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Fritz Lang, de Michel Marmin

Collection Qui suis-je ? Editions Pardès - 2004

dimanche 6 février 2005 par penvins

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Fritz Lang vous en avez entendu parler bien évidemment, mais vous ne connaissez pas vraiment ! Michel Marmin qui est un vrai cinéphile va vous donner les clefs de ce grand cinéaste avec un court essai paru dans la collection Qui suis-je ?

Dans une période où l’on ne cesse de vous inviter au devoir de mémoire, mais où l’on vous parle si peu des circonstances qui ont conduit aux crimes nazis voilà peut-être l’occasion de vous replonger dans l’histoire de la deuxième moitié du XXème siècle à travers l’œuvre et la vie d’un homme hors du commun.

Dans son prologue, M. Marmin ose un parallèle entre deux hommes nés à un an d’intervalle et marqués par la lecture de Karl May, engagés dans la guerre de 14 et qui en sont ressortis avec une vision manichéenne et totalitaire. Ils l’exprimeront l’un dans le réel et l’autre dans la création. Obsédés l’un comme l’autre par le pouvoir absolu, et doués l’un comme l’autre de redoutables dons hypnotiques. Il s’agit bien sûr d’Adolf Hitler et de Fritz Lang, c’est dire la dimension symbolique de ce créateur hors du commun qui fit du Docteur Mabuse le personnage emblématique de son œuvre.

Mais on lit également à travers l’analyse de Michel Marmin de l’œuvre du cinéaste une histoire des idées qui ont dominé le monde depuis que l’Allemagne s’est fourvoyée dans la folie totalitaire du 3eme Reich.

L’histoire de Fritz Lang commence en effet avec la guerre de 14, et ses conséquences : l’Allemagne de Weimar où la gangrène morale pourrit toutes les couches de la société. Le premier Mabuse de F Lang, Docteur Mabuse, le joueur, trouvera son illustration métaphorique dans les différents clubs de jeu [...] que fréquente Mabuse, un personnage issu d’un feuilleton rocambolesque du romancier populaire allemand Norbert Jacques et qui engage un combat total avec la société de son temps pour en devenir le maître. On pourrait bien sûr y lire une critique du nazisme montant, ce que conteste M Marmin soulignant qu’à cette époque l’attitude politique du cinéaste était loin d’être aussi nettement tranchée - alors que F Lang lui-même a prétendu avoir voulu avertir le public de la menace que faisait peser Hitler !

L’ouvrage de Michel Marmin s’inscrit ainsi en faux contre l’écriture a posteriori de l’Histoire et les lieux communs du politiquement correct pour nous donner une vision de la filmographie de Fritz Lang où les œuvres américaines pâtissent de la naïveté de la culture hollywoodienne tant dans sa pudibonderie et ses fameux happy end que dans sa psychanalyse de bazar qui produit le scénario ridicule du Secret derrière la porte heureusement racheté par la mise en scène et le génie du cinéaste.

Renversant ainsi l’opinion commune l’auteur insiste sur la critique de la société ultra-libérale qui sous-tend l’œuvre de Lang, et fait de Mabuse non pas une personnification du spartakisme mais au contraire une figure Stirnérienne, non pas un marxiste mais un individualiste absolu qui pourrait justifier ses actions en affirmant à la suite de Stirner que ce n’est que par le crime que l’individu peut détruire la puissance de l’Etat. Le dernier Mabuse, celui du Diabolique Docteur Mabuse sera alors un digne clone de Bill Gates [celui-là même celui qui prétend contrôler tout ce qui se passe sur mon ordinateur, comme s’il lui appartenait !] et de la société de transparence qui a produit le réseau Echelon, dans cet Hôtel Luxor doté d’un système secret de caméras de télévision reliées à une régie souterraine.

On mesure en lisant cet ouvrage toute la distance qui sépare le cinéma d’aujourd’hui, sans doute en raison de la domination américaine, de celui que pouvait produire un cinéaste tyrannique quand il [n’était pas] devenu plus important de faire de l’argent avec un film que de faire de bons films qui rapportent de l’argent comme le dira Fritz Lang lui-même à la fin de sa vie conscient de ce que lui avait coûté son passage à Hollywood.

La nouvelle Vague avec J-L Godard dans Le Mépris rendait hommage à Fritz Lang. Puisse l’analyse de Michel Marmin nous donner envie de découvrir ou de redécouvrir un cinéma qui a longtemps fait rêver les cinéphiles et qui devrait faire réfléchir tous les autres.

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