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Du côté de chez Swann

La découverte d’une vocation artistique

samedi 31 mai 2008 par Nadia Bouziane

La découverte de l’écoulement du temps a sonné le glas pour le narrateur. Il est un homme et comme les autres il est voué à la décrépitude et il veut se hâter de laisser son empreinte avant de partir. En effet, Marcel a toujours eu une envie dévorante d’écrire, d’être un grand créateur comme Elstir, Vinteuil ou Bergotte ; de faire mieux que Swann qui n’a jamais terminé son étude sur la Vue de Delft de Ver Meer. Depuis l’enfance, Marcel a fait des tentatives pour écrire mais qu’il remet toujours au lendemain. La première fois en décrivant les clochers de Martinville :

« Sans me dire que ce qui était caché derrière les clochers de Martinville devait être quelque chose d’analogue à une jolie phrase, puisque c’était sous la forme de mots qui me faisaient plaisir que cela m’était apparu, demandant un crayon et du papier au docteur, je composai malgré les cahots de la voiture, pour soulager ma conscience et obéir à mon enthousiasme, le petit morceau suivant que j’ai trouvé depuis et auquel je n’ai eu à faire subir que peu de changements : « Seuls, s’élevant du niveau de la plaine et comme perdus en rase campagne, montaient vers le ciel les deux clochers de Martinville… » (Du côté de chez Swann)

Cependant, les critiques acerbes de M. de Norpois lui ont ôté l’envie d’écrire. Ensuite la mondanité l’a empêché de travailler. Marcel a toujours une vocation d’écrivain, mais c’est pendant la dernière soirée de la Recherche qu’il a décidé enfin de la concrétiser et d’entamer sa carrière d’écrivain car pour lui la création ne peut être dissociée de la redécouverte du temps perdu.

Pour Marcel Proust, la réminiscence est un déclic. Dans Du côté de chez Swann, au cours d’un soir d’hiver à Paris, la mère de Marcel, le narrateur de la Recherche, lui fait prendre un peu de thé pour le réchauffer. Cette célèbre page de Proust retrace un fait psychologique essentiel, elle montre pour la première fois l’importance de la mémoire affective.

« Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. » (Du côté de chez Swann)

Le narrateur éprouve d’abord un "plaisir délicieux", ensuite une "félicité". Soudain son esprit se met en branle pour analyser la nature de ce plaisir. En effet, son plaisir trouve sa source dans la réminiscence.

« Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. » (Du côté de chez Swann)

Il découvre que le thé est le catalyseur d’un plaisir qui remonte à l’enfance. Cette résurrection du passé permet à Marcel de se remémorer une partie de son enfance, du village de Combray et de ses habitants.

« Et comme dans ce jeu où les japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent...deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant, toutes les fleurs de notre jardin... et les bonnes gens du village ... tout ce qui prend forme et solidité est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé. » (Du côté de chez Swann)

Grâce à la mémoire involontaire, le narrateur peut revivre son passé et se retrouve obligé de plonger et replonger au fond de lui-même.A partir de ce moment-là se déclenche en lui un processus qui le pousse à réfléchir sérieusement sur le temps, la mort et la création. Pour la première fois, Marcel a compris que les choses disparaissent, que les êtres meurent mais que leur essence reste ; et faire une oeuvre d’art est le meilleur moyen et le seul de retrouver le passé et le temps perdu. Il réalise plus que jamais que la création est vitale pour lui. Il n’y a pas un moyen pour retrouver le passé lointain que l’écriture. Son livre à venir aura pour thème le temps et pour matière sa vie passée et celle de ses amis.

La création d’une oeuvre d’art, surtout littéraire, est, pour Marcel, liée à la réminiscence qui est un phénomène fortuit. En découvrant la mémoire affective, le narrateur se penche sérieusement sur les problèmes de la création artistique et décide enfin de mettre en chantier son oeuvre.

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