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L’été chagrin, Henri Husetowski

Editions Buchet.Chastel, 2009

jeudi 17 juin 2010 par Alice Granger

Dans son premier roman très réussi, au style oral du récit à la première personne remarquable, Henri Husetowski nous montre à quel point un changement de nom (reconnaissance par un homme non juif lors du remariage de sa mère) et un baptême ne réussissent pas à mettre à l’abri et à arracher à son origine un jeune juif, David. L’histoire racontée admirablement par Henri Husetowski se passe à Paris, aux alentours et au moment de la rafle du Vel d’Hiv. En fin de compte, Isaac, le vrai père de David, mort, auquel sa mère a dit qu’il ne devait surtout pas ressembler, le rappelle de plus en plus, jusqu’à ce que le destin frappe David d’une manière inattendue et tragique. L’adolescent est certes un peu tordu, un peu fou, il ment, il est fanfaron, il vole sa mère, son témoignage des transformations sexuelles propres à cet âge et de l’initiation par madame Lafayette ‘l’aimeuse’ est particulièrement drôle, mais nous ne comprenons qu’à la fin ce qui se passe. C’est en effet lorsqu’il est mis à l’abri, par la filière du prêtre et du réseau de résistants, selon le désir de sa mère lorsque la menace des rafles se précise, que David, de plus en plus sujet à des cauchemars et à des hallucinations où c’est le juif en lui qui est visé, humilié, rabaissé, que lui-même saccage cet abri. Lorsqu’il est à l’abri, loin de Paris, à la campagne, chez un couple d’instituteurs, sous une fausse identité (il s’appelle alors Daniel), il se met à s’échapper, à prendre le risque de se faire remarquer, il saccage une ferme, bref, ce qu’il détruit, c’est l’abri que sa mère a voulu pour lui et que le prêtre qui l’a baptisé, ainsi que le réseau de résistants, ont mis en acte. Littéralement, il saccage l’abri, il ne veut pas être sauvé, il est fou à ce point-là, c’est-à-dire qu’Isaac, son vrai père, revient de manière folle, il y pense de plus en plus, et lui qui se disait non juif, au point de faire croire à ses copains que sa circoncision ne se voyait plus, que ça avait repoussé, se sent dans sa folie de plus en plus juif. Ce n’est pas une rafle qui le ramène à son origine, ce n’est pas Drancy, ce n’est pas un camp de concentration , non, c’est une chute mortelle après le saccage d’une ferme. Roman vraiment très intéressant sur le nom du père, en fin de compte, dans le contexte tragique de la solution finale décidée par Hitler pour exterminer les Juifs.

Cauchemar : « Les Allemands sont entrés dans la chambre par la fenêtre. Je crie alors que je voudrais pas, ils me sautent dessus en mettant leur main sur ma bouche. … Ils me disent que c’est pas un rêve, qu’ils vont m’emmener avec eux pour me montrer comme c’est beau leur pays qui est fait exprès pour moi, petit youpin. » David, dans son cauchemar, proteste, « qu’ils ont qu’à demander au père Noisiel qui est vraiment chrétien… les youpins on est vraiment envahis par eux, vraiment. Alors ils se mettent à rire et me demandent pourquoi je me cache dans le village… pourquoi j’ai des cauchemars la nuit, pourquoi ma mère n’est plus là, pourquoi mon père qui, heureusement est mort, s’appelait Isaac, pourquoi je sens mauvais. … ils me disent que je suis pourtant très propre mais que je sens mauvais quand même et que c’est à cause de ma race, et que, si je suis propre, c’est la faute à ma mère. … Je dis que ma circoncision, c’est à cause d’une maladie quand j’étais petit… Ils me répondent qu’ils ne sont pas étonnés que je travaillais bien parce que les juifs sont intelligents, c’est leur pire défaut, et que s’ils réussissent c’est pour dominer le monde et avoir plein d’esclaves pour les servir. »

« Maman m’a expliqué que ma circoncision, c’est la faute à mon père, il n’a raté aucune connerie. Il fallait à tout prix le faire soi-disant, c’était la tradition et gnagnagna. »

« Ce Yacov, je l’aime pas du tout avec son air juif, même si je suis pas antisémite. »

« C’est Mme Lafayette que j’ai vue à poil. Un jour, je suis allé chez elle pour lui ramener du linge repassé par maman qui se faisait comme ça quelques sous. Elle m’a ouvert la porte… A poil jusqu’aux cheveux qu’elle était, j’avais jamais vu une goy à poil avant, et ça m’a fait un choc. Et elle, pas gênée du tout, elle m’a fait rentrer en me disant : - Allez, rince-toi l’œil, ça ne peut pas te faire du mal… Tu n’as pas chaud, toi ? Mets-toi à l’aise si tu veux. »

Mme Souslovska, une voisine qui a tous les culots : « - ça y est, ils vont vunir, Dié nous abandonne. » « A ce moment, je sais que je la reverrais plus, jamais, je le sais, j’ai de la peine, c’est pas normal puisque d’habitude je me fous d’elle, après tout qu’elle s’en aille, elle a trop fait chier maman. »

« Tout ça me dépasse. Ça sert à quoi d’être français et pas juif, si c’est pour être traité comme ça. »

Dis-moi, ça fait quoi quand on n’est pas juif ? – ça fait qu’on est chrétien catholique. – Mais quand on a été juif comme toi, comment on sent quand on l’est plus ? » « J’entends Michel descendre de la voiture, il dit rien, il a sûrement la trouille et avec la dent qu’il a contre moi il est bien capable de me dénoncer ce fumier. J’entends que les Allemands se marrent, ils parlent entre eux, c’est sans doute qu’ils trouvent que Michel est mal foutu côté biroute. » « Ce que l’ennemi ignore, c’est que je suis le chef des résistants intrépides et que je ne vais pas me laisser faire, il est pas question qu’on me tue sans que je me défende. Moi aussi j’ai une armée disciplinée… » : David alias Daniel tombe dans la folie, alors qu’il est à l’abri, et ne doit pas se faire remarquer s’il veut le rester. Mais : « On est une douzaine, décidés à se battre contre l’ennemi héréditaire et prendre d’assaut le repaire des Allemands du général Potier qui est soi-disant un paysan. » « Alors, je dis qu’on va entrer chez les Allemands et tout casser pour leur apprendre. Un des garçons répond qu’on est dans la ferme de Mr Potier et qu’il faut pas faire des conneries, que lui il marche pas dans ce truc, je pointe mon fusil vers lui, il recule et me dit ça va pas la tête, tu vas pas tirer, j’ordonne qu’on lui saute dessus, il se retrouve par terre, il se débat et gueule au secours, je me retiens pour pas lui brûler la cervelle, il accepte de rester. » « Je suis abandonné, je suis seul face à l’armée ennemie, la porte va s’ouvrir… » « Je me relève, je ramasse une pierre sur le bord du chemin, je la lance, mon pied accroche une racine. Je tombe, l’odeur de la terre m’envahit. »

A lire ! Extraordinaire !

Alice Granger Guitard



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