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Une vie meilleure - Cédric Kahn
lundi 9 janvier 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

CEDRIC KAHN : CONSTRUIRE SA VIE

Avec son huitième film « Une vie meilleure » Kahn s’intéresse à un homme (Guillaume Canet) qui cherche à changer de vie. Au départ du film il y a (ou il y avait) un roman « Pour une vie plus douce » de Routier. Mais le film a dérivé vers un autre projet moins basé sur l’argent et plus vers la liberté.

Après « Feu Rouge », « Roberto Zucco », « L’Ennui » ou « Regrets », Kahn reste toujours à la recherche d’une intensité dramatique. Certes son cinéma n’atteint pas encore des sommets. Pour autant il est intéressant car chaque film est différent. Pialat n’est pas en rien dans l’œuvre du cinéaste, ses choix, sa liberté. Cette rencontre lui permit de découvrir un réalisme fort, la puissance des corps : on les retrouve chez lui même s’ils n’atteignent pas l’exacerbation attendue.

Toujours aidé d’un scénariste, le réalisateur présente ici une rencontre entre un cuistot et une serveuse désireux de créer un restaurant. Le film montre comment ce projet se retourne sur les protagonistes sous le joug du surendettement. A force de prendre des risques, le héros subit un engrenage et tombe dans un piège.

Ici tout repose – comme toujours chez Kahn – sur l’acteur. Il emmène le film où il ne devait pas forcément aller. Mais Canet lui-même est transformé. L’ex « beau gosse » devient plus grave et tourmenté. Il trouve là un rôle qu’il n’avait pas connu. En contre partie il donne une lumière particulière au film. Et Leila Bekhti rentre parfaitement dans la crédibilité du couple et du film. C’est un pari réussi.

Toujours à la recherche du plan séquence, Kahn donne du temps à ses scènes afin que justement l’acteur ose jouer et se surprendre. Maître du montage le réalisateur offre une fois encore sa chance à des acteurs inconnus et non professionnels. Le jeune Slimane Khettabi en particulier crée une jonction entre la première phase (films sans stars) et la seconde (acteurs connus) de la filmographie du réalisateur.

Entre les deux choix le travail est différent. Et contrairement à ce qu’on pense il est plus difficile dans le second cas (méfiance, protection d’acteurs qui ont une image à préserver ou entretenir). Pour les scènes avec l’enfant Kahn a tourné en direct. Les acteurs professionnels ont dû s’intégrer aux scènes. Celle de la pêche par exemple devient un moment de vie unique comme celle du vol des baskets qui représente l’antithèse par sa violence de la première.

L’enfant demeure dans le film essentiel. Il l’axe. Film d’apprentissage pour le beau-père et d’éducation pour l’enfant, « Une vie meilleure » reste avant tout la construction d’un homme qui va prendre conscience de lui-même à travers une femme et son enfant. Au nom de cet amour « filial » le personnage va enfin toucher à l’essentiel et se dégager des illusions secondaires.

Dans l’anecdote (prix d’une crêpe au Nutella) comme pour des enjeux de plus d’ampleur (la scène dans le squat qui se déroule dans un vrai squat) tout se veut proche de la réalité, sans retranscription. Mais le naturalisme du film est très contrôlé. Le travail sur la lumière par exemple le prouve. Et la nature - comme dans tous les films du réalisateur - reste capitale. Elle introduit du romanesque dans ce thriller économique. Le mélange des genres est là entre romantisme, suspense et comédie.

Kahn évite la musique d’illustration comme il évite l’émotion qui ne viendrait pas du « filmique ». Elle surgit uniquement de l’ancrage du film dans la réalité. Kahn parle de la société telle qu’elle est. Il témoigne - mais sans démontrer - des rapports sociaux très violents. La passion humaine se heurte à l’économie. Celle-ci devient le tombeau (provisoire) de l’histoire d’amour et rejoint la problématique de « Feu Rouge » et de « L’Ennui ». Une nouvelle fois le réalisateur prouve que l’amour dépend de sa situation dans le monde, dans le réel.

Existe enfin dans ce réalisme violent une forme d’errance. Le héros Khanien reste toujours un être à la recherche de lui-même. Il y a là sans doute une identification du réalisateur avec son héros (même dans le cas de Zucco ou Feu Rouge). Et le film comme ceux-là demeure plus un film d’actions, de trajet, de corps que de paroles. C’est sans doute pourquoi les personnages de Canet au marchand de sommeil échappent au mépris total (pour le second) comme à la compassion (pour le premier). L’auteur refuse cette dernière. Et cela reste remarquable, sauve le film d’un grotesque dramatique. « Simplement » (mais cette simplicité est compliquée) le film montre que l’existence ressemble à une suite d’ « intérêts » qui s’affrontent.

On retrouve là bien sûr une référence au « Voleur de Bicyclette » et ses suites d’humiliations. Kahn s’inscrit donc dans le néo-réalisme comme dans l’esprit du travail de Pialat - ce qui est loin d’être incompatible. Son cinéma puise dans une réalité très forte mais s’autorise une poésie. L’extrême précision descriptive et narrative transforme le réel propre à suggérer une sensorialité primale.

Avant tout Kahn fait ressentir l’intériorité par le corps et tout ce qui échappe au « simple » langage. Et si on aime ce qui échappe au logos, les glissements de réalité, la représentation qu’en propose le réalisateur est d’une sidération particulière. Elle échappe au pur spectacle pour le spectacle même si l’on reste proche du mélodrame. Mais une nouvelle fois Kahn opte pour le fictif contre l’illusion. Ce qui sauve ce film de ce mélo « où Marion a pleuré » comme disait le plus grand des romantiques.

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