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L’oubli chez M Proust
jeudi 12 juin 2008 par Nadia Bouziane

A la recherche du temps perdu repose sur la mémoire. Aussi l’amour qui est l’un des principaux thèmes de cette oeuvre n’échappe pas à cette loi. pour Marcel Proust le plus grand ennemi de l’amour, celui qui peut le détruire est l’oubli.

" Et mon amour qui venait de reconnaitre le seul ennemi par lequel il pût être vaincu, l’oubli, se mit à frémir, comme un lion qui dans la cage où on l’a enfermé a perçu tout d’un coup le serpent python qui le dévorera."

L’amour est soumis non seulement à l’espace et au temps mais également aux exigences de l’imagination et de la mémoire. Dire qu’il obéit aux lois de cette dernière c’est dire qu’il obéit à celles de l’oubli. L’amour proustien n’est que souffrance mais cette souffrance finit toujours par s’apaiser car l’oubli accomplit une oeuvre érosive. Swann en a fait l’expérience avec Odette de Crécy et Marcel avec toutes les femmes qu’il a aimées. En effet , à maintes reprises le narrateur a cru qu’un seul être remplissait le monde : sa grand-mère, sa mère, Gilberte, Oriane de Guermantes puis Albertine. Le désir est par nature impersonnel. A chaque moment il peut s’attacher à un nouvel être. Celui qui aime prend les nouveaux êtres aimés ou désirés pour " des fins absolues, en dehors desquelles nul bonheur n’est désormais possible." mais finalement il est obligé de reconnaitre le travail destructeur du temps.

Plus que tout autre protagoniste de la Recherche , Marcel est celui qui a le plus expérimenté l’effet corrosif de l’oubli sue la passion. Durant son existence il a connu trois grandes passions mais à chaque fois son amour a suivi le même chemin qui va de l’enchantement à l’indifférence absolue. Le temps intervient pour précipiter l’action de l’oubli. l’amour le plus ardent finit par s’éteindre et les souffrances qui l’accompagnent finissent par s’apaiser.

Avec Albertine, l’oubli est plus difficile. l’amour du narrateur pour la jeune "actrice de la plage" survit à la disparition de celle-ci, il en de même de la jalousie car la mort n’empêche pas l’imagination de continuer à représenter à Marcel les actions nocives de celle qu’il aimait.

" C’est ainsi qu’interminable est la jalousie car même si l’être aimé, étant mort par exemple ne peut plus la provoquer par ses actes, il arrive que des souvenirs postérieurs à cet événement, à cette mort, se comportent tout à coup dans notre mémoire comme des événements eux aussi, souvenirs que nous n’avions pas éclairé jusque-là, qui nous avaient paru insignifiants, et auxquels il suffit de notre réflexion sur eux sans aucun fait extérieur, pour donner un sens nouveau et terrible. On n’a pas besoin d’être deux, il suffit d’être seul dans sa chambre, à penser, pour que de nouvelles trahisons de notre maitresse se produisent, fût-elle morte."

Après le décès d’Albertine, Marcel, avant d’atteindre la sérénité de l’oubli, connait une nouvelle " descente aux enfers ". L’enfer, ce sont tous ces endroits inconnus où la jeune fille a pu le tromper, c’est tout ce passé qu’il explore après sa mort. Mais la quête est vouée à l’échec et reste vaine. Si Swann avait réussi à extorquer à Odette des aveux sue ses relations gomorrhéennes, le narrateur ne saura jamais la vérité sur Albertine.

La mort elle-même est incapable de guérir l’amoureux de sa jalousie et de ses soupçons. Heureusement la mémoire n’est pas une force constante et l’oubli " aprés une longue absence, donne enfin le néant mental indispensable à l’esprit qui y retrouve ses forces". A ce propos Marcel Proust dit : " L’oubli est un puissant instrument d’adaptation à la réalité, parce qu’il détruit peu à peu en nous le passé survivant qui est en constante contradiction avec elle..."

Ainsi, les êtres aimés meurent deux fois : la première d’une mort corporelle et la deuxième fois lorsque la " marée de l’oubli recouvre aussi leur souvenir" et c’est lui qui amène l’amoureux à une totale indifférence à l’égard de la personne jadis aimée.

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