Joseph Amon d’Aby, Maurice Anoma Kanié, Ahmadou Kourouma, Jean Marie Adiaffi, Charles Nokan, Bernard Zadi Zaourou, Jeanne De Cavally, Georges Niangoran Bouah, Amadou Koné, Joachim Bohui Dally, Tanella Boni. A partir de 1990, une autre génération va s’illustrer, avec des noms comme Véronique Tadjo, Frédéric Grah Mel, Maurice Bandaman, Wêrêwêrê Liking, Fatou Kéita, Kwaoulé Koffi, Tiburce Koffi, Venance Konan, Regina Yaou, Foua Ernest De Saint Sauveur, Josué Guébo, Flore Hazoumé, Gina Dick, Camara Nangala et autres Isaïe Biton Koulibaly.
A titre d’illustration de la vitalité de cette littérature ivoirienne, sept de nos compatriotes ont décroché la timbale de la reconnaissance suprême, au niveau des lettres africaines ; je veux parler du Grand Prix Littéraire d’Afrique Noire. Il s’agit de : Aké Loba, Bernad B. Dadié, Jean-Marie Adiaffi, Ahmadou Kourouma, Maurice Bandaman, Véronique Tadjo, et Venance Konan.
Aujourd’hui, dans ces années 2000, la littérature ivoirienne connaît une sorte d’essoufflement. Les générations actuelles cherchent, pourrait-on dire, leurs marques. Mais la force et la vitalité que l’on observe, au niveau de l’industrie du livre en Côte d’Ivoire, ces dix dernières années, l’aideront sûrement à faire émerger des créateurs de référence. Des pépites, en son sein, promettent de briller avec un éclat certain, demain ; au nombre desquelles, on citera : la conteuse Michelle Tanon Lora ; le poète Marshall Cédric Kissy ; les romanciers et nouvellistes François d’Assise N’Dah, Inza Bamba, Aïcha Yatabary, Fatou Fanny Cissé ; le romancier et critique littéraire Macaire Etty (actuel président de l’Association des Ecrivains de Côte d’Ivoire).


La littérature africaine d’hier et d’aujourd’hui :

Je pourrais parler de la littérature africaine, sensiblement, dans les mêmes termes que j’ai parlé, tantôt, de la littérature ivoirienne. Dans les années 40 et celles de la lutte émancipatrice (1950-1960) ainsi que dans les proches décennies qui ont suivi les indépendances en Afrique, cette littérature a donné au continent et au monde des monstres sacrés de la création littéraire. D’Alger au Cap, de Dakar à Antanarive, de grands noms ont illuminé le ciel des lettres africaines et même mondiales. L’exercice serait fastidieux, si l’on le voulait exhaustif, mais c’est presque, d’un pays à l’autre du continent, qu’émergeait les figures illustres de cette littérature. Juste pour le plaisir, l’on s’amuserait au petit recensement suivant : Algérie (Kateb Yacine, Mouloud Feraoun, Yasmina Khadra, Mohamed Dib) ; Tunisie (Albert Memmi, Habib Boulares) ; Maroc (Mohamed Khaïr Eddine, Driss Chraïbi, Tahar Ben Jelloun) ; Sénégal (Birago Diop, David Diop, Malick Fall, Léopold Sedar Senghor, Cheick Hamidou Kane, Aminata Sow Fall) ; Guinée (Camara Laye, William Sassine, Alioum Fantouré, Tierno Monénembo) ; Mali (Yambo Ouloguem, Massa Makan Diabaté, Amadou Hampâte Bâ, Seydou Badian) ; Burkina (Joseph Ki-Zerbo, Nazi Boni, Frédéric Pacéré Titinga) ; Bénin (Olympe Bhêly-Quenum, Jean Pliya, Paulin Hountondji, Florent Couao Zotti) ; Nigeria (Chinua Achebe, Wole Soyinka, Amos Tutuola) ; Cameroun (Ferdinand Oyono, Mongo Beti, Francis Bebey, Calixte Beyala) ; Congo (Sony Labou Tansi, Tchikaya U Tamsi, Henri Lopes, Alain Mabanckou, Sylvain Bemba, Emmanuel Dongala) ; Kenya (Ngugi Wa Thion O) ; Afrique du Sud (Alan Paton, André Brink, Breyten Breytenbach, Nadine Gordimer) ; Madagascar (Jean-Joseph Rabearivelo, Jacques Rabemananjara, ). Et ainsi de suite.

Aujourd’hui, je veux dire dans ces années 2000, la littérature africaine est moins lumineuse que par le passé. Le temps des grands « classiques », semble derrière nous. En fait, j’ai le sentiment, moi, que cette littérature ou du moins sa représentativité, s’est déportée à l’extérieur du continent, dans la diaspora africaine. Sans atteindre, au vrai, la hauteur des « Seigneurs » des belles lettres africaines d’hier. De nos jours, c’est l’Occident, me semble-t-il, qui donne le tempo des valeurs littéraires africaines, qu’il est seyant de reconnaître et d’encenser. Les nombreux prix littéraires étrangers, qui tiennent leur prestige davantage à une surmédiatisation qu’à une garantie d’excellence, ont contribué fortement à valider cette tendance. C’est le lieu, pour moi, de rendre ici, un hommage vibrant à l’initiative du Prix Ivoire de l’Association ivoirienne Akwaba Culture, qui ; de l’intérieur du continent, œuvre, depuis une dizaine d’années, à redimensionner la littérature africaine. Même si son projet s’étend, il est vrai, à la diaspora, puisqu’il cible la littérature africaine d’expression francophone.

Ce que représente la littérature, pour moi :

Pour moi, la littérature, c’est d’abord, d’un point de vue général, un vecteur de connaissance. En ce sens qu’elle permet aux hommes, d’acquérir des connaissances ; aux peuples de se connaître et de se découvrir, des différents pôles de l’univers, puis de connaître leur environnement.
Sur le plan personnel, la littérature c’est mon oxygène ; ce par quoi ma vie acquiert de l’amplitude, une qualité d’accomplissement. C’est le talent que j’ai reçu en héritage du Ciel, pour donner du sens, de la valeur et de l’exemplarité à mon existence terrestre. La littérature m’a permis d’avoir une vision affinée de ma responsabilité, dans la marche de la collectivité humaine.

Pour conclure :

Je voudrais vous remercier, personnellement, cher confrère Abdelali Najah, pour l’intérêt que vous accordez à ma personne et à mon agir littéraire. Je voudrais saluer chaleureusement vos lecteurs et présenter, à tous les artistes et créateurs du Maroc, le gage de ma fraternelle considération.

FOUA Ernest De Saint Sauveur, Ecrivain, Journaliste et Editeur
Ancien Président de l’Association des Ecrivains de Côte d’Ivoire
Promoteur du magazine culturel, ZAOULI

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