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Chrystèle Lerisse, Transcender l’absence - Jérôme Felin
vendredi 13 janvier 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

LE PAYSAGE SELON CHRYSTELE LERISSE

Jérôme Felin, « Chrystèle Lerisse, Transcender l’absence », Editions Trans Photographic Press, Paris.

Des oeuvres de Chrystèle Lerisse émerge une rêverie architecturale. Ce travail fait passer d’un univers surchargé d’images à celui d’un effacement dont Jérôme Felin donne une analyse des plus pertinentes. Il précise comment cette approche crée l’impression que le temps se défait. On ne peut que penser à Beckett et à sa phrase "vivre est errer seul vivant au fond d’un instant sans bornes ". Car ne restent que des "indices" d’un monde en disparition. Il devient le sujet dépouillé des photographies de l’artiste, leurs marges d’un presque obscur qui la situe parmi les grands photographes du temps.

Il en va de la vue, il en va de la vie. Perdurent des zones, des seuils et quelques gradients le plus souvent minéraux. Mais une puissante vitalité les soulève. La photographie de paysage est démonté puis remonté. Pans, segments et lignes "floutées" brouillent les pistes. Dans ces conditions, au sein même d’une forme de négation du réel, surgit une inévitable présence au sein même de l’extinction. L’artiste la rend sensible. Elle devient la doctoresse des lieux de passage et des choses d’oubli. Demeurent un nécessaire écart et le sentiment d’un espace ouvert. Mais ils orientent vers on ne sait quel abîme et vers quelle faille sinon et surtout vers le désir de la vie malgré tout. Elle insiste, on la sent elle est là. Même sous les paupières on la voit.

Surgit un inconnu à entendre au neutre. Il n’a donc strictement rien à voir avec un deus incognitus, avec la possibilité d’un Dieu même lointain. Pour toucher à cette absence, à cet inconnu, il convient d’épuiser les possibilités de l’image, de dépeupler le monde. La photographe appartient en conséquence à ces créateurs du déchirement qui portent le vide au milieu des choses. L’Imaginaire ne cesse d’émerger et de s’actualiser au prix de la mort des images. La disparition représente le paradoxe d’un Imaginaire capable de tout montrer puisque tout montrer revient à signifier la dissolution des graisses qui si souvent lardent l’image. Il se met au service d’une révélation paradoxale.

Détruisant les images clichés rassurantes et protectrices, Chrystèle Lerisse remet en question une vision trop "innocente" de l’être et du monde. Elle affirme un écart, une vision "en négatif" capable de suggérer l’incertitude de l’être. L’oeuvre –L’œuvre - comme le critique le souligne - se rapproche d’une immense nuit où une insomniaque rêveuse veille. L’entreprise devient un appel à l’absence, au désoeuvrementdésœuvrement cher à Blanchot. L’Imaginaire n’invente plus le monde. Il fait mieux : il le déborde, le divise. N’émerge qu’une « musique » liée à la désolation, à la misère existentielle. Toutefois, refusant le pathétique grave, Chrystèle Lerisse préfère une vision "à blanc" afin de suggérer ce secret de l’existence.

Les lieux sont retournés, déterritorialisés. L’épaisseur prétendue et apparente du réel est soustraite à la représentation et au simple jeu de miroirs. En surgit une musique d’un inframonde. Et si Chrystèle Lerisse n’avait pas été artiste plasticienne elle aurait sans doute créé de la musique – « le plus abstrait des arts » selon Schopenhauer. Pour elle le réel comme l’image apparaissent comme des voiles qu’il faut déchirer afin d’atteindre les choses (ou le néant) qui se trouvent derrière. Étant donné qu’elle ne peut éliminer le langage visuel d’un seul coup, elle ne néglige rien de ce qui peut contribuer à le discréditer. Elle y fore des trous, l’un après l’autre, jusqu’au moment où ce qui est caché se mette à suinter. Il est impossible d’envisager un idéal plus grand pour un(e) photographe du paysage d’aujourd’hui.

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