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Mémoire de l’imaginaire - Patrick Le Divenah
mardi 10 janvier 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

PATRICK LE DIVENAH : ENQUETES

Patrick Le Divenah, "Mémoire de l’imaginaire - Fragments", coll. Trace(s), Passage d’Encres, Romainville, 62 pages, 17 Euros.

Sans doute les réflexions sur l’image sont-elles de plus en plus difficiles. Elles sont de plus en plus, pas forcément parlantes, mais bavardes et bavantes dans leurs processus d’imitation et d’édulcoration. C’est par ailleurs une expérience si banale qu’on finit par oublier leur existence… L’intensité imageante échappe au raisonnement. Elle s’opère selon des suites ininterrompues de brèves rencontres, de flirts multiples et anodins. Nul gêne de rester avec elle, nous leur faussons vite compagnie sans comprendre qu’elles nous ont déjà saisis, accaparés.

Par chance Patrick le Divenah transforme tout ce qu’il touche en médiation. Associant le mot et l’image il s’approche de la verticale même si, forcément, le texte appelle la verticale. Ses textes construisent un réseau au-dessus de cet abîme ouvert par les images du monde qu’il réuni dans des assemblages aussi logiques qu’intempestifs. Parfois ses textes restent béants sur les interrogations qu’ils ouvrent (à propos - mais ce n’est qu’un exemple - les sondages et leur "dépendance"). Parfois ils créent la transparence de la transparence. Si bien que la lecture de notre monde le fait ressembler à une planète plus étrange qu’il n’y paraît.

Traquant l’imaginaire pré-formaté qui vient hanter, son langage délivre du sommeil. Les images sont prises aux mots et ceux de l’écrivain prouvent comment elles ne cessent de répéter la même antienne. Le Divenah en devient le narrateur fou. Il en ouvre les guillemets où souvent le spectateur ne fait que patienter. Le subjectif des images en leur aspect muet est mis en mouvement. L’auteur devient le narrateur de leur immobilité et de leur "photo-génie". Ses mots deviennent une autre forme de leur fixation, ils sont un écran bien plus fort que l’œil nu. Ils créent un arrêt, une cristallisation de la pensée.

Le Divenah met à mal dans sa poétique de l’espace leur pulsion archaïque, leur absurdité rationnelle, leur sexualité sans amour, leur amour sans sexualité. Le poète exprime comment l’image vampirise toute autre forme d’attachement et comment devant elle l’imagination cède. A sa manière l’auteur reprend la formule de Beckett " Imaginations mortes imaginez encore". Pour cet acte inespéré l’auteur donne la marche à suivre afin que l’image ne se jette pas sur notre imaginaire comme une affamée. A mesure que les pages se succèdent le lecteur se sent délier et sort de ce qui l’immerge pour que renaissent des visages croisés pour entrer dans le même monde qu’elle mais selon d’autres modalités.

Le Divenah apprend à ne plus suivre les ordres de la bienséance des picots et de la soie de l’imagerie marchande. Il appelle à la lucidité afin que l’émotion revienne. Il convient donc de savoir dénuder images et idées reçues pour la recevoir. Toujours en veille elle guettait le signal de cette "Mémoire de l’imaginaire". Le poète parle donc nos "choses vues" pour qu’elles ne soient plus ces fantômes autour desquels s’enroulent la volupté interlope et la fausse intimité. De ce magma de lumières et d’ombres d’où nous viennent nos embryons de percepts il montre la vastitude et la vacuité afin que nous cultivions en nous la part qui est restée "sauvage", la matière primaire de nos pensées, la laisser vivre, ne plus la bloquer. Il y a là un exercice de style, d’intelligence et de sensibilité.

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