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Dans les bois éternels de Fred Vargas (Viviane Hamy 2006)

Bienvenue au Royaume des Morts !

vendredi 12 mai 2006 par Mariane Perruche

Ce dixième roman de Fred Vargas est à l’image d’Adamsberg, le héros récurrent de Dans les bois éternels : il est de moins en moins policier, et de plus en plus décalé. Inutile donc de vous raconter l’intrigue : l’enquête policière se résume à une demi-douzaine de meurtres, quelques profanations de tombes, l’éviscération de deux cerfs et une émasculation de chat. Ne comptez pas sur moi pour vous en raconter les détails.

Le roman s’ouvre donc sur une histoire de revenante, à laquelle personne ne croit, ni Jean-Baptiste Adamsberg, ni le lecteur, et qui donne le ton à l’ensemble : tout dans le roman sonne faux, c’est-à-dire factice. Les noms de personnages et de lieux sonnent trop bien, et les flics poussent ici l’art subtil de la conversation jusqu’à son point le plus raffiné, sans toutefois éviter les brèves de comptoir ni les clichés. C’est pourtant là, dans ces conversations "sans queue ni tête" - vous comprendrez plus tard l’allusion - entre des personnages hautement improbables, que le lecteur trouvera le véritable charme de ce roman.

Que l’on en juge par cette rapide galerie de portraits : Jean-Baptiste Adamsberg que l’on ne présente plus, commissaire autrefois glorieux et vainqueur, est cette fois ectoplasmique à force de cérébralité. Depuis que Camille, qui brille ici par son absence, l’a chassé de son coeur et de son lit, il est l’ombre de lui-même, l’ombre de son Ombre. Trop occupé à devenir le père de son petit Tom, et à surveiller les autres mâles qui tentent d’approcher la mère de son fils. Son fidèle adjoint Danglard, érudit et fin lettré, sans doute plus brillant encore que le commissaire, mais moins intuitif, passe son temps à suivre ce dernier à la trace et à le remettre dans le droit chemin, c’est à dire dans l’enquête. Le lieutenant Violette Retancourt, qui sauva la vie d’Adamsberg dans le roman précédent [1], est toujours la femme-flic la plus généreuse et la plus opulente du monde, un mètre quatre-vingts et cent dix kilos. Quant au nouveau venu dans l’équipe, Veyrinc de Bilhe - quel nom ! - il est affublé d’un TOC, ou si vous préférez d’un tic, assez chic pour un flic : il ne peut s’empêcher de parler en alexandrins que l’on dirait extraits d’une tragédie de Racine. C’est un « pays » d’Adamsberg, entendez qu’il est, comme lui, des Pyrénées, et qu’il a un vieux contentieux à régler. C’est un secret, il faut aller jusqu’à la fin pour tout savoir...sur Adamsberg.

Tout ce petit monde est fort occupé : déterrer les morts, les autopsier, faire revenir les revenants, gratter la terre, hanter les troquets, trimbaler des bois de cerfs - sans jamais les séparer - et faire parler les pierres. Bon ! Tout cela n’a aucun secret pour Fred Vargas, qui est paléontologue quand elle ne s’occupe pas d’Adamsberg. Et où est le vif de l’intrigue ? Ecrire ne serait donc que ce chuchotement perpétuel ? Ce tutoiement savamment entretenu avec la mort, cet entretien factice et mortel que chacun cultive avec l’autre en soi, l’autre qui tente de nous entraîner au Royaume des Morts ?

Il est à craindre qu’Adamsberg ne s’y soit lui-même définitivement perdu. Bon voyage !


[1"Sous le vent de Neptune", Viviane Hamy, 2004



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Messages

  • Je suis stupéfaite que l’on ose ici convoquer Racine : ces alexandrins sont épouvantables : outre leur effroyable platitude, ils sont formellement très souvent boiteux : 11 ou 13 pieds à la place des 12 règlementaires, des liaisons pas faites, des voyelles et des e muets avalés, etc. Je ne parle même pas de la méconnaissance élémentaire des l’alternance de rimes masculines et féminines, des singuliers qui riment avec des pluriels, et des rimes qui sont souvent de simples assonnances. Pour quelqu’un qui a l’habitude du théâtre classique, c’est immédiatement reconnaissable "à l’oreille" (et douloureux !), comme autant de fausses notes pour un musicien.

    .. Certains poètes ont certes pris des libertés avec la métrique (avec bien plus de talent), mais justement, jamais Racine, versificateur classique par excellence, qui se retournerait dans sa tombe s’il savait que l’on "pourrait lui attribuer" (sic) lesdits execrables vers (avez-vous lu Racine ?)

    J’avoue que je ne comprends pas la démarche de Fred Vargas, dont j’apprécie par ailleurs l’originalité et l’inspiration : pourquoi choisir cette forme et donner à son inspecteur cette particularité si elle ne la maîtrise pas ? Et si elle y tenait, pourquoi ne pas faire corriger ses mauvais vers avant de les publier ? Il ne manque pas, parmi les écrivains modernes, d’auteurs qui SAVENT faire des alexandrins. Je suis déçue par ce manque de rigueur.

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